DES QUESTIONS PHYSIQUES AUX QUESTIONS MORALES
ils seraient réclamés, l'histoire proprement dite, c'est-àdire alors celle des croyances et des systèmes, intervient dans une plus forte proportion. Il n'en saurait être autrement quand les questions d'origine et de finalité prennent l'avance sur la simple recherche de ce qui est.
La transition brusque de la physique des êtres à leur théorie morale, transition que ne vient pas ménager une biologie aux éléments encore si ténébreux, est atténuée seulement par une circonstance. C'est qu'il y a deux questions d'origine sur lesquelles la science croit avoir réuni par observation et induction assez de faits et de lois pour oser avancer des hypothèses autres qu'arbitraires ou que purement morales. La première de ces questions, et pour laquelle la prétention est de beaucoup la mieux justifiée, concerne la cosmogonie matérielle du monde solaire, ou même de l'univers. En revanche, il n'y a plus qu'obscurité complète pour celui qui entreprend de lier à une pareille cosmogonie les commencements, les conditions, si ce n'est externes, les précédents intelligibles de la vie dans les amas de matière cosmique. Celui-là, physicien, chimiste, physiologiste, n'a certes pas plus droit, sous ce rapport, à ces titres de savants que jadis ne l'avaient Thaïes ou Anaximandre, idéologues matérialistes comme lui.
La seconde question est celle de l'origine ou de l'état premier des espèces vivantes, déduits, s'il se peut, des existences actuelles et des développements apercevables. Ici on fait place à des idées de progrès, par conséquent de finalité, tantôt volontairement, tantôt quelque effort que l'on fasse pour en masquer l'apparence. L'examen des théories générales de ce genre les plus répandues me servira de passage aux doctrines de cosmogonie morale proprement dite. De là, je viendrai enfin, aux origines humaines, et, progressivement dans un autre Essai, à l'histoire même de l'homme et à l'introduction positive de la moralité dans le monde, en donnant aux faits, à
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mesure qu'ils s'offriront à moi plus abondants, toute la prépondérance possible.
On peut admirer sans réserve les tentatives faites à la suite des grands progrès de l'observation et du calcul en astronomie, pour rendre compte des origines mécaniques du monde. Elles répondent à un besoin de l'esprit scientifique, et le satisfont eu égard à l'état actuel des connaissances. L'hypothèse de Laplace a quelque chose de grand aussi bien que de conforme aux phénomènes, quand elle nous présente les planètes comme originaires du soleil, et leur formation comme due au retrait successif d'une matière, alors fluide, dont l'étendue et la révolution atteignaient les limites actuelles du système solaire, et dont l'action de la force centrifuge, croissante par ce retrait même, a détaché des anneaux que la pesanteur a condensés ensuite en corps sphéroïdaux; ces derniers pouvant à leur tour et de la même manière, en se coadensant, laisser autour d'eux leurs anneaux ou leurs satellites. Les découvertes ou inductions récentes sur la nature de l'atmosphère solaire, d'une part, et, de l'autre, sur la corrélation de la force avec la lumière et la chaleur, en y joignant Ce que l'observation nous apprend des aérolithes terrestres, apporteraient à la théorie un complément précieux si elles nous permettaient de voir dans la zone matérielle appelée lumière zodiacale, une source d'alimentation pour le foyer de notre monde. Mais ceci est encore tout spéculatif.
Les hypothèses de Kant et de Herschell agrandissent encore la conception de Laplace et la corroborent, en se fondant sur l'observation des amas de matière cosmique, à divers degrés d'expansion ou de condensation autour de noyaux simples ou multiples, plus ou moins brillants, depuis les nébuleuses les plus vagues et les plus élémentaires jusqu'aux étoiles proprement dites et à certains de leurs groupes, pour nous rendre probable un mode de formation de tous les corps célestes tout