‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 138 sur 194 · LE PROGRÈS DANS LES PHENOMENES EMBRYOGENIQUES · texte numérisé non relu

LE PROGRÈS DANS LES PHENOMENES EMBRYOGENIQUES

différenciation des organes et de leur adaptation aux fonctions quelles qu'elles soient. La question principale subsiste à plus forte raison, et on ne peut seulement pas dire qu'elle soit posée pour les naturalistes. Ils semblent exclusivement disposés, même les plus finalistes d'entre eux, à admirer l'étonnante variété des fins et des moyens en discord et en lutte, et la merveilleuse virtuosité d'exécution des œuvres de la nature pour toutes les sortes d'emplois possibles. C'est là un point de vue qu'on peut dire opposé à celui de la perfection, et, par conséquent, du progrès des parties de cet ensemble.

J'ai pris, sur ce sujet, mes exemples dans la zoologie. J'en aurais trouvé d'analogues dans la botanique, où il ne me semble pas non plus que les diverses qualités qu'on peut réunir sous le chef de la perfection se rencontrent toujours en coïncidence avec la complication de structure et la différenciation plus grande des

B. Le progrès dans les phénomènes embryogéniques.

« C'est Agassiz qui le premier a bien fait ressortir le remarquable parallélisme entre l'évoluion embryonnaire et l'évolution paléontologique, entre l'ontogénie et la phylogénie... Personne n'a montré aussi nettement qu'Agassiz comment les Vertébrés ne furent d'abord représentés que par les Poissons, comment plus tard les Amphibies apparurent, comment, après un laps de temps beaucoup plus long encore, survinrent les Oiseaux et les Mammifères, comment, en outre, pour les Mammifères aussi bien que pour les Poissons, ce furent les plus imparfaits, les plus inférieurs, qui apparurent les premiers. Agassiz montre donc que non seulement l'évolution de tout le groupe vertébré est parallèle à l'évolution embryonnaire, mais qu'il Test aussi à ce développement systématique, par gradation, que nous voyons s'échelonner depuis les classes, les ordres les plus inférieurs, jusqu'aux classes les plus élevées. Ces faits si importants, aussi bien que la conformité des évolutions embryonnaire et paléontologique, s'expliquent très simplement par la doctrine généalogique; tandis que sans elle ils sont absolument inexplicables. On en peut dire autant de la grande loi d'évolution progressive, de ce progrès historique de l'organisation, qui se montre avec éclat aussi bien dans la succession de tous les organismes que dans le perfectionnement particulier de chaque partie de leur corps. Ce progrès, bien et dûment constaté par Agassiz, est l'effet nécessaire de la loi de sélection naturelle formulée par Darwin,

qui en démontre les causes efficaces. Si cette loi est fondée, il faut de toute nécessité que le perfectionnement et la multiplicité des espèces aient grandi par degrés dans le cours de l'histoire organique terrestre, et c'est seulement aux époques les plus récentes qu'elles ont pu arriver à une grande perfection ^ »

L'auteur de ces formules, qui auraient pu être un peu plus nettes, même ou surtout dans leur brièveté, poursuit en reprochant à Agassiz un désaccord entre sa théorie du progrès des êtres et sa doctrine des créations successives. Je n'y vois pourtant aucune incompatibilité. La nécessité de ce progrès, que Haeckel réclamait comme une conséquence formelle de la loi des sélections, Darwin lui-même, on l'a vu, ne l'admettait nullement en vertu de ses principes, et sentait même fort bien qu'elle s'éloignait de la logique de son système; tout ce qu'il demandait, c'est que son système pût bien expliquer le fait, en le supposant acquis à la paléontologie; or une explication diffère logiquement d'une nécessité de conséquence ; Darwin savait cela. Il le montrait, en trahissant son embarras, là même où il avait le tort de parler de résultat presque nécessaire. Il prenait une attitude assez affirmative dans la question des ressemblances embryogéniques. Les animaux anciens et éteints ressemblent jusqu'à un certain point, disait-il, aux embryons des animaux vivants appartenant aux mêmes classes ; fait remarquable qui s'explique tout simplement dans notre théorie^. » C'est l'hérédité qui donnait à Darwin l'explication fournie à Agassiz par l'hypothèse d'une retouche du Créateur dans les types conservés d'époque en époque.

Les déclarations d' Agassiz lui-même, au sujet de celte loi, sont loin d'être dogmatiques. « Plusieurs auteurs, dit-il, ont déjà signalé la ressemblance qui existe entre les jeunes de certains animaux actuels et les représentants fossiles des mêmes familles. Mais jusqu'ici ces comparaisons n'ont porté que sur des cas isolés. On n'est pas encore complètement sûr que le caractère de la succession des êtres organisés dans les âges passés soit de nature à offrir, en général, une conformité remarquable avec le développement embryonnaire des animaux. C'est là cependant une conclusion justifiée par l'état actuel de nos connaissances en embryologie et en paléontologie... On peut regarder comme un fait général de nature à être établi de plus en plus solidement à mesure que les recherches embrasseront

1. Wseokel, Histoire de la création des êtres organisés, p. 61 de la traduction française.

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