‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 151 sur 194 · KANT ET LA DOCTRINE DE L EVOLUTION ZOO · texte numérisé non relu

KANT ET LA DOCTRINE DE L EVOLUTION ZOO

de ces deux règnes indépendante de la condition des causes finales. »

Ce n'est pas seulement d'une manière générale, ou par rapport à Tenfantement commun de la vie terrestre, que Kant réclame le principe de finalité comme inséparable de la conception qu'il expose; mais, en continuant, et là même où il énonce le plus distinctement les deux grands principes combinés de l'adaptation et de l'hérédité (vingt ans avant la Philosophie zoologique de Lamarck) il remarque que la première de ces lois implique, non moins que la seconde, la fin de la conservation, c'est-à-dire, pour aller au fond, l'être même, la puissance d'être de l'espèce :

« Les changements mêmes auxquels sont soumi^, sous l'influence de causes contingentes, certains êtres organisés dont le caractère ainsi modifié devient héréditaire et passe dans le principe générateur, ne peuvent guère être considérés que comme le développement, occasionnellement produit, d'une disposition originaire contenue dans Tespèce et destinée à la conserver; car admettre dans un être organisé, comme une condition de la perpétuité de sa finalité intérieure, la faculté de produire des êtres de la même espèce, c'est s'engager à ne rien admettre dans le principe générateur qui ne rentre dans ce système de fins et qui n'appartienne à une disposition primitive non développée ^ »

Haeckel reproche à Kant, tout en lui décernant de grands éloges pour avoir « formulé plus ou moins nettement les idées fondamentales de la doctrine généalogique », une contradiction entre cette théorie de 1' « évolution graduelle et généalogique des espèces qui auraient eu une mère primitive commune », et ce principe, hautement déclaré dans toutes ses œuvres, et à cet endroit même : à savoir, que le mécanisme est insuffisant pour expliquer les phénomènes de la nature vivante, et qu'il faut les examiner téléologiquement ^. Haeckel, très préoccupé de sa propre thèse du passage spontané de la matière brute à la matière organisée et vivante n'a pas compris la pensée de Kant, Une lecture plus attentive lui aurait fait apercevoir que Kant n'entendait pas la même chose que lui par le mécanisme. Kant ne dit pas seulement que l'explication mécanique universelle est au-dessus de notre portée, « qu'il est absurde pour des hommes de la tenter, et d'espérer que quelque nouveau Newton viendra un jour expliquer la production d'un brin d'herbe par des lois naturelles auxquelles aucun dessein n'a présidé; car c'est là une vue qu'il faut absolument refuser aux hommes » ; il taxe d'ab-

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