‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 149 sur 194 · ELEMENTS CATEGORIQUES DE LA THEORIE DÛ MAL · texte numérisé non relu

ELEMENTS CATEGORIQUES DE LA THEORIE DÛ MAL

nomie n'a paru nous conduire qu'à des conclusions négatives. Expliquons-les en montrant ce qu'elles contiennent pourtant d'affirmatif et de solide.

Un certain optimisme reste toujours l'unique solution possible du problème général, à moins de trouver un moyen que la raison puisse accepter d'établir la dépendance du mal physique par rapport au mal moral, en admettant la personnalité de Dieu, la création, et un péché originel intelligible et clairement défini au point de vue de la morale. Si cela ne se peut alors, pour éviter la contradiction ou le ridicule, la justification du monde doit se détourner de la cause première comme moralement inconnaissable, et se fonder sur l'hypothèse des fins, pour laquelle il est certain que l'homme qu'elles intéressent trouve des éléments de juger dans sa raison, dans ses afFections et dans son expérience même. Or voici ce qu'on est admis à dire du problème du mal h, ce point de vue.

Nous partons de la supposition d'êtres relatifs, c'est-à~ dire définis par des rapports et régis par des lois. Or, relation est essentiellement détermination; détermination implique limitation. Il faut donc que les êtres aient des limites. Nous rencontrons dès le début ce principe de la limite, que les théodicées prétendent déduire, et, nous le posons simplement comme une condition nécessaire de la connaissance. C'est un premier élément du mal, mais insuffisant de soi, car c'est aussi un premier élément du bien : nul bien ne peut être conçu, nulle perfection ne peut être réalisée que dans un sujet déterminé, par conséquent défini, fini, limité. Le sophisme habituel des théologiens et des philosophes qui donnèrent cours à la théorie des degrés dêlre ou de perfection fut de regarder l'agrandissement comme se rapprochant d'une entière suppression de limites, et le rapetissement comme s'en éloignant. Mais une attention plus rigoureuse fait reconnaître que les limites qu'on

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