‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 159 sur 194 · V. ci-dessus S ix, note D · texte numérisé non relu

V. ci-dessus S ix, note D

ijndifférence du problème pour la morale 285

transforme les mots pour exprimer leurs rapports. Ainsi le monosyllabisme, l'agglomération et la transformation proprement dite seraient des degrés successivement parcourus dans le perfectionnement de la parole. Mais il faudrait prouver que le type sanscrit, qui remonte à une très haute antiquité, a eu pour précédent un type analogue au type chinois ; et il faudrait faire comprendre comment une révolution aussi grave a pu s'opérer spontanément dans le langage ; et il serait encore bon d'établir, autrement que par des arguments poétiques, la grande supériorité supposée du système des flexions sur celui des arrangements (Voir Deuxième Essai, § v). En fait, non seulement on n'est point parvenu à trouver les moindres éléments communs entre deux manières de parler, ou même de penser la parole, qui sont telles que le passage, de l'une à l'autre serait incompréhensible aux yeux de quiconque a la moindre notion de la puissance de l'habitude ajoutée à celle de l'instinct et de ses premiers produits, chez un peuple donné; mais encore on n'a pas fait entrevoir l'unité possible de certaines langues moins essentiellement différentes : le groupe sémitique d'un côté, le groupe indo-européen de l'autre.

• Si je regarde la pluralité comme plus probable que l'unité, ce n'est pas que j'aie un intérêt spéculatif quelconque à résoudre la question en ce sens. Ce que la critique peut atteindre des origines humaines sur notre globe, et qui appartient à mon sujet s'accommode également de l'une et de l'autre hypothèse. Le problème, important sans doute, quant à la science elle-même, me semble n'avoir pas la portée morale qu'on lui donne ordinairement. Ceux qui font de l'unité matérielle du genre humain un fondement essentiel de la morale sociale tombent dans une erreur grossière, dont je ne doute pas que des principes plus épurés de droit, et aussi de charité, ne finissent par nous affranchir. Ils confondent la véritable unité de l'homme, celle qui Se

juge par l'existence de la personne et par la communauté de droits et de devoirs de toutes les consciences, avec l'unité de famille, si extérieure au regard de la première, et si peu considérable aussitôt que le lien de parenté se relâche en s'éloignant. Si un nègre est homme, et assurément il l'est, la famille morale des hommes le revendique. Mais si un nègre n'était qu'un singe, le blanc qui croirait ce singe son cousin au trois-centième degré serait moins porté par des considérations de parenté à le respecter, qu'il ne le serait par les lois générales du cœur humain à lui faire le plus de bien possible et à s'efforcer de l'élever et de le réintégrer dans sa nature primitive.

Quoi qu'il en soit du problème de l'unité, l'origine physique de l'homme demeure pleine d'étranges difficultés. Quand on essaie de concevoir des germes humains développés spontanément, avec un concours de circonstances inconnues et désormais passées, on n'a d'abord aucune idée claire de ces germes, séparément des êtres parfaits dont ils proviennent ; ensuite, ce n'est pas sans peine qu'on se représente comme le pur élève de la nature, un être des plus faibles, celui de tous qui exige le plus impérieusement et le plus longtemps les soins d'une nourrice. Il y a bien la ressource de la louve de Romulus, et nous voyons en efPet certains mammifères adopter passionnément des nourrissons d'une espèce différente de la leur ; mais en osant recourir à cet expédient, on avouerait que les premiers hommes n'ont été élevés que par accident, et la loi des finalités naturelles serait bien mal satisfaite, si l'on croyait que les moyens de l'avènement d'un être nouveau peuvent être donnés sans que soient réunies en même temps les conditions normales de son éducation nécessaire. Quand on admet que l'homme a traversé plusieurs périodes géologiques, on ne s'explique pas mieux son avènement et son éducation, et il est difficile de croire que sa nature ait pu

HYPOTHÈSES SUR l'avÈNEMENT DE LHOMME 287

s'arranger de certains des états anciens de la planète, sans parler du plus ancien de tous, qui est l'incandescence. Aussi prend-on plus généralement le parti d'admettre une transformation graduelle des espèces, avec un passage des unes aux autres, dans de certains milieux physiques ; et il est certain que les limites actuelles des modifications des êtres ont pu être dépassées, dans les circonstances climatériques extrêmes que le globe a traversées.

