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LES SYSTEMES DE PHILOSOPHIE DE LA NATURE

noms communs, qui semblent plus abstraits, l'ensemble des phénomènes ou leurs lois principales : c'est l'Etre, c'est l'Identité, c'est l'Idée; c'est l'infini se déterminant ou devenant Fini; c'est l'Opposition ou la Polarité, au moyen de laquelle toutes les différences du monde et toutes les forces capables d'agir en sens contraires en astronomie, en physique, en chimie, en biologie, en histoire, en morale, reçoivent la même explication. Il ne reste qu'à montrer comment les faits connus et leurs expressions les plus générales se coordonnent dans le système. On y réussit toujours, mais de telle façon que jamais un fait nouveau ne se prévoit et ne se découvre, et que, en revanche, des faits inexacts et bientôt démentis, des lois mal entendues et qu'il va falloir abandonner, se justifient aussi aisément que les vérités acquises à l'expérience. La philosophie de la nature n'a rien ajouté aux sciences de la nature. Elle s'est bornée à généraliser quelques données banales et à les transporter dans la métaphysique panthéiste, restée toujours la même avec un vocabulaire rajeuni. Je dis la même, c'està-dire la plus ancienne, car Schelling et son école naturaliste ont certainement reculé sur Spinoza, pour la netteté, pour l'énergie, pour la profondeur.

Hegel a donné une formule plus achevée, plus correcte de ces oppositions qui se produisent au sein de l'Infini de la philosophie de la nature, et de cette indifférence des différents appelée à rétablir la synthèse dans V identité jprimitivement divisée. Depuis Y Etre ou Néant d'être du commencement logique des choses jusqu'à la conscience de Y Homme-Dieu dans l'histoire, à travers la Qualité, la Quantité, etc., et la nature vivante, il a pris à tâche de montrer comment chaque moment du développement de Y Absolu va se formant d'une thèse, d'une antithèse et d'une synthèse, où se rencontre sans faillir un moyen de passer à la triade suivante. Mais la rigueur de formulation n'est elle-même que formelle et non matérielle : on le conçoit trop bien. Non seulement Hegel trouve la

nature, ainsi qu'on l'avoue communément, mal disposée à se laisser construire, et préfère dédaigner qu'expliquer certaines parties de l'univers, aussi essentielles en fait, que rebelles à l'Idée ; mais surtout sa perpétuelle gageure des oppositions, des identifications et des transitions ne peut se soutenir qu'à l'aide de paralogismes, de rapprochements forcés, de distinctions et de confusions arbitraires, de thèses et d'antithèses de langage, et par un emploi constant de la métaphore, du calembour, et de tout ce que la vague imagination met au service d'un esprit résolu à systématiser son rêve \ L'indétermination des concepts est tellement habituelle à ce philosophe que je ne pense pas qu'un homme de sain entendement, discipliné par l'étude, soit apte à ce qui s'appelle comprendre la suite de ses déductions prétendues, pour la reproduire en bonnes et claires paroles. La logique hégélienne est restée à l'état de déti contre toute autre exposition que la sienne propre, en sa langue et en son auteur. Il ne serait donc pas utile ici d'insister sur des théories qui n'ont jamais eu même l'existence aux yeux de la science, et sur un système qu'on ne peut nommer grand en philosophie qu'à titre de monstruosité, malgré les vues curieuses, spirituelles ou même profondes dont il est semé. La science, consultée, interprétée, mais non suppléée ou défigurée par les philosophes, est ce qui sert de guide à cette partie de ma critique. Or, la pensée de la soi-disant école de Kant a tout à fait dévié des traditions rationnelles du maître pour se jeter dans la fan-

1. Pourtant l'obscurité de la physique de Hegel n'est pas telle qu'on n'y distingue très bien des erreurs grossières et un certain genre d'ignorance. Je m'explique : lorsque Hegel réfute ou prétend corriger une théorie reçue, astronomique par exemple, il commet une de ces bévues familières aux écoliers intelligents qui ne travaillent pas : et c'est ce que souvent on appelle esprit faux. 11 substitue à l'idée claire et démonstrative du professeur un concept déiîguré plus vague qu'il croit comprendre; il réfute cette prétendue opinion scientifique et la remplace par une autre de sa façon tout aussi incorrectement définie que la première, et qui entre mieux dans son cadre.

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