XXII PRÉFACE
en histoire, et il part de là pour décider que vous supprimez l'individu. Il oublie que ces 1 1 grandes forces ne sont que la somme des penj chants et des aptitudes des individus, que nos termes généraux sont des expressions collectives par lesquelles nous réunissons sous un de nos regards vingt ou trente millions d'âmes inclinées et agissantes dans le même sens, que lorsque cent hommes poussent une roue, la force totale qui déplace la roue n'est que l'assemblage des forces de ces cent hommes/|et que les individus existent et opèrent aussi bien dans un peuple, un siècle ou une race que les unités composantes dans une addition dont on n'écrit que le chiffre final. - — Pareillement encore il vous reproche de trçpsformer l'homme en machine, de Passujettir à quelques rouages intérieurs, de l'asservir aux grandes pressions environnantes, de nier la personne indépendante et libre, de décourager nos efforts en nous apprenant que nous sommes contraints et conduits au dehors et au dedans par des forces que nous n'avons pas faites et que nous devons subir. Il oublie ce qu'est une âme individuelle, comme tout à l'heure il oubliait ce
PRÉFACE XXÏFÏ
qu'est une force historique; il sépare le mot de la chose; il le vide et le pose à part, comme un être efficace et distinct. Il cesse de voir dânsN^ l'âme individuelle comme tout à l'heure <fons la force historique les éléments qui la composent, tout k Pheure les individus dont la force histo- , rigue n'est que la somme, à présent les feoultés et les penehants dont l'âme individuelle n'est que l'ensemble^ Il ne remarque pas que les aptitudes et les penchants fondamentaux d'une âme lui appartiennent, que ceux qu'elle prend dans lç|situation générale ou dans le caractère national lui sont ou lui deviennent personnels au premier chef, que lorsqu'elle agit par eux, c'est d'après elle-même, par sa force propre, spontanément, avec une initiative complète, avec une responsabilité entière, et que l'artifice d'analyse par lequel on distingue ses principaux moteurs, t ses engrenages successifs et les distributions de son mouvement primitif n'empêche pas le tout, qui est elle-même, de tirer de soi son élan et sa direction, c'est-à-dire son énergie et son effort. Il ne remarque pas non phis que des recherches de ce genre, bien loin de décourager l'homme en