‹ Essais de critique et d'histoireChapitre 62 sur 64 · l'ItOSPEIt VÉRIVCr · texte numérisé non relu

l'ItOSPEIt VÉRIVCr

Cosaques, le Faux Dèmêirim, la Guerre sociale* la Conjuration de Catilina, études solides, complètes, bien appuyées, bien exposées, mais dont les .personnages ne vivent pas; Irès-probablemenl c'est qu'il n'a pas voulu les faire vivre. Car, ilans un au Ire écril, les Débuts d'un aventurier, reprenant son faux Démétrius, il a fait rentrer la sôve* dans la plante, en sorte qu'on peut la voir tour à lo'ur sous les deux formes : terne et roide dan^ l'herbier historique, fraîche et verte dans Pœlivre d'art. Evidemment, quand il préparait dans rct herbier ses Espagnols du xiv p siècle ou les contemporains de Sylla, il les voyait par l'œil intérieur aussi nettement que son aventurier; du moins cela ne lui était pas plus difficile; mais il répugnait à nous les faire voir, n'admettant dans Thisloire que les détails prouvés, se refusant à nous donner ses divinations pour des faits authentiques crilique, au détriment de son œuvre, rigoureux jusqu'à se retrancher la meilleure partie de lui-même et mettre son imagination sous l'interdit.

(Dans se * œuvres d'art, le critique domine encore, mais presque toujours avec un office utile, pour restreindre et diriger son talent, comme une source qu'on enferme dans un tuyai/ pour qu'elle jaillisse plus mince et plus serrée. Il avait, de naissance, plusieurs de ces talents que nul travail n'acquiert et que son maître Stendhal ne possédait

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pas : le don de la mise en scène, du dialogue, de comique, Fart de poser face à face deux personnages et de les rendre visibles au lecteur par le seul échange de leurs paroles. De plus, comme Stendhal, il savait les caractères et contait bien. Il soumit ces vives facultés à une discipline sévère, et, par un effort double, entreprit de leur fairu rendre le plus d' œuvre avec le moins de matière* — Dès l'abord, il avait beaucoup goûté le théâtre espagnol, qui est tout nerf et tout action; il en reprit les procédés pour composer sorts un faux nom de petites pièces d'un sens profond et d'intention moderne ; chose unique dans l'histoire littéraire! plusieurs de ces pastiches, V Occasion, la Péricholc, valent des originaux. — Nulle part la saillie des caractères n'est si nette et si forte que dans ses comédies. Dans les Mécontents et dans les Deux Héritages, chaque personnage, suivant un mol de Gœthe, ressemble à ces montres parfaites, eu cristal transparent, sur lesquelles on voit en même temps l'heure exacte et tout le jeu du mécanisme intérieur. Tous les détails portent et\sonl chargés de sens; c'est le propre des grands peintres de dessiner en cinq ou six coups de crayon une figure qu'on n'oublie plus. Même dans des pièces moins réussies, par exemple dans les Espagnol* en Danemark, il y a des personnages, le lieutenant Charles Leblanc et sa mère l'espionne, qui res-

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feront à demeure dans Iîi mjjfnoire humaine. Au fond, si un sri»p.tiqu<\aussi'cir 4 tï*riiiini» avait daigné avoir une esthétique, il aurait expliqué, je crois, que, pour un connaisseur de l'homme, chaque homme se réduit à trois ou quatre traits principaux, lesquels s'expriment complètement par cinq ou six actions significatives; le reste est dérivé ou indifférent ; c'est temps perdu que de le montrer. Les lecteurs intelligents le devineront, et il ne Vaut écrire que pour les lecteurs intelligents. (Laisser le bavardage aux bavards, ne prendre que Tessenlicl, ne le traduire aux yeux que par des actions probantes, concentrer, abréger, résumer la vie, voilà le but de l'art. — Dii moins tel est le sien, et il l'atteint mieux encorè^ïlahs ses récits que dans ses comédies; car les exigences de la mise en scène et de l'effet comique* ne surviennent pas pour grossir les traits, charger la vérité, mettre sur la figure vivante un masque de théâtre *. L'écrivain, ayant moins d'obligations et plus de ressources, peut dessiner plus juste et moins appuyer. La plupart de ces Nouvelles sont des chefs-d'œuvre, et il est à croire qu'elles resteront

I. Le Résident dans les Espagnols en Danemark, le Comte et les autres gentilshommes dans les Mécontents, Kermoulon et le marchand de beurre dans les Deux Héritages. Mais, en revanche, quels résumés vrais que les caractères de Clémence, de Sévin et «le miss Jackson !