Dans cette dernière hypothèse, on fait de l'homme le produit de l'évolution d'une espèce antérieure, et disparue depuis, laquelle, par exemple, aurait occupé un rang intermédiaire entre le type humain et celui des quadrumanes les plus élevés. Notre esprit est ainsi fait, ou plutôt l'idée fallacieuse de la continuité et du développement continu est tellement enracinée en nous par l'habitude, qui elle-même ici provient des illusions de nos sens, que nous croyons avoir réponse à tout, si nous parvenons seulement à diminuer l'intervalle des choses dont la filiation est incompréhensible. Sans doute la nature nous montre les êtres échelonnés, sinon en une série unique et rectiligne, au moins en plusieurs suites de termes ordinairement assez rapprochés; et quoique ces suites ne soient ni ne puissent être rigoureusement continues, il est de fait qu'elles composent un ordre et un procès réel. Mais il n'est pas encore certain qu'un procès évolutif des êtres dans le temps corresponde à la classification que nous pouvons en faire à un moment donné, selon les degrés d'avancement où nous les jugeons. L'ordre pourrait être en cela tout autre que nous n'aimons à le supposer. Le progrès, les passages d'une forme à une autre forme pourraient être régis par une loi beaucoup moins simple, et envelopper des éléments entièrement soustraits à notre observation.

Si la véritable loi est celle que l'impatience de savoir a fait anticiper à des géologues, encore ne rend-elle pa& compte du fait principal, je veux dire de la production

même des espèces et des causes de leur succession. Or, ou a beau découvrir ou supposer des intermédiaires, le passage des forces physiques aux forces vitales, ou des forces vitales à la représentation claire et distincte d'un objet sensible, à un désir conscient, ou de cette conscience simple à la réflexion et à la raison, et enfin à la moralité, restera au-dessus de toute explication, et nulle quasi-continuité n'en rendra compte ; car pour la continuité proprement dite nous savons qu'elle est logiquement impossible et contradictoire.

La transition de l'animal à l'homme est donnée par voie de développement d'un même être, c'est-à-dire dans l'homme même et dans l'histoire de sa gestation et de sa première enfance. Ceci est un fait. La raison est en puissance dans le fœtus humain. Il serait même possible d'assigner dans la vie de l'homme une époque où la raison qui s'exerce déjà, est encore enfermée dans des limites fort restreintes : c'est l'âge des premiers actes d'abstraction et de généralisation nécessaires pour créer ou pour accepter les signes de la parole ; et une autre époque où le travail de la réflexion commence obscurément à se caractériser comme une fonction de la volonté. Que l'on imagine seulement ces états, ces moments de la vie intellectuelle, étendus et fixés de manière à constituer la nature durable et la plus haute portée d'entendement de certains êtres ; qu'on joigne à cela certaines différences organiques entre ces êtres et l'homme, et il semble qu'on arrive à se faire une idée des intermédiaires désirés des natures humaine et animale. J'ajouterai même que parmi les races d'hommes qui occupent la terre, à côté de la nôtre, il en est qui semblent s'éloigner peu de ce que nous cherchons ainsi à réaliser dans les espèces détruites. On voit que je fais la part assez belle à une hypothèse que j'ai enveloppée d'avance dans une condamnation générale en ce qui touche le problème proposé de l'origine de l'homme.

