Beaufort, Dissertation, etc., p. 259. — 2. 75. , p
de se donner une origine patricienne, et d'expliquer leur surnom de Scœvola. Selon Pline et Tacite, Porsenna prit Rome, et il fut défendu à vos compatriotes de se servir du fer, excepté dans l'agriculture. Tous les malheurs et toutes les hontes de vos ancêtres sont recouverts par des traits de vertu imagihaires. Les Fabii, selon vous, meurent en héros, pour avoir entrepris seuls une guerre publique ; selon Denys, ils tombent dans une embuscade en faisant un sacrifice sur les terres ennemies.— Vous croyez, d'après vos annalistes, que les Gaulois vainqueurs furent détruits par Camille dans Rome et à Gables ; et l'on voit par Polybe qu'ils retournèrent tranquillement chez eux pour défendre leur pays contre les Vénètes. Qu'on dresse une table des guerres gauloises selon Polybe et selon vous, et Ton verra combien vos auteurs ont dissimulé de défaites et supposé de victoires. Cicéron se plaignait déjà des triomphes inventés, qui ornent et fausseptles éloges funèbres. Les fables sont si nombreuses et si vivaces, qu'elles naissent et croissent encore sur des événements que vos premiers annalistes avaient pu voir. Tandis que SempronîusTuditanus, Cicéron, Plorus, Tubéron, font périr Régulus, chacun par des tortures différentes, Polybe, si voisin des faits, si eXact, si instruit, si favorable aux Romains, ne dît rien de ces cruautés invraisemblables; et, si l'on pouvait conjeciukier le vrai à travers tant de contes, on trou-
verail peut-être que ce supplice fut supposé, pour excuser celui que les fils de Régulus firent subir aux prisonniers carthaginois *. Concluons donc- que les monuments de l'histoire romaine étaient rares et ont péri, que les documents mensongers qui ont survécu n'ont transmis que des faits douteux, souvent invraisemblables, parfois contradictoires, et qu'une histoire ainsi faîte n'a rien de certain.»
IL La critique corrige Texcès de la critique, et les modernes, plus sceptiques que Tite Live, mais plus éruditsque lui, réfutent les exagérations deBeaufort en adoptant ses découvertes*. Certainement on pourrait lui dire: «Prouvons que les Annales ont pu être composées, qu'elles ont dû l'êtrCj qu'elles l'ont été. Vous supposez sans raison que les Romainsne savaient point écrire. L'usage de ficher un clou dans un temple est une cérémonie religieuse, non un moyen de fixer les dates; on s'en servait pour conjurer la peste, et non pour marquer les années* Polybe a vu datisle Capitoledes traités conclus avec les Carthaginois dès les premiers temps de la république, et Horace, comme Denys, en a lu d'autres, faits avec les Gabiens et les Sabins sous les rois. Ne sait-on pas d'ailleurs que, dès la fondation ^ les Étrusques étaient civilisés et savaiits, que Rome reçut d'eux plusieurs
1. Bçaufort, Dissertation ; etc., p. 436. — 2. Leclerc, Niebuhr, Lebas..
institutions, que deux fois même, comme vous Tavez indiqué, elle leur fut soumise? Donc on pouvait à Rome écrire l'histoire. — Et les patriciens ont dû récrire. Toute classe noble tire sa force du passé, et conserve les souvenirs qui la fondent. —Ils l'ont écrite, et par la main d'un magistrat ; ni texte, ni conjecture ne prévaut contre Servius et Cicéron, selon qui les Annales remontaient à l'origine des choses romaines.— Ont-elles péri dans l'incendie? Ce Clodius que vous citez d'après Plutarque n'a pas d'autorité, puisqu'on ne sait ni qui il fut, ni dans quel temps il vécut ; et on peut lui opposer Denys, qui affirme que les premiers annalistes ont tiré d'elles tous leurs documents *. Reconnaître comme Tile Live qu'elles ont péri en partie, c'est dire qu'elles ont été conservées en partie, soit dans le Capitole, soit dans les temples qui ne furent pas brûlés, soit parmi les objets sacrés qu'on enterra, soit parmi ceux qu'on porta à Géré. Peut-on croire que, dans cette restauration des traités, des lois, des livres sacrés, ordonnée par le sénat après la victoire, un peuple si soigneux de ses antiquités, si occupé de la gloire de ses ancêtres, si attaché à ses institutions, si scrupuleux quand il s'agissait de textes et de souvenirs écrits, ait renoncé à son histoire, et d'un seul coup effacé sa vie passée ? Certes, les pontifes ont