‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 93 sur 155 · Niebuhr, t. III, p · texte numérisé non relu

Niebuhr, t. III, p

victime et la consacrent aux dieux. Junon, qu*ils interrogent, leur fait signe qu'elle consent à revenir à Rome. -^ Dans les guerres gauloises et samnites, les fables de V. Corvus et de CurtiuS prouvent qu'on est bien près encore du pays des Contes. A mesure qu'on s'approche des guerres puniques , les faits précis se dessinent dans une lumière croissante, et les grandioses apparitions s'évanouissent dans les lointains obscurs où elles sont nées.

Niebuhr, ayant refait les fables, essaye de refaire la vérité. Selon lui, Rome fut d'abord subjuguée par les Sabins , et les deux ou trois cités qui la composaient se sentirent longtemps de la séparation primitive : « Il n'y a pas de motif raisonnable pour douter de l'existence personnelle du roi TuUus Hostilius*. » — « Je regarde, dit-il, la chute d'Albe comme historiquement certaine *. » Sous Ancus, un grand nombre de Latins transportés à Rome formèrent la plèbe. Il reconnaît que Tarquin l'Ancien bâtit le mur d'enceinte , les vastes égouts qui desséchèrent le Vélabrum et la place publique, et suppose qu'en ce temps-là un roi d'Étrurie s'établit à Rome^ Il croit, selon le texte de Claude, que l'Étrusque Cœlius Yibenna y vint avec une grande armée, et que Servius, un de ses clients, devenu roi, donna des droits politiques à la plèbe par l'institution des centuries.

1. Niebuhr, t. I, p. 357. — 2. /6., t. IH, p. 62. — 3. Ih,^ t. m, p. 77-101.

« On peut admettre comme historique le complot des patriciens contre Servius *. » Tarquin le Superbe Ole à la plèbe ces droits ; il est chassé avec toute sa race. Mais Rome, conquise par Porsenna, perd tout ce qu'elle possédait au nord du Tibre. Affaiblie, elle traîne une vie précaire et met cent ans à conquérir Véies.

Sauf les premières conjectures, cela est-il trop romanesque? Tite Live se fût-il indigné' qu'on traitât ainsi son histoire? Niebuhr est seulement un peu plus poëte que lui. En laissant subsister les grands faits, il rend à l'histoire le ton des traditions primitives. Quant aux expéditions de Romulus contre Pidènes et de Tarquin contre Gables, je ne sais s'il faut bien vivement les défendre. Du reste les grandes découvertes de Niebuhr sont ailleurs.

« L'histoire du droit public, dit-il quelque part, est le but que je me propose *. » L'opposition de deux races explique l'histoire intérieure de Rome; les patriciens et les plébéiens étaient deux nations en une seule cité. Les- patriciens sont le peuple primitif, maîtres légitimes de la ville , divisés en gentes dont les membres sont unis moins par la parenté que par la loi et par des sacrifices communs. Ils ont sous eux des clients étrangers, sortes de vassaux,

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