‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 89 sur 155 · Denys, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Denys, 1. 1, p

rétabli et complété les Annales , à l'aide des traités et des lois conservés ou retrouvés, de la tradition, des annales des villes voisines , qui toutes avaient une histoire *. Et voici maintenant les preuves de ces vraisemblances. D'abord , on sait par Cicéron ' que les Annales , vingt-quatre ans avant l'incendie (an 404), mentionnaient une éclipse de soleil. Donc elles avaient survécu. En second lieu, à partir du tribunat, année par année , on rencontre, à côté des brillantes narrations poétiques, des faits pi:écis, si suivis et si secs , qu'on a sous les yeux , sans le moindre doute, les tables que le grand pontife exposait à sa porte. Ici tel temple est fondé, tels consuls nommés, tels prodiges expiés, telle ville assiégée '. Ailleurs , on reconnaît les superstitieuses grandes Annales, en lisant que les Romains recommencent les grands jeux, parce qu'un maître a promené son esclave dans les rues en le fouettant *. Ce ne sont partout que détails semblables, trop petits pour avoir été conservés par la tradition, trop arides pour être attribués à l'invention poétique, trop peu importants pour avoir été imaginés dans la restauration des textes. Bref, sauf quelques fables et les amplifications oratoires, on retrouve, depuis le tribunat jusqu'à l'incendie, le même ordre, les mêmes

1. Leclerc, des Journaux chez les Romains, p. 71. — 2. Cicéron, de la République, I, 16. — 3. Tite Live, II, 19; 11,21.— k.Ih,, II, 36.

à8 CHAPITRE m.

sortes de faits , les traces du même livre que dans les récits aulhenliques des guerres puniques. Qu'après l'incendie, la restauration des Annales ait été incomplète , mêlée d'erreurs et de mensonges , on le voit assez par les contradictions que Vous marque», et Cicéron le prouve en disant qu'on fut obligé de partir de l'éclipsé de 404 pour calculer les précédentes. Mais il demeure constant que Rome garda un corps d*annales qui, à partir du tribunat, était digne de foi. Pour les règnes des rois , Vous avouez qu'on avait des traditions, et plusieurs lois et traités intacts et importants ; et nul ne doute que depuis l'incendie jusqu'à Fabius Pictor les Annales n'eussent été régulièrement rédigées et conservées. Maintenant, sans parler des monnaies dont plusieurs dataient de Servius, des inscriptions antiques que vousconteste^à tort, puisque Pline en vit plusieurs contemporaines de la fondation de la république S on lisait dans les livres des pontifes les formules des traités, dans les temples les plébiscites et les sénatus-consultes, dans les Fastes la suite des magistrats, dans les archives de famille les faits développés. Y a-t-îl beaucoup de peuples dont les premiers siècles aient laissé autant de monuments ? Fabius Pictor trouvait donc des détails certains à partir de l'incendie , des détails certains encore, mais moins nombreux et mêlés d'erreurs, à

Page 1