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classiques. Il va de cela plusieurs raisons. D'abord, en fait, voici trente ou quarante ans qu'elles durent, et Carmen, V Enlèvement de la redoute, Colomba, Matteo Falcone, l'Abbé Aubain, Arsène Guillol, la Y émis d'Ille, la Partie de trictrac, Tamango, même le Vase étrusque et la Double Méprise, presque lous ces petits édifices sont aussi intacts qu'au premiers jours. C'est qu'ils sont bâtis en pierres choisies, non en stuc et autres matériaux dé mode. Point de ces descriptions qui passent au bout de cinquante ans et qui nous ennuient tant aujourd'hui dans les romans de Walter Scott; point de ces réflexions, dissertations, explications, que nous trouvons si longues dans les romans de Fielding; riçn que des faits, et les faits sont toujours instructifs; dlauLint plus qu'il n'y met que des faits importants, intelligibles même pour des hommes d'un autre pays et d'un autre siècle ; dans Balzac et dans Dickens, qui n'ont pas cette précaution, beaucoup de détails minutieux, locaux ou techniques, tomberont comme un enduit (fui s'écaille, ou ne serviront qu'aux commentaires des commentateurs. — Autre chance de durée : ces romans sont courts, le plus long n'a qu'un demivolume; l'un d'eux, six pages; tous sont clairs, bien composés, rassemblés autour, d'une action simple et d'un effet unique. Or il faut songer que la postérité est une sorte d'étrangère, qu'elle n'a

pas la complaisance* des contemporains, qu'elle ne tolère pas les ennuyeux, qu'aujourd'hui peu de personnes supportent les huit volumes de Clarisse Harlowe, bref, que l'attention humaine surcliargée linit toujours par faire faillite ; il est prudent, quand après un siècle on lut demande encore audience, de lui parler un style bref, net et plein. — Eit outre, il est sage de lui dire des choses intéressantes et qui Fintéressent. Des choses intéressantes: cela exclut les événements trop plats otr trop bourgeois, les caractères trop effacés et trop ordinaires. Des choses qui l'intéressent : cela veut dire des situations et des passions assez durables pour qu'après cent ans elles soient encore de circonstance. Mérimée choisit des types francs, forts, originaux, sortes de médailles d'un haut relief et d'un métal dur, avec un cadre et des évé^ nements appropriés : le premier combat d'un officier, une vendetta corse, le dernier voyage (Tun négrier, une défaillance de probité, l'exécution d'un fils par son père, une tragédie intime dans un salon moderne ; presque tous ses contes sont meurtriers, comme ceux de Bandello et des nouvellistes italiens, et en outre poignants par te sang-froid du récit , par la précision du trait, par la convergence savante des détails. Bien mieux, chacun d'eux, dans sa petite taille, est tm document sur la nature humaine, un document com-

plet eL^ik-kuigiUi-portéey ^u'ufi philosophe, un moraliste, peut relire tous les ans san st^épuiser. Prûsieurs dissertations sur l'instinct primitif et sauvage, des traités savants, comme celui de Schopenhauer sur la métaphysique de l'amour et de la mort, ne valent pas les cent pages de Carmen. Le cierge d'Arsène Guillot résume beaucoup de volumes sur la religion du peuple et sur les vrais sentiments des courtisanes. Je ne sais pas ■de plus amère prédication- contre les méprises de la crédulité ou de l'imagination que la Double Méprise et le Vase étrusque. Il est probable qur'en l'an 2000 on relira la Partie de trictrac pour savoir ce qu'il en coûte de manquer une fois à Tlionneur. — Remarquez enfin que l'auteur n'in4 < lervient point pour nous faire la leçon; il s'abs^iv Aient, nous laisse conclure; même de parti pris, It \. . s'efface jusqu'à^ tes tecteurs futurs ^

auront des rgarcts pourlin Tnaître de maison si i poli, si discret, si habile à faire les honneurs deson logis. Les bonnes manières plaisent toujours, et on ne peut rencontrer d'hôte mieux élevé. A kt porte, il salue ses visiteurs, les introduit, puis se retire, les laissant libres de tout examiner et critiquer seuls; il n'est pas importun, il ne se fait pas lui-même le cicérone de ses trésors; jamais on ne le prendra en flagrant délit d'amour-propre. Il cache son savoir au lieu de le montrer; il semble,

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à l'écouler, que rliaruti aurait pu faire son livre. L'un est une anecdote qu'un de ses amis lui a contée cl qu'il a aussitôt écrite. L'autre est « un extrait » de les lectures à travers lirautome et d'Aubigué. S'il a l'ail /c.v Dèhuls (V un aventurier, c'est qu'étant au Irais malgré lui, pendant quinze jours, il n'avait rien de mieux à l'aire. Pour écrire la Guzla, la recette est simple : se procurer une statistique de l'Ulyrie, le voyage de l'abbé Fortis, apprendre cinq ou six mots de slave. Ce parti pris de ne pas se surfaire va jusqu'à l'affectation. 11 a si peur de paraître pédant qu'il luit jusque dans l'autre extrême, le ton ÏÏégagr; le sans-façon deTtîûnnne du monde. — Peul-élre un jour sera-ce là son eudroit vulnérable ; un se demandera si cette ironie perpétuelle n'est pas voulue, s'il a raison de plaisanter au plus fort de la tragédie, s'il ne se montre pas insensible par crainte du ridicule, si son ton aisé n'est pas l'ellel de la contrainte, si le gentleman en lui n'a pas fait tort à l'auteur, s'il aimait assez son art. Plus d'une fois, notamment dans/// Vénus <Cllle y il s'en est servi pour mystifier le lecteur. Ailleurs, dans Lohis\ une idée saugrenue, à double entente, étrange de la part d'un esprit si distingué, gît au fond du conte, comme un crapaud dans un coiïrel sculpté. 11 pa-

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