HYPOTHÈSES DE COSMOGONIE ZOOLOGIQUE
celluleuses de fluides contenablés , et h les vivifier en mettant ces fluides contenables en mouvement ù l'aide ■des fluides subtils excitateurs qui y affluent sans cesse des milieux environnants. » C'est par ces moyens que les canaux s'allongent, se divisent, se solidifient, etc., et que paraît à certain moment V orgasme : l'orgasme, Inculte encore obscure chez les végétaux, grâce à un arrangement qui ne se prête pas à mieux, mais qui, chez les animaux, est la cause de la propriété d'être irritable, et cff*et lui-même de la cause excitatrice du tissu cellulaire. Cette irritabilité est le propre de l'animal.
La nature produit donc, selon Lamarck, des générations directes, dites spontanées. Elle les produit du moins quand il s'agit des animaux inférieurs, tels que les infusoires ; et, pour le dire en passant, la génération par voie de parents n'est guère qu'une application du même procédé donnant certaine disposition et excitation à certaine matière. Mais ensuite la nature a d'autres moyens pour tirer des plus bas animaux les animaux perfectionnés. Le système devient en même temps plus intéressant, car jusqu'ici nous nous traînons dans l'ornière des plus creuses formules de la mythologie de la matière. Il se trouverait aujourd'hui peu de physiologistes favorables à l'explication de la vie et de son origine par des fluides dont l'existence même est un mystère et un acte de foi : presque tous aimeraient mieux s'adresser à des propriétés biologiques, qu'ils traiteraient de spéciales provisoirement , mais qu'ils supposeraient n'être dans le principe que des propriétés physico-chimiques développées dans la composition moléculaire et fondées dans les atomes. C'est un progrès des vues de la science, si ce n'est une amélioration bien notable des visées philosophiques. En revanche, beaucoup de naturalistes conserveraient encore leur faveur à la thèse de Lamarck sur l'influence des milieux, le rôle de l'habitude et la transformation de l'espèce par des causes premièrement externes.
Lamarck attribue à ses fluides en mouvement une modification du tissu cellulaire selon les circonstances de lieu, d'habitation, de régime, etc. Toutefois le changement des circonstances n'a pas, dit-il, une action directe sur les parties constitutives d'une espèce. Mais les besoins changent avec les circonstances; les emplois, puis les habitudes des organes changent avec les besoins, et l'organisation change avec les habitudes. Ainsi l'habitude surtout fait l'espèce. Ici reparaît, dans le système, la nature personnifiée par le naturaliste. La nature échelonne ses productions du plus simple au plus composé; elle obtient les facultés des animaux par les effets d'une organisation de plus en plus complexe : au plus bas degré, la vie toute seule, l'irritabilité; ensuite, l'organe se développe par son emploi, et la nature ajoute à l'irritabilité, devenue insuffisante, l'action musculaire et l'influence nerveuse. Après la simple puissance excitatrice des mouvements vitaux, et des actions des animaux encore imparfaits, par les milieux environnants, vient enfin le sentiment intérieur, phénomène qui résulte des fonctions d'un système d organes capables de la produire. La puissance passe alors de l'extérieur à l'intérieur et finit par appartenir à l'individu lui-même^.
La série linéaire des animaux, de laquelle on ne tomberait pas d'accord aujourd'hui, car le principe même n'en paraît plus applicable aux meilleurs observateurs et aux classificateurs les plus compétents, cette série donnée avec confiance, non moins que l'intervention de l'idée d'une nature ordonnatrice, nous introduit dans un genre d'aperçus tout autre que celui où semblait nous confiner la genèse physique des espèces. L'existence admise de la série établit le progrès d'organisation des êtres comme un fait, et porte en conséquence l'auteur à accepter la donnée d'une fin dans le monde. On le voit donc sans étonnement parler d'une nature qui se propose peu à peu,
1. Lamarck, Philosophie zoologique, 2^ partie, Introduction et chap. I et II.