‹ Essais de critique et d'histoireChapitre 56 sur 64 · SAINTE-ODILE ET 1PIIIGÉNIE EN TAURIDE · texte numérisé non relu

SAINTE-ODILE ET 1PIIIGÉNIE EN TAURIDE

Chaque année les pèlerins bouddhistes ou chrétiens allaient par dévotion visiter quelque stupa , quelque chapelle particulièrement sainte, et renouveler leur âme au contact de leurs dieux. Enrore aujourd'hui nous faisons comme eux. Si profond que soit le travail des siècles, l'esprit et la nature sont toujours les mêmes, et l'ancien culte subsiste sous d'autres noms. Nous aussi, nous avons parfois besoin de quitter le tracas du monde et la routine des affaires, d'oublier les choses momentanées et changeantes, de contempler les êtres fixes, éternellement jeunes, les puissances primitives, la grande source dont notre petite vie n'est qu'un flot. Ce sont là nos dieux, les mêmes que les dieux anciens, mais délivrés de leur enveloppe légendaire, plus beaux, puisqu'ils sont plus purs. Il no faut pas chercher bien loin leur demeure :

:VH SAINTE-ODILE.

die est où la tradition l'a mise; l'instinct des premiers croyants a presque toujours bien choisi. Sur le mont Cassin, où le couvent de Saint-Benoit a remplacé un temple d'Apollon, des yeux modernes peuvent contempler le génie du lieu, le plus grandiose amphithéâtre italien, un cirque roussi de montagnes nues. A Sainte-Odile, un monastère qui touche à la vieille enceinte druidique laisse voir du haut de ses terrasses des précipices boisés, un pêle-mêle de forêts, un chaos verdoyant, et la séve intarissable de la contrée septentrionale.

Gomme en pareil lieu on se détache vite des rhoscs humaines! Gomme l'âme rentre aisément dans sa patrie primitive, dans l'assemblée silencieuse des grandes formes, dans le peuple paisible des êtres qui ne pensent pas! Hier, à la nuit tombée, au pied de la montagne, la campagne entière nageait dans une blancheur laiteuse, si sereine et si molle, qu'on se sentait à l'aise comme chez un ami. Pas un souffle de vent; de temps en temps le pas d'un paysan attardé; de toutes parts un chuchotement lointain, effacé, d'eaux courantes. Les peupliers sortaient tout noirs de la clarté nocturne ; eux aussi, ils se reposaient, enveloppés par la bienveillance universelle de l'air moite, aspirant la fraîcheur qui sortait en voiles blancs de toute la plaine. La pâleur lumineuse du ciel perçait entre leurs branches, et sur les ruisseaux rayés par leurs

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