L'obstacle me paraît toujours résider dans le passage

HYPOTHÈSES SUR l'avÈNEMENT DE l'hOMME 289

d'une espèce à une autre espèce, et d'une sphère de l'intelligence à une sphère supérieure, dès qu'il faut pour cela franchir un intervalle, bien que diminué, un intervalle de nature, dans la succession des espèces, et non plus seulement de temps, dans le progrès naturel d'un être unique, fidèle à ses fonctions spécifiques. Cet intervalle devient singulièrement grand et incompréhensible, quand il s'agit de l'homme, puisque, en définitive, il aboutit à la position d'une antinomie. C'est, en effet, une contradiction véritable qui finit par se déclarer entre la nature animale, dont on voudrait que l'homme fût descendu, et l'existence morale, dans laquelle éclate en tout la domination, et, sur tant de points, la négation même de la nature. Cet homme qui porte en soi la protestation contre un ordre de choses qu'il va bientôt nommer le mal, pouvons-nous concevoir qu'il ne soit pourtant qu'un développement pur et simple de ce même ordre .^^

On a recours à l'influence des milieux, c'est-à-dire des forces physiques; mais l'argument est trop facile, alors qu'on ignore ce que ces milieux ont été, ou comment ils agissent, quels qu'ils puissent être, et qu'on n'a sous les yeux aucune action de ce genre exercée sur les races actuellement existantes. Des hommes parfaitement dignes du nom et capables des œuvres de l'homme ont habité et habitent les climats les plus différents, et suivent des régimes non moins divers, Enfin les races les moins élevées se font remarquer par une telle ténacité, se laissant plutôt détruire que de consentir à changer, qu'il est a fortiori impossible d'admettre qu'une espèce dont les caractères internes seraient définis spécifiquement pût être amenée par des causes externes à se modifier jusqu'à devenir une autre espèce à l'égard de ces mêmes caractères.

La théorie des modifications individuelles spontanées, transmises et étendues par voie de sélection naturelle, semble au premier aspect plus propre à nous satisfaire.

Pour elle, il n'est plus question de la vie du tout, de l'unité substantielle et du développement solidaire. Le principe métaphysique de ce nouveau système d'évolution des espèces serait plutôt une sorte de monadisme, interprété dans le sens de la concurrence et de la lutte, non d'une harmonie prédéterminée (Voir ci-dessus § ix), En l'acceptant, nous éviterions les inconvénients de l'identité et de la continuité de nature ; et nous pourrions nous passer de l'incompréhensible intervention des causes physiques extérieures pour amener le changement interne et produire toute la variété des êtres et la série de leurs progrès en intelligence. La thèse de la spontanéité, sans loi ni direction morale, soit avant, soit après l'homme (car où placer un siège assez fixe de cette loi!^) nous exposerait plutôt à expliquer les plus grands faits, tels que celui de l'apparition de l'humanité, par l'accident et le hasard, ensuite à prendre dans la supériorité physique de l'individu, ou dans son intelligence, qui est une force aussi, le seul critère de la classification des phénomènes, tant naturels qu'historiques, sous le point de vue du bien.

En ejffet, la loi de sélection naturelle fait voir dans les individus vivants d'une époque quelconque, dans leurs modifications successives transmises par hérédité, les sources accidentelles des familles, races, espèces, genres, etc., l'humanité comprise, et de toutes les propriétés, instincts, facultés et chances de conservation des groupes ainsi parvenus à l'existence. On ne sait donc oii trouver le fondement stable, où chercher l'obligation des règles que l'homme appelle raison, justice, morale, et dont la nature est de s'étendre à tous les individus humains et de ne dépendre d'aucun. Au nom de quoi peut-on accorder à l'idée contre le fait, ou à l'espèce contre l'individu, un droit, à moins que ce ne soit seulement ce droit du fait et de la victoire, que la théorie reconnaît tout d'abord à l'individu seul, facteur véritable de l'espèce, mais que l'espèce a ensuite le pouvoir

HYPOTHÈSES SUR l'avÈNEMENT DE l'hOMME 291

de généraliser, quand elle jouit de la faculté d'association ? Ce serait nier le droit et non pas le fonder ^ .

