‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 116 sur 194 · KANT ET HERSCHELL; LA THEORIE DU CIEL · texte numérisé non relu

KANT ET HERSCHELL; LA THEORIE DU CIEL

puis, dans la suite des temps, l'espace plus éloigné produira les uns après les autres des mondes et des systèmes de mondes, toujours en relation systématique avec ce point central. Chaque période finie amènera le développement d'une sphère finie ayant ce point pour centre. La région extérieure indéfinie sera encore le siège du désordre et du chaos et restera d'autant plus éloignée de l'état de complète évolution que l'on considérera des points plus éloignés de la sphère où la nature s'est déjà façonnée. En conséquence, si, du lieu que nous occupons dans l'univers, celui-ci nous apparaît comme un monde achevé et, pour ainsi dire, comme une foule sans fin de systèmes de mondes, c'est que nous nous trouvons au. voisinage du point milieu de toute la nature, où depuis longtemps elle est sortie du chaos et a atteint son parfait développement. Mais si nous pouvions dépasser une certaine sphère, nous trouverions le chaos et la décomposition des éléments... La création n'est pas l'œuvre d'un instant. Après qu'elle a commencé par la production d'une infinité de substances et de matériaux, elle est constamment en action à travers la suite de l'éternité, et sa fécondité va grandissant sans cesse. Il s'écoulera des millions et des montagnes de millions de siècles, pendant lesquels toujours de nouveaux mondes et de nouveaux systèmes de mondes se formeront les uns après les autres dans les espaces lointains, autour du centre de l'univers, et atteindront leur état parfait... Mais de même que de la série des temps qui composent l'éternité ce qui reste est toujours infini, et ce qui est écoulé fini, de même la sphère de la nature déjà façonnée n'est toujours qu'une partie infiniment petite de l'espace qui contient les germes des mondes futurs, et qui s'efforce de sortir de l'état brut du chaos, dans des périodes plus ou moins longues. La création n'est jamais terminée. Elle a commencé un jour, mais elle ne finira jamais... 11 ne lui faut pas moins qu'une éternité pour peupler toute l'étendue sans limites de l'espace infini des mondes sans nombre et sans fin. »

On ne voit pas ce qui peut empêcher de sortir de suite du chaos tous ces mondes en retard, et dont même une infinité demeureront éternellement en retard, puisqu'il ne faut pas moins qu'une éternité pour qu'ils sortent tous ! Kant tombe en contradiction avec lui-même. Le génie ne préserve pas de cet accident les philosophes qui jonglent avec les infinis. Kant a prié son lecteur, quelques pages à peine avant celle que je viens de citer S de se poser en conscience une question : « Peut-on croire que ce qu'a produit, pour se manifester, une puissance infinie accom-

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