‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 157 sur 194 · LA. PLURALITÉ I VRAISEMBLANCE LOGIQUE · texte numérisé non relu

LA. PLURALITÉ I VRAISEMBLANCE LOGIQUE

recherclier légitimement, dans ces scien(ies, le principe le plus reculé de la loi qui associé * les fonctions humaines, non plus que de tout autre être; car cela aussi c'est la nature, et il n'est pas une des données de la nature, il n'est pas une de ses méthodes qui ne soit employée dans la constitution et le fonctionnement de l'homme. Mais si la question est de déterminer les conditions dans lesquelles apparut pour la première fois, dans notre monde, cet être tout entier, tel que nous le voyons, elle ne semble pas hors de la portée logique de nos investigations. Seulement, ce qui ne surpasse pas ici l'essence du savoir surpasse, quoi qu'on en ait dit, les forces de la science, et toutes les parties du problème sont envelopj)ées d'épaisses ténèbres.

La croyance religieuse a, d'un côté, comme la science, de l'autre, présumé de résoudre des problèmes liés à l'origine historique de l'homme, de décider, par exemple, de l'unité ou de la multiplicité de l'apparition terrestre de l'espèce humaine. Mais les traditions et les livres qui portent révélation sur ce sujet ne sont devant la raison libre que l'expression des pensées de leurs auteurs. Si l'histoire réelle, si la critique avec des inductions fondées arrivaient à des résultats contraires et dont il fallût avouer l'extrême probabilité, on verrait la foi abandonner, et cela sans préjudice pour elle, un terrain de plus à la raison. C'est ainsi qu'elle a renoncé à un système astronomique qui lui était cher, et dont le fondement était le même à ses yeux, et non moins sacré, que celui de l'unité originaire de l'humanité. C'est ainsi qu'elle cesse de se croire tenue de regarder l'apparition des diverses espèces animales comme appartenant à une seule époque, et contemporaine de l'apparition de l'homme. Et s'il faut décidément reculer ce dernier événement au delà des limites permises par toutes les versions des textes révérés, comme cela paraît maintenant le cas, la foi devra se résigner encore, sauf à

mettre l'interprétation en jeu, car cet instrument ne fait jamais défaut, ou à professer enfin avec Spinoza que l'essence de la révélation étant la morale, les révélateurs n'ont bien su ni la physique ni l'histoire, et en ont parlé comme tout le monde.

Dès à présent, différents motifs doivent incliner, ce semble, vers l'opinion de la multiplicité primitive des familles humaines une critique sans prévention et sans système.

D'abord, la thèse de la pluralité a pour elle une probabilité logique très réelle. En effet, les mêmes causes et les mêmes conditions qui ont amené un premier couple humain ont pu également en amener plusieurs, et le choix que, à notre point de vue, nous voudrions faire de l'unité est tout gratuit. L'esprit de l'homme a manifesté de tout temps sa tendance à remonter à Vun et à partir de ïan en toutes choses; mais ce n'est là qu'un instinct dont le but est de simplifier les problèmes, et il entre de l'illusion à croire ceux-ci plus simples quand ils ne sont que rapetisses, et demeurent d'ailleurs essentiellement les mêmes. La réflexion apprend à poser les questions indépendamment de la facilité que nous trouvons à les résoudre, surtout quand cette facilité n'est qu'apparente. Un narrateur de légendes a bien pu condenser l'Homme dans un homme premier et unique, et mieux réussir par ce moyen à se rendre compte des premiers mouvements et des premiers effets de la vie morale que s'il eût étendu sa vue sur l'ensemble des cas semblables; mais le philosophe doit savoir entendre généralement, et supposer vrai d'un nombre quelconque de sujets particuliers, ce que le naïf historien des temps primitifs ne s'est représenté qu'individûment. Par cette correction les vérités se conservent ou se retrouvent, comme nous le verrons ailleurs. Les erreurs seules ont disparu .

S'il s'agissait d'un problème encore plus primitif que celui de l'origine de l'humanité, je rappellerais que la

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