Tel est peut-être l'esprit, et telles sont certainement les déductions naturelles de la théorie de Darwin, individualiste par un grand côté, si l'on voulait y regarder. Mais, d'autre part, la doctrine de l'unité des espèces est, au fond, et de sa nature, favorable aux tendances panthéistes, et les concepts métaphysiques du Tout et de l'Un exercent une attraction puissante. Quoi qu'il en soit, ou de quelque manière que nous entendions la philosophie du système des sélections, ce système luimême est, nous l'avons vu, sans preuves, dès qu'on dépasse, pour en appliquer le principe, certaines limites encore indéterminées ; il ne se généralise que grâc© à une accumulation d'hypothèses. Appliqué à l'espèce humaine^ il devient particulièrement arbitraire, et ne donne d'ailleurs aucune ouverture à l'explication de celles des facultés de l'humanité qui tranchent sur le règne animal^ et que cependant il faudrait y rattacher dans leurs origines.

Si je n'ai pas prétendu opposer une impossibilité démonstrative aux hypothèses sur l'origine de l'homme» hypothèses qui ont cours, mais si faibles qu'on a peine à les trouver développées quelque part^ on con-

1. L'interprétation à laquelle ces objections se rapportent n'est pas une pure hypothèse. C'est celle que nous donne limperturbable logique du brillant et hardi traducteur de Darwin, Mlle Auguste Royer. L'auteur anglais s'est, je ne sais par quels motifs, interdit de faire connaître ses vues sur l'origine de l'espèce humaine, à laquelle on doit supposer qu'il étend sa théorie. Il eût été intéressant de connaître l'application probablement plus réservée qu'il eût fait lui^ même de son théorème général au problème délicat des instincts et des sentiments moraux.

(Je conserve cette note de la l"^^ édit. de cet Essai (1864), c"est-à^ dire d'une époque où Darwin n'avait pas encore été entraîné par ses disciples allemands jusqu'à la formule radicale de la descendance des êtres d'une origine unique, — faut-il dire organique ou inorganique? — et aux conséquences de cette formule. Je ne parle pas ici des conséquences morales qu'il n'a sans doute jamais reconnues.)

2. Écrit il y a vingt-cinq ans. Quel changement depuis lors ! Mais

viendra que j'ai résumé des doutes et des difficultés graves. Maintenant voici ma conclusion. En abandonnant la chimère de la continuité et les explications apparentes qu'elle fournit, on doit considérer l'existence d'un être en général comme une fonction composée de séries d'actes pulsatiles de divers ordres, liés par des lois, et l'existence de la nature comme une fonction plus complexe qui s'étend aux rapports des différents êtres. La question particulière qui s'agite est la même au fond. On voudrait, en effet, concevoir, au delà de l'harmonie entre les phénomènes actuels, entre ceux qui se succèdent dans le même groupe, un ordre affecté à la production successive des espèces, ces grandes fonctions qui apparaissent à de longs intervalles sur la scène du monde. On est donc conduit, quand on envisage le. problème en sa plus haute généralité, selon la méthode criticiste, à voir, dans les moments d'énergie attachés aux révolutions géologiques, de nouveaux actes spontanés, intermittents et harmoniques, des effets d'éjaculation de forces physiques, vitales, intellectives, inexplicables comme tout ce qui est premier, irréductibles par rapport à leurs précédents, et dont l'ordre est pour nous presque aussi caché, du moins aussi incompréhensible, en principe, que l'origine.

Nous savons qu'il faut s'arrêter quand on arrive aux actes primitifs (et tout devenir, en ce qu'il a de nouveau et d'irréductible, est un de ces actes), et s'arrêter encore quand on en vient à se poser une question d'harmonie dont la solution impliquerait la connaissance de la fonction totale du monde. Ce n'est pas une raison pour nier l'existence d'une loi de succession

la faveur dont jouit Thypothèse de la pure origine animale de notre espèce n'est point due à quelque confirmation directe qu'on en aurait trouvée, — il n'est survenu rien de tel, — ni à des réponses tant soit peu satisfaisantes aux objections de l'ordre psychologique et moral. Elle provient d'une cause négative, de l'impossibilité d'en imaginer une autre qui soit physiquement moins obscure, et puis de l'habitude croissante de ne tenir point compte des raisons morales.

