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mcf^rie ne cessen{;''pas pour cela, d'exister, et qu'un cercle petit ou grand est toujours un cercle au même titre et au même degré. Le mal est donc tout autre chose que le fait dé cette apposition de limites qui est également nécessaire pour définir et caractériser le bien.
Le mal, rapporté à une conscience donnée, est le phénomène quelconque incompatible avec une fin que cette conscience se propose à elle-même ou croit devoir être proposée dans le monde.
Si la fin et les moyens de cette fin dépendent ou ont dépendu des actes d'une conscience, si une conscience peut se les proposer comme des phénomènes essentiellement et primitivement propres à elle, le mal est appelé moral. Mais si la fin et les moyens, quoique soumis toujours au jugement de la conscience, dépendent essentiellement de phénomènes hors de son pouvoir, le mal est appelé physique. Seulement ce dernier genre a souvent son origine dans le premier, parce que les actes une fois accomplis ne sauraient se retirer et produisent une série indéfinie de conséquences dans la nature.
Gela posé, l'existence du mal physique, c'est-à-dire des phénomènes contraires à un ordre naturel que l'homme se proposerait pour fin, ou comme bien, exige ^ pour être approfondie qu'on distingue entre les fins pro- \ chaines et les fins ultérieures des êtres. Les premières sont des moyens par rapport aux autres. Or les fins ultérieures sont inconnues, quand on tente de prolonger au loin la spéculation à leur égard. Des phénomènes peuvent être incompatibles avec une fin proposée et prochaine, et être indifférents, ou utiles, ou même nécessaires pour l'acquisition d'une fin plus éloignée. L'expérience en offre mille preuves. Ainsi rien n'empêche de supposer que des faits contraires à la conservation actuelle des êtres terrestres (par exemple un cataclysme, une crise pathologique pour tel individu, pour telle espèce) sont réclamés pour le développement de ces mêmes êtres et pour l'évolution des lois vitales
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au delà des bornes où se renferme notre nie. Cette hypothèse nous ramène, sous le point de vuô de la finalité, au principe familier de l'optimisme : que l'ordre du monde ne peut être connu et jugé comme tel que dans le tout; en d'autres termes, que les maux particuliers sont des conséquences nécessaires d'une loi générale qui est le bien même. Mais la considération de la finalité, la promesse que la conscience se fait à ellemême d'une satisfaction future des êtres de la nature, est la seule forme morale possible du principe.
Reste la question : pourquoi une opposition entre les fins et les moyens comme fins.^^ pourquoi la loi générale implique-t-elle des maux particuliers .^^ Est-il donc bien, aafond, que la loi assujettisse les êtres (contradiction étonnante avec la loi morale) à ne prospérer que par la destruction d'autrui.^^ Est-il nécessaire a priori que la génération et la vie soient dans la dépendance de la mort.^^ En vérité, que l'ordre ainsi fait soit bon, c'est vanité pure de l'affirmer, car on ne le voit point, et les profondeurs morales, s'il en est, de la physiologie semblent inaccessibles à l'hypothèse même. Que l'ordre ainsi fait soit nécessaire, les philosophes l'affirment, mais ce n'est rien de plus que de dire et répéter qu'il est ainsi fait. Pour moi je déclare ne pas reconnaître la nécessité morale de l'existence des forces aveugles et des forces antagonistes, quoique je ne sache, avec les postulats dont nous sommes en possession jusqu'ici, ni si,' ni comment d'autres lois générales pourraient être données. La question reste dominée par l'impossibilité de scruter les origines de la nature et d'assigner un premier pourquoi aux phénomènes tels que nous les voyons. (Voir Deuxième Essai, § xxii, à la fin.)
Dans cette ignorance, il y a, nous l'avons dit, une ressource encore. C'est de raiiiaicheT formellement le mal physique à un mal moral antécédent, ainsi que des religions l'ont essayé avec plus ou moins de hardiesse. Cette voie paraît légitime; elle nous tente, elle nous
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séduit; mais elle est dangereuse en matière de foi, comme l'a trop prouvé la doctrine de la métempsycose; et elle ne deviendra jamais suffisamment claire pour la raison, parce que nous voyons à la vérité des rapports particuliers très intimes entre les deux espèces du mal, mais nous ignorons tout à fait leurs rapports généraux, et ce sont eux qu'il s'agirait de déterminer. Il faut peut-être se borner à les croire, et ne pas laisser prendre à l'imagination trop de place dans la croyance.
Si nous ne nous laissons pas arrêter par cette crainte, nous aurons à voir à quelles conditions nous devons satisfaire, et à quelles conditions nous devons rester soumis dans nos hypothèses, pour être strictement fidèles à la méthode à la fois logique, rationnelle et d'expérience possible que nous suivons depuis le commencement de ces Essais; et nous serons conduits par un postulat nouveau, le postulat de la théodicée et du péché originel, à des vues imprévues, inaccoutumées, audacieuses, quoique terre à terre, en un sens, et absolument opposées aux habitudes d'esprit nées de la métaphysique et de la théologie infinitistes . Que le philosophe qui refuse de nous suivre jusque-là, détourne sa vue du problème, dès lors inscru table, de l'origine et du tout. 'Qu'il regarde à la fin et à l'avenir. C'est là qu'il trouvera la seule explication du mal qui soit à sa portée : je veux dire l'espérance.
A. Kant et la doctrine de l'évolution.
Kant ne s'est pas montré moins hardi en parlant des hypothèses possibles sur le développement de la nature à la surface de la terre que dans ses vues sur V Histoire du ciel; mais il a toujours expressément déclaré que, pour Tesprit humain, il n'y avait d'explication des choses que dans la supposition qu'elles sont des fins de la nature.
