M. Alexandre Thomas, Une Province sous Louis XÎV
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des cités et des provinces, on. a fidt des 'commnnes collections d'habitants, et des départements collections de coE&munes. Dorénavant, pour percer nne porte ou couper un arbre, il fidlut nne permission d'en haut. Le gouvernement roula siir toutes les volontés comme sur une route unie, tratné pac un attelage innombrable et régulier de fonctionnaires. Paris devint Tatelier unique chargé de la fiibrica^ tien de toutes les pensées et de tous les ordres. Une révolution s'y fait, tout le monde l'accepte; une dynastie en est chassée, elle est chassée de la France. Qui tient la tète a le corps. L'idée d'obéir vient à tout le monde ; l'idée de résister ne vient à personne. Lorsqu'en 1848, un hasard imprévu jeta dix hommes à l'hôtel de ville, chacun se rangea sous leurs ordres; quels que fussent les chefs, peu importait, il fallait des chefs; sinon, il semblait que tout allait se dissoudre. La machine est si vaste, si compliquée, si profondément introduite dans toutes les parties de la vie et de la fortune des citoyens, que les citoyens croient périr lorsqu'ils cessent d'apercevoir le machiniste debout auprès du premier rouage. Ils sont si habitués à voir le mouvement venir d'en haut, qu'ils n'osent toucher eux-mêmes aux pièces dont ils sont proches. Envoyez-nous des' préfets, des magistrats des professeurs, des commissaires, des ingénieurs, des percepteurs, des vérificateurs et surtout des gendarmes. Nous les
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appelons comme les Juifs demandaient la manne. Noire plus grande peur est de sentir que le gouvernement défaille; notre premier besoin est d'être gouvernés.
Mais les événements historiques et les qualités morales qui semblent avoir détruit en nous l'esprit d'indépendance l'ont rétabli sous une autre forme. Il l'ont ôté à l'individu, ils l'ont donné à la masse. Ils ont accablé les citoyens sous le pouvoir central : ils ont soumis le pouvoir central au public.
Ce qui a développé ce pouvoir, ce sont ses bienfaits ; c'est pourquoi sa propre augmentation lui a préparé un maître, la classe moyenne accrue sous sa main, incessamment recrutée par le peuple, enrichie, éclairée, enhardie. Des hommes intelligents que n'énerve point la misère peuvent se laisser gouverner, ils ne se laissent point opprimer ; ils peuvent manquer d'indépendance, ils ne manquent point d'égoïsme ; ils supporteront d'être taxés sans leur consentement, ils ne supporteront pas d'être ruinés, par les taxes ; ils sont peut-être incapables de se révolter chacun dans sa commune, ils sont très-capables d'être mécontents tous ensemble, et il n'est point de force qu'un tel mécontentement ne fasse plier.
D'autre part, le caractère national, qui fournissait des armes au pouvoir central, en fournissait contre lui. S'il n'avait pas la force de concentration
passionnée et la puissance de réflexion solitaire qui donnent l'indépendance durable et la volonté personnelle, il avait la puissance d'analyse, et l'analyse ^ est hardie, philosophique, destructive; elle consiste à décomposer les idées en elles-mêmes sans tenir compte de l'expérience ; elle impose le goût de ce qui est raisonnable et non de ce qui est pratique ; elle sacrifie volontiers les faits aux déductions. Armée de la moquerie, elle dissout aisément tout ce qu'elle touche, et elle touche d*abord aux gouvernements qu'elle subit. Les attaques qu'au moyen âge elle entassa contre le clergé sont innombrables, et Jean de Meug expliquait déjà comment à l'origine le peuple avait fait un roi en élisant « un grand vilain, le plus osseux, le plus corsu > qui fût dans la bande. Après l'âge d'enfance et de malices naïves vint Tâge de virilité et de théories raisonnées. On considéra l'honmie abstrait, le gouvernement en soi, la société en gênérai ; on fit des systèmes philosophiques ti%8-biaat déduits et parfaitement ordonnés sur les droits de l'homme et sur le contrat social. On s'éprit de cette théorie philosophique, et on prétendit l'appliquer telle quelle, non-seulement à soi, mais aux voisins et à tous les peuples. Rien de plus curieux que les. discours des clubs et des assemblées de la