Id., ibid,, p
x'jévÔLÙlioiSISJiiE DE HÈ^LyET DE H/ SPENCER ^2<SÔ'.
pensé : 1° de la nébuleuse comme origine de notre monde physique, 2° de la vue naturaliste de la descendance des espèces d'une mère commune, 3^ d'un premier état de l'Homme, où la nécessité des lois naturelles et les mobiles de la sensibilité n'avaient pas encore dévié la raison soumise au pur dictamen de son autonomie, 4° du péché radical, qui consiste en cette incompréhensible déviation, 5° enfin, de ce libre arbitre nouménal, intemporel, en dehors de la causalité absolue, maîtresse aujourd'hui de la nature, duquel Schopenhauer a tiré son opinion de l'éternité des caractères individuels : rapprochons toutes ces thèses de Kant, sera-t-il bien téméraire d'imaginer que l'une des hypothèses qui ont traversé son esprit, mais à laquelle un vieux penchant de métaphysique abstruse a empêché qu'il ne s'arrêtât, est celle de l'existence ancienne, avant le cours actuel du temps, avant la terre, avant la nébuleuse peut-être, — et néanmoins dans le temps et dans l'espace encore, non dans le vide de la pensée, d'une autre humanité et d'une autre nature dont le monde présent ne renferme plus que les restes après la refonte et la transformation des germes qu'il a laissés?
B. L'évolutionisme de Hegel et l'évolutionisme de H. Spencer.
C'est un vrai système d'évolution que le système de Hegel, en dépit des grandes oppositions de premier aspect, qu'il présente avec celui de H. Spencer, et qui ne prêtent que plus d'intérêt à la recherche des ressemblances entre des philosophies dont l'une a pour sujet-matière l'Idée, et voudrait, si possible, nier la Nature, et dont l'autre prétend tirer toute connaissance de l'expérience, et toutes les formes du réel, de la Force d'où procèdent les phénomènes du monde physique. Ces deux doctrines, que nous voyons se succéder dans la haute notoriété, — pour ne pas dire popularité, — dont chaque époque dispose en faveur d'un penseur préféré, donnent satisfaction à un même genre d'esprits, non seulement par les négations qui leur sont communes, mais encore sur des points de méthode où on ne songerait pas tout d'abord à les comparer; et la seconde ne laisse pas de contenter un certain public philosophique, en l'entretenant dans l'illusion où il est d'avoir délaissé la spéculation chimérique et embrassé l'expérience et la science.
L'évolution hégélienne, ou évolution de l'Idée, est aussi l'évolution du Réel, identique à l'Idéal; elle part d'un point initial où l'Idée n'est pas plus une chose qu'une autre, mais bien le pur indéterminé, le Rien, et se développe par des déterminations
dont chacune renferme la détermination contraire et veut lui être réunie en une synthèse. Après que la vie de l'Idée s'est ainsi manifestée par une suite de contradictions posées et absorbées, ridée passe de Tordre logique à Tordre de la nature, c'est-à-dire à Y extériorité, à quelque chose d'à la fois elle-même encore et d'autre qu'elle-même. Elle perd, dans cette aliénation, la régu^ larité, la parfaite harmonie de ses déterminations, et échappe à toutes lois rigoureuses; mais, après avoir traversé cette phase dans laquelle TUniversel ne triomphe de l'individuel que par la mort, qui est une sorte de continuel suicide de la nature, elle brise Tenveloppe matérielle, et devient l'Esprit. Sous cette forme, elle prend conscience de soi et parcourt les moments d'une dernière évolution jusqu'au moment final où c'est le processus tout entier lui-même qui, dans l'homme libre et dans le philosophe, parvient à se poser, à se connaître, et réalise la science absolue, l'Idée absolue. Dieu. Il manque à ce système dont il a plu à l'auteur, pour des raisons faciles à pénétrer, de ne point définir la fin en rapport exact et symétrique avec le commencement, il lui manque d'avoir ramené l'Idée jusqu'à l'identité d'où il la faisait partir, et jusqu'à l'indétermination et le non-être qu'exigent la pureté et l'absolutisme de TUniversel. Mais si Hegel n'a pas conduit l'histoire de l'Idée jusqu'à cette conclusion bouddhiste, au moins ses interprètes les plus exempts de motifs étrangers à la spéculation ont-ils pensé que l'existence de Dieu devait se borner à la réalisation de l'Idée absolue dans l'homme, et que l'homme même arrivé à cette perfection n'était toujours que la créature éphémère de la nature, — abstraction faite du fait de la connaissance que le philosophe a de la vérité absolue, lequel fait existe sub specie œternitatis , comme disait Spinoza. La différence n'est pas grande.
