‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 10 sur 194 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

celle-ci informe elle-même la conscience; ou encore lorsque la fin est représentée, mais que les moyens sont obtenus et parcourus spontanément sans être cherchés ou même connus comme tels, alors la passion est VInstinct.

L'expérience n'est pas le fondement de l'instinct, car il lui est antérieur. La réflexion n'intervient dans l'instinct que pour en troubler les effets.

C'est dans l'instinct que la finalité éclate surtout comme loi de la nature. On y voit en effet les phénomènes futurs et préordonnés, soit de conservation, soit de développement, se subordonner les déterminations et les sentiments même de l'animal et de l'espèce, et jusqu'à des actes nombreux que le vulgaire aj)pelle volontaires. Et ce n'est pas encore là toute l'extension de cette loi, mais elle tend, par VHabiiude, à absorber les phénomènes mêmes qui sont nés hors de sa sphère.

h' Habitude est en général la manière constante d'être ou de devenir. Dans cette acception, on ne la distinguerait point de la nature, si ce n'est qu'on eût égard à^ l'origine première du phénomène dit habituel.

Plus spécialement, c'est la disposition qu'une manière d'être ou de devenir montre à s'établir ou à se reproduire dans un être vivant, par cela seul qu'elle s'est déjà produite et plus ou moins répétée auparavant. C'est donc la puissance, donnée dans le fait particulier, de constituer ou de changer graduellement le fait général, lequel est ici cela même que nous appelons la nature.

La définition de l'habitude implique la possibilité de son propre changement, ou plutôt de son application pour produire des phénomènes différents de ceux qu'elle produisait, ou même contraires. 11 suffit que des causes quelconques amènent un fait ou le répètent.

Page 1