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classe moyenne étendue, le bien-être augmenté, la richesse multipliée, l'invention dévoloppée, la nation proclamée souveraine, et, à travers dix constitutions successives, exerçant sa souveraineté par l'ascendant de l'opinion. Là-bas, quelle que soit la révolution, le pouvoir retombe toujours aux mains d'un despote; ici, quelle que soit la révolution, le pouvoir ressent toujours la pression du peuple. Là-bas, à travers tous les accidents, la force des choses intronisait une volonté privée; ici, à travers toutes les aventures, elle intronise la volonté publique. Là-bas, un empereur disait à son lils : « Payez bien les soldats, et moquez-vous du reste. » Ici, dans les moments décisifs, les soldats, par leur appui ou par leur immobilité,, soutiennent le public ou le laissent faire, et dernièrement, au milieu de la guerre, un homme à la tête de huit cent mille hommes disait : « C'esi l'opinion seule qui peut décider la victoire et faire la paix. »
M. DE MONTALEMBERT
Ce qui a donné le gouvernement en «Angleterre à une aristocratie libérale, ce sont des circonstances politiques et des dispositions morales qui ne se sont rencontrées nulle part ailleurs.
Au xi° siècle, l'aristocratie implantée par la conquête se trouva unie par la communauté d'intérêts, par l'habitude d'agir en commun, par la nécessité de résister au peuple conquis, par la régularité de son organisation nouvelle, et fit un corps *. Ici, comme en France, elle lutta contre le roi ; mais en France elle n'était qu'une multitude dispersée qui tomba homme par homme; ici elle formait une armée compacte, où chaqtie soldat fut défendu par tous les soldats. En France, le roi était faible, et, pour se fortifier, se présenta comme protecteur du peuple ; ici le roi était fort, et, pour lui résister, les barons se présentèrent comme les protecteurs de la nation. Sous Henri I er , sous Etienne, sous Henri II, sous Jean sans Terre, sous Henri III, sous
1. M. Guizot, Essai sur V origine du système repi ésentatif en Angleterre.
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Edouard I er , ils réclamèrent et stipulèrent en corps pour eux et pour le public. Par leur union et leur popularité, ils obtinrent des chartes, ils arrachèrent des garanties, ils fondèrent le Parlement, ils conquirent pour eux et pour la nation des institutions libérales, une part dans l'autorité et le gouvernement représentatif. A la fin du xm* siècle, cette œuvre était achevée : « C'est la coutume du royaume d'Angleterre, disait au pape un archevêque de Cantorbéry, que dans toutes les affaires relatives à l'état do ce royaume on prenne l'avis de tous ceux qui y sont intéressés. »
fie n'est pas assez pour une aristocratie qui veut durer d'élre unie et d'être utile ; il faut encore qu'elle se mêle au peuple pour éviter l'envie, et qu'elle se recrute dans le peuple pour éviter l'appauvrissement. Les chevaliers députés des comtés siégeaient dès le xiv° siècle avec les bourgeois députés des villes. Tandis qu'en France les simples nobles, votant avec les grands seigneurs, laissaient sarts lien le tiers état et l'aristocratie, ici les simples nobles, votant avec les bourgeois, unissaient l'aristocratie et le tiers état. En même temps que les deux pouvoirs s'alliaient l'un à l'autre, les deux classes se fondaient l'une dans l'autre 1 . Des membres de l'aristocratie rentraient dans le peuple;