HYPOTHÈSES DE COSMOGONIE ASTRONOMIQUE
semblable à celui que nous admettons pour le système solaire. Et une vue si admirable reçoit un surcroît de sublimité par la considération des espaces affectés à ces grands phénomènes, quand on regarde le système dont nous faisons partie comme n'étant lui-même qu'une portion minime d'un ensemble qui comprend toute la zone de la voie lactée, et cependant n'occupe pas plus de place dans le ciel visible que telle des nébuleuses indécomposables pour nos télescopes.
Au reste, ces faits primordiaux et élémentaires de génération cosmique, et les lois qui les renferment selon les hypothèses que nous venons d'exposer sommairement, ne dépassent point la donnée de la gravitation universelle, jointe aux lois générales du mouvement. La force centrifuge, dont le rôle est si considérable, n'est pas ce que des rêveurs ignorants pensent et publient de temps à autre, une force essentielle interne, inhérente à la matière aussi bien que la force centripète de la gravitation, et donnant lieu aux phénomènes par la loi d'un antagonisme primitif. C'est une force composante qu'on peut envisager dans le mouvement d'un corps quelconque dont la trajectoire n'est pas rectiligne. Les mouvements de translation en lignes courbes proviennent d'ailleurs de deux causes : 1° une force attractive dirigée vers de certains centres; 2° une impulsion qu'on a coutume d'appeler initiale, mais qu'on sait n'être que la résultante des forces quelconques qui ont agi sur le mobile, considérée en son application au centre de gravité qu'elle tend à transporter avec une certaine vitesse en ligne droite. Communément, la résultante de forces quelconques ne saurait s'exprimer ainsi tout entière, et il faut y joindre un mouvement de révolution du mobile autour de son centre de gravité. De là vient que les grands corps de l'univers sont animés, et le sont probablement tous, d'un mouvement de rotation sur eux-mêmes en même temps que de translation dans l'espace. Et Ton voit que les seuls éléments primordiaux
de la mécanique céleste sont, d'une part, la gravitation, de l'autre, l'ensemble des forces de toute nature qui ont contribué à l'établissement des mouvements actuels, et dont l'analyse mathématique permet de représenter la résultante avec une grande simplicité.
Je reviens aux hypothèses cosmogoniques mécaniques. Leur sublimité, bien que toute matérielle, me frappe et je les crois très probables. Mais la sphère d'abstractions oii elles régnent les rend indifférentes à la conception morale du monde, à l'ordre de la vie ; et les forces physiques spéciales en sont même écartées. Ici comme ailleurs, l'astronomie et la mécanique arrivent à une grande perfection relative. Ce succès est, dû à la simplicité du sujet, laquelle provient de généralisation et d'abstraction. Les causes 'physiques réelles, les êtres véritables et les causes finales ne sont guère plus absentes des mathématiques pures qu'elles ne le sont de la cosmogonie astronomique. Laplace nous dit que les causes finales sont un effet de notre ignorance, une illusion, un mirage qui recule à mesure que nos connaissances s'étendent. C'est bien parler pour un mathématicien et même pour un physicien; mais il n'en est pas moins vrai que la nature réintégrée en son tout et divisée en ses parties concrètes, non plus dépouillée de certains attributs essentiels qui embarrasseraient sans profit la science, ou plutôt qui l'arrêteraient net, la nature exige qu'on lui rende les causes finales. L'homme, cette finalité vivante, ne peut ni concevoir sa propre existence, ni rendre un compte adéquat du monde en rapport avec lui, sans restituera ce monde des qualités si fondamentales parmi celles qui le constituent lui-même. Aussi les théories de cosmogonie morale ont occupé une grande place dans les efforts spéculatifs et dans la foi de l'humanité. Cette place, au fond, n'est pas diminuée, et peutêtre n'est-elle pas devenue aussi vide qu'on le croit; ou il faudrait que la nature humaine eût subi une éclipse étrange entre tant de progrès I