‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 142 sur 194 · Le règne animal distribué^ etc., p · texte numérisé non relu

Le règne animal distribué^ etc., p

sistance serait assurée, au moins entre certaines limites. Une science qui ne dogmatise pas ne doit, tant qu'elle n'est point entièrement fixée, exclure par définition ni Tune ni l'autre des deux possibilités ; il n'est pas bon que le savant cherche à atténuer ou à renforcer, selon ce qu'est son opinion propre, l'un des deux éléments de la notion commune ^ ; car ceci est affaire de raisonnement et de démonstration, s'il est possible, non de définition.

La définition de Cuvier ne dit donc point ce que ses opinions bien connues font supposer qu'il aurait voulu lui faire dire : à savoir, que les individus non semblables à ceux qui, à notre connaissance, descendent de parents communs, ne sauraient descendre des mêmes parents que ces derniers. Encore moins, dit-elle, quil y a descendance commune de tous les individus possibles, en quelques formes et types dissemblables qu'ils aient fini par se grouper en s^ écartant de leurs ancêtres. Mais enfin il est certain, que, par elle-même, elle ne décide pas.

La seconde de ces doctrines, professée avant Cuvier par Lamarck, a, chez celui-ci, son point d'attache philosophique dans l'idée d'unité à fondement matérialiste, encore bien que lui-même il reconnût un fondement plus reculé dans l'idée de création. La génération spontanée de la vie par le jeu des propriétés physiques, puis V action des milieux^ celle des sentiments intérieurs, Y adaptation, V habitude, V usage ou le défaut d'usage des organes, sont, suivant lui^ les causes du progrès continu des formes de la vie, sans aucune révolution dans la succession constamment généalogique des êtres. Après Cuvier, c'est la même doctrine au fond, ainsi que le dit très justement Haeckel ^, qui reparaît en proposant la sélection naturelle dans la lutte pour Vexistence, comme l'agent principal des variations à partir d'une ou de quelques formes élémentaires primitives.

La doctrine diamétralement opposée, soutenue par Agassiz, a cet intérêt, que les principes de pluralité et de classification, autant que possible exclus du point de vue précédent, deviennent exclusifs à leur tour. L'individualisme se place d'une manière

1. Ce défaut est sensible dans la définition suivante où le savant auteur l'a on peut dire introduit illogiquement et à dessein pour marquer son point de vue particulier, en termes qui impliquent hypothèse : « Pour moi, l'espèce est l'ensemble des individus plus ou moins semblables entre eux, qui peuvent être regardés comme descendus d'une paire primitive unique par une succession ininterrompue et naturelle de familles. » (Quatrefages, L'espèce humaine, p. 26.)

Page 1