<■<■ Rien ne limite le droit que nous avons de rechercher une
KANT ET LA DOCTRINE DE l'ÉVOLUTION 263
explication mécanique de toutes les productions de la nature, mais la faculté de nous contenter de ce seul genre d'explication n'est pas seulement très bornée par la nature de notre entendement, en tant qu'il considère les choses comme des fins de la nature ; elle l'est aussi très clairement en ce sens que d'après un principe du Jugement, la première voie toute seule ne peut nous conduire en rien à l'explication de ces choses, et que, par conséquent, nous devons toujours subordonner à un principe téléologique notre jugement sur cette espèce de production ^ »
Après avoir débuté par cette simple réserve contre les explications mécaniques, Kant va plus loin et admet l'existence d'une certaine unité fondamentale du mécanisme et de la finalité de la nature, unité dans laquelle c'est le mécanisme qui devrait être déduit et expliqué. Mais il s'agit là, dit-il, d'une connaissance inaccessible à l'homme, et qui exigerait une intuition diff'érente de celle des sens, et pénétrant jusqu'au « substratum intelligible de la nature ». Dans son ignorance à cet égard, l'observateur de la nature peut avoir recours à la supposition d'une organisation primitive donnée, qui emploie le mécanisme pour produire d'autres formes organisées, ou pour se développer elle-même. Telle est l'idée de l'évolution chez Kant; c'est, on le voit, l'idée indéterminée et vague du mécanisme qui lui tient lieu des causes que Lamarck et Darwin ont recherchées pour expliquer le développement de l'organisation.
« Il est beau de parcourir au moyen de l'anatomie comparée la grande création des êtres organisés, afin de voir s'il ne se trouve pas quelque chose de semblable à un système, dérivant d'un principe générateur... La concordance de tant d'espèces d'animaux dans un certain schème commun, qui ne paraît pas seulement leur servir de principe dans la structure de leurs os, mais aussi dans la disposition des autres parties, et cette admirable simplicité de forme qui, en raccourcissant certaines parties et allongeant certaines autres, en enveloppant celles-ci et développant celles-là, a pu produire une si grande variété d'espèces, font
1. Kant, Critique du jugement, trad. Barni, l. II, p. 109. — Le Jugement^ suivant la terminologie kantienne, est une faculté de l'ordre théorique et pratique à la fois, distincte de l'Entendement et de la Raison, et dont les deux grandes divisions comprennent les jugements esthétiques et les jugements téléologiques. Cette faculté, selon Kant, admet des concepts a priori qui ne font proprement rien connaître, mais servent de règles à l'esprit. L'existence de ces concepts explique la distinction subtile marquée dans le passage cidessus entre ce qu'exigent un principe du jugement et la nature de notre entendement.
naître en nous l'espé/ance, bien faible, il est vrai, de pouvoir arriver à quelque chose avec le principe du mécanisme de la nature, sans lequel en général il ne peut y avoir de science de la nature. Cette analogie des formes, qui, malgré leur diversité, paraissent avoir été produites conformément à un type commun, fortifie l'hypothèse que ces formes ont une affinité réelle et qu'elles sortent d'une mère commune, en nous montrant chaque espèce se rapprochant graduellement d'une autre espèce, depuis celle où le principe des fins semble le mieux établi, à savoir l'homme, jusqu'au polype, et depuis le polype jusqu'aux mousses et aux algues, enfin jusqu'au plus bas degré de la nature que nous puissions connaître, jusqu'à la matière brute, d'où semble dériver d'après des lois mécaniques (semblables à celles qu'elle suit dans ses cristallisations) toute cette technique de la nature, si incompréhensible pour nous dans les êtres organisés, que nous nous croyons obligés de concevoir un autre principe.
» Il est permis à l'archéologue de la nature de se servir des vestiges encore subsistants de ses plus anciennes productions, pour chercher, dans tout le mécanisme qu'il connaît ou qu'il soupçonne, le principe dé cette grande famille de créatures (car c'est ainsi qu'il faut se la représenter, si cette prétendue affinité générale a quelque fondement). »
On voit que l'hypothèse de la descendance unique est poussée là aussi avant que possible; mais, dans ce qui suit immédiatement, Kant rattache toute cette généalogie à la terre, mère commune universelle, et s'éloigne beaucoup, par le mode quasi mythologique de cette conception, de l'évolutionisme matérialiste aujourd'hui le plus répandu parmi nous, — outre qu'il ramène à la fin, comme toujours inévitable, l'idée de finalité par où il a commencé :
« Il (l'archéologue de la nature) peut faire sortir du sein de la terre, qui elle-même est sortie du chaos (comme un grand animal), des créatures où on ne trouve encore que peu de finalité, mais qui en produisent d'autres à leur tour, mieux appropriées au lieu de leur naissance et à leurs relations réciproques, jusqu'au moment où cette matrice se roidit, s'ossifie, et borne ses enfantements à des espèces qui ne doivent plus dégénérer, et où subsiste la variété de celles qu'elle a produites, comme si cette puissance formatrice et féconde était enfin satisfaite. Mais il faut toujours en définitive attribuer à cette mère universelle une organisation qui ait pour but toutes ces créatures, sinon, il serait impossible de concevoir la possibilité des productions du règne animal et du règne végétal. On n'a donc fait que reculer l'explication et on ne peut prétendre avoir rendu la production