‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 14 sur 194 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

La rêverie, le rêve, le songe, le somnambulisme, phéntir mènes involontaires qui se produisent durant le sommeil ou à ses limites, sont dus à la persistance inégale de l'imagination, de la mémoire, des séries de la pensée et même de certains effets de sensibilité et de locomo- ,tjpn. Ces fonctions sont alors irréfléchies actuellement, •^<fat)iqué les habitudes représentatives contractées pendant la veille puissent encore fournir des modes de liaison aux phénomènes, et simuler la réflexion et la .volonté actuelles.

La puissance de l'habitude pour reproduire machinalement des séries qu'une réflexion antérieure a établies rend assez compte de ce qu'on allègue de faits de raison dans les songes; mais surtout il faut remarquer que la mémoire du songe est un fait de l'homme éveillé; or, chez celui-ci, les fonctions réfléchies imposent leur forme aux phénomènes, et par là les interprètent inévitablement et les altèrent.

Les illusions vulgaires des songes, les impossibilités, les contradictions, les aliénations de personnalité, sont de^ propriétés d'un état de conscience où la représentation ne cherche rien au delà de son actualité pure et simple, appréciées du point de vue d'un autre état où des jugements réfléchis se mêlent à chaque position de ' phénomènes .

Il résulte de notre expérience des animaux, jointe à ce que nous savons des fonctions volontaires et des effets de leur suspension dans le sommeil, que la veille de l'animal doit être un état de conscience approximativement appréciable par comparaison avec le sommeil lucide de l'homme, mais avec cette différence capitale que les sensations et la locomotion se produisent dans le premier cas spontanément, et en dehors de ces formes de la raison dont l'exercice imparfait, devenu habituel

L x\.NALYSE DES FONCTIONS HUMAINES XXI

el machinal, explique seul ces illusions humaines que seules aussi elles sont capables de corriger.

L'établissement des fonctions organiques est une condition générale préalable de celui des fonctions représentatives. Mais de même que le jeu des premières précède constamment le jeu des secondes (ce qui s'appelle en être la cause) dans certaines séries de phénomènes, de même, dans certaines autres, la représentation suscitée spontanément se subordonne les états et; changements de l'organisme.

Cette dépendance est d'abord marquée dans les inouvements instinctifs, c'est-à-dire dans ceux qui s'expliquent par des fins clairement ou confusémeilt représentées, et non par la sensation et l'expérience.

Elle est manifeste dans la loi qui attache à la présence, à la répétition et au développement de chaque passion des modifications, d'abord dynamiques, et ensuite même statiques des organes internes et externes.

Elle se retrouve dans les phénomènes organiques liés à l'imagination, ou fonction productive et reproductive seule, comme ils le seraient à la sensation et aux fonctions externes. La passion se mêle d'ordinaire à cet ordre de faits, où l'on doit classer les hallucinations, les visions et quelques-uns des accidents constatés parmi ceux que l'on a longtemps qualifiés sans raison de magnétiques.

.L'imagination seule des mouvements comme possibles, comme imminents, avec quelque passion pour les craindre ou les espérer ; celle de diverses modifications organiques plus complexes, dans les mêmes conditions, suffit pour que les organes se disposent et se déterminent à les produire, si d'ailleurs il n'y a pas empêchement et si la volonté ne met pas arrêt à la représentation. Cette .^

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classe comprend notamment des actes musculaires et des sécrétions, puis Yimitation et la contagion sympathiques, puis, parmi les phénomènes d'illusion, beaucoup de faits du prétendu magnétisme animal et de la suggestion, puis le pendule explorateur, les tables tournantes, etc., enfin le vertige, qui, bien défini, met en évidence le principe commun de tous ces phénomènes.

La volonté est étrangère à l'ensemble des faits précédents. La volonté et les fonctions réfléchies ne peuvent que les troubler, si elles y interviennent directement.

Quand la volonté précède un mouvement musculaire, elle est toujours jointe à une préimagination comme celle qui vient d'être décrite, et son rôle est de ne point s'y opposer en suscitant quelque autre représentation, mais, au contraire, de maintenir celle-là toute seule.

La préimagination plus ou moins passionnée suffît, sans la volonté, pour amener le mouvement attendu, dès qu'il est possible.

Donc on est en droit de dire que la volonté n'est pas la cause prochaine, immédiate et directe de l'action musculaire dite volontaire, non plus que des autres modifications des organes.

Et en effet, cette action, bien examinée, n'offre à l'analyse rien au delà de la représentation simple et vive du mouvement possible, imminent et motivé*, avec cette circonstance que la volonté, avertie et en éveil,. ne suscite aucune représentation suspensive. Gela suffit pour que s'applique la loi qui lie le phénomène repré-

1. A celle représentation se joint naturellement, sous forme imaginative, celle de la sensation que Ton sait par expérience qui se produira dès que le mouvement en question sera obtenu avec ses accompagnements physiques.

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