L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES XXIII
sentatif d'imagination et de passion au phénomène organique correspondant ; et le mouvement se fait.
La volonté n'est pas moins pour cela la cause éminente, dès qu'elle se montre. C'est elle qui, propre à l'homme, comme une sorte de représentation automotive, décide des autres représentations actuelles, qui, à leur tour, sont suivies des mouvements, comme ils le sont chez les animaux, oii cette représentation supérieure n'existe pas.
9. Personnalité : Liberté. — La Personnalité réunit toutes les catégories, du point de vue de l'homme, et se caractérise définitivement quand, la Causalité et la Finalité une fois bien étudiées, le Soi et le Non-Soi se posent avec la plus grande distinction possible dans la Conscience.
Mais la conscience humaine n'aurait pas cette suprême individualité qui semble résulter de l'analyse, si les imaginations et les passions auxquelles se subordonne l'organisme dans certaines séries de phénomènes, suivaient elles-mêmes une loi générale et nécessaire de développement, en sorte que l'automotivité des représentations ne fût qu'apparente. La question de la liberté est donc celle de la personnalité même.
La question de la liberté ne s'élève pas au sujet de l'animal ; non que l'on ne puisse se demander si un grand nombre de ses déterminations spontanées ne sont pas accidentelles et fortuites, c'est-à-dire non préordonnées par l'ensemble des précédents et conditions, et on l'ignore tout à fait; mais visiblement il n'y a pas chez lui cette spontanéité réfléchie qu'accompagne une claire conscience du pouvoir de disposer de ses propres représentations.
La question porte sur les actes humains que l'idée du bien et la passion motivent, et aussi sur les jugements
XXiy INTRODUCTION
dont la fin principale est le vrai. Pour les uns comme pour les autres, il existe, outre les séries de déterminations involontaires, plus étendues qu'elles ne le semblent de prime abord, une classe reconnue de phénomènes qu'on pourrait nommer les illusions de la volonté, dans lesquels la liberté s'abandonne et la personne finalement s'aliène. Si la liberté est réelle, on est en droit de tenir ce langage; sinon, toutes les déterminations sont au fond de cette espèce, et il n'y a d'illusion que la conscience même de la liberté.
Ces faits de relâchement ou d'abandon de la personne diffèrent de ceux de la passion pure et des songes, en ce que la volonté consent au vertige mental, au lieu de l'ignorer ou de le dissiper en le reconnaissant. Ce sont :
Les jugements qui consacrent des hallucinations en qualité d'objets immédiats de l'expérience, et en tirent des conclusions et des actes ;
Les jugements qui interprètent des sensations internes quelconques, et, se fondant sur des possibilités que l'imagination suggère et que l'ignorance et la passion exagèrent, affirment la réalité de faits supposés, tels que crimes, conspirations, obsessions, possessions, révélations surnaturelles, etc. ;
Les jugements mêmes qui s'enchaînent en raisonnements pour construire des systèmes de toute nature, sur des bases chimériques ou simplement possibles, et déclarent ensuite ces systèmes évidents, certains, etc. ;
Enfin l'obéissance volontaire aux tentations vertigineuses que les hypnotiseurs et suggesteurs mettent en œuvre, et qui se produisent avec des effets particuliers dans le sommeil somnambulique, ou même après le réveil, à des moments déterminés d'avance.
La plupart de ces faits représentatifs, d'abord aigus, deviennent chroniques, grâce à l'habitude, et, liés ordi-