HYPOTHÈSES SUR l'avÈNEMENT DE l'hOMME ^293

des grands actes de générations terrestres, pas plus que d'une loi des actes d'une même période, ou d'un même être, tous également discontinus malgré l'apparence contraire. Mais c'est une obligation d'avouer que nous ne savons ni d'où procède le lien des moments de la grande vie, ni comment s'opère le passage d'une évolution à une autre, et des anciennes espèces, conservées ou non, aux espèces nouvelles. La loi même dont une hypothèse géologique aventurée prétend nous découvrir la forme (le progrès de l'organisation des êtres de phase en phase), en supposant qu'elle fût rigoureuse et définitivement vérifiée, nous n'en connaîtrions que la moindre et la moins intéressante partie, puisque nous ignorons comment se règle le sort des individus. En dehors de ce que l'on croit pouvoir en déterminer, cette loi générale renferme bien des éléments inconnus, et des possibles, dont la recherche dépasse la portée de toute science et comporte un genre de spéculation et d'hypothèses tout autre que scientifique.

A la limite des hypothèses de l'ordre scientifique et de ce qu'on pourrait appeler des postulats de religion — ou plutôt en dépassant cette limite, comme je le crois, et quoique l'auteur n'en convienne pas*, — nous rencontrons une supposition sur l'origine des dons spéciaux de la nature humaine, d'autant plus remarquable qu'elle émane d'un naturaliste qui a partagé avec Darwin l'honneur de l'invention de la doctrine des sélections naturelles; qui en a admis les développements, jusques et y compris la descendance de l'homme d'une forme animale inférieure; qui n'a pas même fait difficulté, remontant plus haut, de penser que l'organisation et la vie pouvaient s'expliquer à l'origine par l'action des

1. La sélection naturelle, Essais par A. R. Wallace, trad. par Lucien de Candolle (1872), p. 388 : « Ces considérations sont en général tenues pour dépasser de beaucoup les limites delà science; mais elles me paraissent être des déductions plus légitimes des faits scientifiques que celles qui réduisent l'univers entier à la matière. »

forces physico-chimiques; mais qui s'est arrêté devant rimpossibiUté de tirer de ces mêmes forces le sens intime et la perception ^ La partie la plus intéressante des idées propres de Russel Wallace consiste en ce qu'il a soutenu et montré par de très sérieux arguments que le développement cérébral de l'homme, son intelligence, portée si loin au delà de son utilité et des besoins de sa vie, son sens moral, ses sentiments délicats, ses aptitudes esthétiques, et enfin des particularités toutes matérielles, telles que l'absence de poils aux parties du corps dont la protection contre les intempéries est la plus nécessaire, que tous ces caractères devaient avoir une cause différente de cette loi des sélections naturelles qui n'est applicable qu'aux seules qualités dont la possession est avantageuse, dans la bataille de la vie, aux individus qui les ont acquises par l'accident des variations natives. La cause inconnue, R. Wallace a cru pouvoir la prendre chez (( des êtres intelligents, supérieurs à nous, dont l'action directrice se serait exercée conformément aux lois naturelles universelles pour le développement des portions essentiellement humaines de notre organisation et de notre intelligence ». Ces êtres intermédiaires dont il faut, suivant l'auteur, admettre l'existence entre l'intelligence suprême et la nôtre, auraient (( guidé la marche de l'espèce humaine dans une direction définie et pour un but spécial, comme l'homme guide celle de beaucoup de formes animales et végétales )) ; en d'autres termes, ces esprits auraient opéré, il n'est pas dit comment, des sélections artificielles sur les produits de générations humaines sorties des matrices animales et soumises, pour le surplus, à la loi commune des sélections naturelles. De même qu'on pourrait penser aujourd'hui, si l'on ne savait pas positivement le contraire, que les produits les plus spéciaux et les plus perfectionnés de

Page 1