‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 117 sur 194 · Théorie du ciel, chap. vir, p. 197 en note · texte numérisé non relu

Théorie du ciel, chap. vir, p. 197 en note

pagnée d'une suprême sagesse, ne soit que la différentielle de ce qu'elle aurait pu produire? »; et c'est lui maintenant qui imagine la puissance divine éternellement employée à créer des mondes et des mondes ! Il est clair que, dans cette supposition, il ne peut exister à aucun moment, dans l'univers des univers, autre chose que la différentielle de ce que la puissance divine peut produire. J'ai connu un philosophe, homme d'un grand esprit d'ailleurs, — l'auteur de Terre et Ciel, — qui, plus ivre encore d'infini que Kant, évitait l'inconvénient, en imaginant que Dieu créait, à chaque différentielle du temps, non pas une différentielle d'univers, non pas un univers, mais toute une infinité d'univers. Rien n'empêche tant d'infinités de se placer dans l'espace infini I La puissance divine à ce compte était algébriquement un infini à la Seconde puissance. On trouverait encore le moyen d'enchérir, si on le voulait bien. Mais arrêtons-nous là.

On doit remarquer toutefois, bien que celan'ôte pas la contra- •diction, que Kant ne prolonge l'acte créateur, dans la durée infinie future, qu'en ce qui concerne la sortie progressive des taondes du chaos. Il suppose que le chaos lui-même a été fait infini tout d'une fois. Les éléments de la matière et ses deux forces essentielles auraient ainsi dès l'origine occupé l'immensité; et ceci rend d'autant plus difficile à comprendre qu'en un point seulement de cette matière et de ces forces partout présentes, les conditions du commencement de l'évolution se soient rencontrées, et qu'encore à présent et à jamais il y ait et il doive y avoir des espaces du ciel où elles ne se rencontrent point. Le lecteur est naturellement conduit à penser que l'éternité doit se joindre à l'infinité, dans les attributs du chaos tel que le comprenait et l'aurait exposé Kant, s'il n'eût été arrêté par la doctrine biblique de la création ; et que l'action divine créatrice est pour lui, simplement, une mystérieuse puissance de finalité enfermée par Dieu dans le développement, quoique explicable tout entier mécaniquement, des forces cosmogoniques. C'est exactement la fonction que donnait à l'esprit (vouç) un philosophe de l'Antiquité, Anaxagore, qui, lui aussi, admettait un chaos éternel et infini, d'où le monde ordonné sort par une évolution sans fin. Si nous regardons Kant comme l'un des initiateurs de l'évolutionisme moderne, nous pouvons dire qu'il a pris la question en quelque sorte au point où l'école ionienne l'avait laissée. Il a remplacé par les concepts de la physique de Newton les idées confuses des anciens sur l'essence et les propriétés de la matière. Il fallait la théorie mécanique de la chaleur pour faire faire un nouveau pas à l'explication de la production et de la destruction des mondes.

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