L'évolution spencérienne, évolution de la nature, semble tout le contraire de l'évolution hégélienne, si nous ne portons notre attention que sur l'idée singulière que Hegel se faisait de la nature : « Le caractère, l'état propre de la nature, c'est le devenir, la négation, le non ens, notion par laquelle les anciens ont défini la matière. C'est là ce qui fait considérer la nature comme la chute de l'Idée, parce que celle-ci, dans sa forme extérieure, n'est pas adéquate à elle-même. Ce n'est qu'à la pensée irréfléchie, et à la conscience sensible qui n'a pas encore fait retour sur elle-même que la nature peut apparaître comme un principe indépendant, possédant l'être et la raison dernière des choses... L'ancienne ainsi que la nouvelle philosophie se sont fait une fausse notion de la nature en se représentant sa formation et son passage d'une sphère à une autre sphère plus élevée
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comme une production extérieure et matérielle, et, pour rendre cette doctrine plus claire, elles l'ont enveloppée des obscurités du passé. Le propre de la nature est de se produire extérieurement. En elle, les existences se différencient, tombent Tune hors de l'autre, et apparaissent comme n'ayant aucun lien ni aucun rapport entre elles... Il faut que la pensée spéculative rejette ces prétendues transformations de la nature, suivant lesquelles les plantes et les animaux seraient sortis de l'eau, les animaux qui ont une organisation plus parfaite proviendraient d'une classe inférieure, etc. Ces explications vagues et obscures n'ont d'autre fondement que l'expérience sensible ^ »
Hegel exprime son parfait mépris pour la méthode empirique, pour le bas entendement, incapable de suivre le vol de la Raison dans l'identité des contraires, enfin pour cette inconsistante nature pleine d'irrégularités et d'accidents, domaine indisciplinable de l'individuel, dans laquelle les difîérences et les changements se refusent à passer par la filière logique de l'affirmation, de la négation et de la négation de la négation. Il nie les transformations de la vie et le progrès de l'organisation. Et cependant H. Spencer, qui embrasse tout ce que Hegel a repoussé, qui cherche les lois réelles et la véritable évolution dans la nature et non dans la logique, laissant l'Idée, si quelque chose de ce nom existe, immobile sur le trône vide de l'Inconnaissable, H. Spencer sacrifie, dans le fond, à la même idole métaphysique que son devancier, et conduit ses adhérents à une vue de l'univers toute pareille en ce qui concerne la raison pratique et les croyances morales, et même, qui le croirait? le pur intellectif.
Les points de départ sont infiniment plus semblables qu'on ne le supposerait possible pour deux systèmes qui ont l'air d'être suspendus, ici, à ce que les noms dont se servent leurs auteurs nous font croire appartenir au genre de l'Esprit, et, là, au genre de la Matière. En effet, d'une part, l'Idée, qui est, au début, un néant de détermination, est grosse de tout ce qui se détermine au cours de son développement, y compris ce qu'elle produit en s' extériorisant et s'aliénant, et qui ne laisse pas de n'être encore qu'elle-même en cette chute misérable ^. De l'autre part, l'origine,
1, Hegel, Philosophie de la nature, traduite par A. Vera, t. I, p. 189-197.
2. (( L'idée se produit dans la nature sous la forme d'une existence étrangère à elle-même. Comme c'est l'idée qui pose par là la négation d'elle-même, et qu'elle devient extérieure à elle-même, la nature ne doit pas être considérée comme une existence extérieure relativement à l'idée ni même relativement à son existence subjective, c'est-à-dire à l'esprit, mais on doit considérer cette manière d'être
eiî apparence mécanique^ dé^funivers est^'darigMa Matière au dernier degré d'évaporation et d'exténuation, homogène et, par conséquent, indéterminée et sans forme, prête à recevoir toutes les formes, et inséparable de la Force qui, aussi bien qu'elle, est exempte de déterminations, — puisqu'elle ne saurait se déterminer sans ouvrir la carrière des différenciations et de Vhétérogénéité croissante, — mais qui est apte à subir toutes les métamorphoses du transformisme physique et biologique, y compris celles qui répondent aux phénomènes de l'esprit.
Ainsi, des deux côtés, une espèce de néant est l'origine des choses et les contient toutes en puissance. Partant de là, l'Idée de Hegel est l'ouvrier universel opérant sur lui-même comme objet et matière de lui-même. La Force de H. Spencer est l'ouvrier universel aussi; si la matière ne lui est pas logiquement identique elle est du moins inséparable de ses manifestations.
L'Idée de Hegel devient la nature en se séparant d'ellemême, — ainsi que le Moi de Fichte s'oppose à lui-même et s'objective, avec cette différence que l'Idée de Hegel est universelle tout d'abord, et ne devient conscience que dans une phase ultérieure, postérieure aux déterminations de la nature. — La Force de H. Spencer part de l'objectif, au contraire, et doit dès lors passer au subjectif : ordre de développement inverse, qui, vu le caractère abstrait de la notion première en chacun des systèmes, et l'identité du résultat concret à obtenir, revient au même que l'autre par rapport à l'explication du monde réel. Suivant le système de H. Spencer, c'est l'esprit (la conscience, l'intelligence) qui va se formant progressivement par V adaptation du subjectif à Vobjectif, à mesure que les expériences accumulées de l'être sensible et percevant se consolident et s'organisent en instincts et en connaissances.
Ce qui achève une sorte d'identification de ces deux lig'nes de doctrine parallèles et de sens contraire, c'est que H. Spencer proleste en toute occasion, et spécialement à la fin de ses Premiers principes, de la neutralité de son système, au fond, entre le spiritualisme et le matérialisme. « La Matière, le Mouvement et la Force ne sont, dit-il, que des symboles de la réalité inconnue... Il faut se rappeler que la connexion entre l'ordre phénoménal et l'ordre ontologique est à jamais inscrutable, et qu'il en est de même de la connexion entre les formes conditionnées et la forme inconditionnée de l'être. L'interprétation de tous les phénomènes en termes de Matière, Mouvement et Force
extérieure comme une détermination où elle existe en tant que nature. » (Hegel, loc. cit.)