‹ Essais de Critique Et D'histoire (volume 4)Chapitre 43 sur 46 · Froissard · texte numérisé non relu

Froissard

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comme la noblesse, garde Tempreinte' de ses origines. Dispersée, sans appui, tyranniqae, elle ne pouvait gouverner et voulait vivre. Divisé, sans appui, pacifique, il ne pouvait gouverner et voulait vivre tranquille K L'une eut les honneurs et les grâces, l'autre, la paix et Tordre, et Tune et Tautre laissèrent prendre le gouvernement au roi.

Le caractère national poussait le courant des faits dans le même sens que les situations primitives, et les circonstances extérieures avaient pour aide les inclinations innées. Dès l'origine, le génie indépendant, passionné, concentré, qui assura chez nos voisins la liberté politique, nous a manqué. La langue et la littérature, à peine naissante, annoncent ici, dès le onzième siècle, une race lé-^ gère et sociable. Ce caractère ne prend point les choses à cœur, d'un désir ardent et persistant, avec une réflexion intense ; il les effleure et court à d'autres. On aperçoit dès l'abord ce manque d'at-

1. FortescuO; légiste du xy* siècle^ et peu poli, écrivait : c C'est la lâcheté et le manque de cœur et de courage qui empêche les Français de se soulever. — En effet, il y a plus d'hommes pendus en un an en Angleterre pour meurtre et vol à main année qu'il n*y en a de pendus en France pour la môme cause en sept ans. — Quelques-uns ont dit qu'il serait bon pour le roi que les communes d'Angleteire fussent pauvres comme sont les communes de France, car elles ne se révolteraient pas comme elles font souvent; ce que les communes de France ne font pas et ne peuvent faire, n'ayant ni arme offensive, ni armure, ni bien pour en acheter. »

tention passionnée et profonde dans la clarté des longues épopées prosaïques, dans l'abondance des poëmes didactiques et des froides allégories, dans la popularité des fabliaux malins, dans la modération éternelle du style, dans la perfection subite de la prose. On l'aperçoit aux deux grands siècles dans le développement de la raison oratoire et de l'art d'écrire, dans la nullité de l'ode, dans la tranquillité de la tragédie, dans l'excellence classique de l'exposition, de la dissertation et du récit, dans la vivacité piquante du style moqueur. On l'aperçoit, à tous les âges dans le goût du tempéré et de l'agréable, dans l'aversion pour le violent et le sérieux, dans la domination de la raison et de la gaieté. Ce caractère n'est pas propre à l'invention solitaire des opinions personnelles et dés actions indépendantes ; il est trop bien fourni des facultés qu'emploie la société pour n'être pas sociable ; il est trop sociable pour ne pas agir et penser d'après autrui. Vous apercevez ces facultés dans l'habileté involontaire des premiers conteurs, comme dans l'art calculé des derniers maîtres, dans les soties comme dans la comédie, dans les moralités comme dans la tragédie, dans les vers de Rutebeuf comme dans la prose de Voltaire, dans l'épopée de Turold comme dans l'analyse de Condillac. Expliquer, raconter, prouver, causer, toutes ces actions aboutissent à un auditoire ; c'est pourquoi toutes ces

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actions se font aisément et bien dans notre pays. Vous y découvrez à tous les âges le don d*ètre dair et d'être agréable, Fart de se faire entendre et de se faire écouter. Cette légèreté empêche de Yonloir fortement; cetLe sociabilité empêche de yonloir par soi-même. L'une affaiblit l'énergie des volontés^ Tautre ôte aux volontés l'initiative. L'homme ainsi doué ne sait ni ouvrir la résistance, ni persévérer dans la résistance. II change facilement de conviction et reçoit facilement sa conviction des antres. II est disposé sinon à servir, du moins à obéir. H accepte volontiers sinon la tyrannie, du inoins la discipline. Quoiqu'il aime la moquerie, il est resté catholique. Quoiqu'il ait horreur de l'ennuiyil a vénéré la régularité littéraire. Un peuple ainsi composé ressemble à un troupeau de chevaux fringants mais.dociles^ Ils ne vont qu'ensemble et sur les pas d'un chef.

Ainsi soutenu par les événements généraux et par les inclinations publiques, le pouvoir central s*est fondé et s'est accru. Tous les progrès de la nation l'ont développé. Au quatorzième siècle, la soumission des petits tyrans féodaux, l'achèvement du royaume et la naissance de la paix inté-

1. Les animaux sociables (chevauz, chiens, moutons) suiTsnt toujours un conducteur. D'où il arrive qu'ils peuvent devenir soumis et domestiques. (Flourens, De Vinslinet et de rtnteHigence.)

rieure ont rendu les Valois tout-puissants. Au quinzième siècle, l'expulsion des Anglais et la ruine de la grande féodalité donnent 'au roi une taille perpétuelle, une armée permanente et la souveraineté sans contrôle. Au seizième siècle, re5^i3ulsion des Espagnols, la pacification du pays, le développement soudain de la prospérité publique amènent la monarchie absolue. La civilisation généralç et Tautorité centrale, comme les deux chevaux d'un char, ont toujours marché de front. Et cet étrange mouvement ne s'est point arrêté. Les révolutions libérales ont augmenté la souveraineté du centre et la docilité des extrémités. Sous Louis XIV, les États des provinces, les coutumes et les privilèges des villes, des corporations, des chapitres, les Parlements, les débris de Tantique indépendance provinciale \ ralentissaient, modifiaient, gênaient l'action du roi. Dijon était un centre. On voit par les lettres du président Des Brosses qu'il y a cent ans à peine un chef-lieu de province était une capitale, que ses dignités suffisaient aux ambitions, qu'on trouvait naturel d'y borner sa carrière et d'y enfermer sa vie, qu'on osait y penser, et qu'on ne recevait pas de Paris des opinions toutes faites. La Révolution et l'Empire ont supprimé ces libertés et ces entraves. Au lieu

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