LA PLUS HAUTE ORIGINE POSSIBLE
substance et de matière abstraite ne font pas l'illusion d'expliquer quelque chose, il n'y a certainement pas d'hypothèse plus inimaginable que celle qui leur présente les mondes, la vie et l'homme comme sortis d'un nuage de matière homogène. Nous n'avons pas à craindre, en prenant notre point de départ dans les idées de l'intelligence et du bien, de tomber sur une hypothèse plus étonnante pour le simple bon sens que ne font les partisans de l'origine de l'univers dans la matière pure quand ils prétendent tirer l'immense variété des choses sensibles, et le sentiment lui-même, d'une première masse à parties indistinctes. Arrivons avec eux à cette nébuleuse, admettons que le système solaire et les autres systèmes analogues de l'univers, enfin le monde entier jusqu'oii qu'il s'étende, se soient trouvés dans cet état nébuleux à une époque quelconque ; que les phénomènes terribles de la pesanteur, les collisions des corps célestes et les effroyables chaleurs dégagées qui les réduisent en vapeurs nous offrent un moyen de remonter à la cause de cet état. Mais alors nous ne faisons que reculer le problème de l'origine, puisque nous avons encore à trouver celle des mondes qui furent quelque chose sans doute avant d'arriver ainsi à leur destruction. Quel parti prendrons-nous sur la question des antécédents de ces derniers ?
Une autre nébuleuse .^^ Nous sommes alors jetés dans un procès indéfini; et l'idée de la nébuleuse ne portant rien en soi qui donne à cet état de la matière un titre à passer, de préférence à quelque autre état, pour un état premier et pour un commencement des phénomènes, nous sommes jetés dans un cercle vicieux quand, pour admettre une nébuleuse à l'origine, nous voyons qu'il a été nécessaire qu'il y en eût une autre avant celle-là, et une autre origine pareille avant cette origine.
Voulons-nous accepter pour solution de la difficulté le procès indéfini lui-même .^^ C'est ce que faisaient ceux des philosophes de l'antiquité qui composaient la vie du
monde éternel d'une alternative sans fin de passages par l'unité et l'uniformité, et par la multiplicité et le développement d'une seule substance en laquelle toutes choses existent potentiellement et se produisent nécessairement aux temps voulus; et c'est ce que fait aujourd'hui H. Spencer en donnant de nouveaux noms à des idées anciennes. Ici l'hypothèse ne prend son ampleur et n'embrasse tout le problème qu'à la condition de remplacer un procès indéfini, qui ne repose sur rien, par Vinfini actuel^ qui seul répond à l'existence en soi du monde. Le monde serait ce qu'est et a toujours été cette substance, qui suit et a toujours suivi cette loi de développement. L'impossibilité logique, la contradiction du nombre actuellement infini des mondes phénoménaux qui se seraient accumulés dans le passé, en succession les uns des autres, est un motif absolu de rejeter cette hypothèse.
Encore une fois, admettons pour un ancien état de notre monde présent cet état nébuleux dans lequel certaines inductions de l'observation et des lois des corps célestes portent les astronomes à croire que ces grandes agglomérations de matière morte ont dû se trouver toutes, ensemble ou séparément, à une certaine époque; comme nous sommes arrêtés là, dans l'impuissance manifeste soit d'imaginer pourquoi cet état aurait été un état initial réel (pétition de principe), soit de le classer dans une série d'états semblables séparés par des périodes d'évolution (procès à l'infini), nous demeurons libres de le regarder comme un état initial relatif, et de demander à des motifs d'un autre genre, à des motifs moraux, la détermination idéale d'un état antécédent et réellement premier dont il aurait été la dissolution. A ce compte le changement à apporter aux hypothèses anciennes de combustion initiale et finale du monde serait l'hypothèse d'une combustion unique succédant au monde normal de la création et aux conditions réellement premières de la vie des créatures. Et le chan-
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gement introduit dans la doctrine mythique et traditionnelle du péché originel et de la corruption de la nature par le péché, serait la substitution de l'idée d'une nature pure et pacifique, entièrement bonne, à celle de la nature imparfaitement idéalisée, trop semblable encore à la nôtre, qui fut l'idéal naïf des auteurs de la légende du Paradis. La légende du déluge, en son concept moral, se confondrait avec l'hypothèse de cette révolution unique et totale que nous regarderions comme le point de départ du monde de notre expérience. Enfin l'hypothèse métaphysique de la division originelle de l'unité de la créature, en elle-même ou d'avec Dieu, sera remplacée de la manière qu'exigent la raison pratique et la méthode du criticisme, si nous concevons et le monde moral, antérieurement au péché, et le type de l'humanité, dans les premières créatures morales, sous une forme franche et naturelle, accessible aux notions présentes de notre conscience, éloignée de tout panthéisme, enfin compatible avec nos idées de l'expérience possible.
Essayons d'aborder avec quelque chose de plus que les idées toutes vagues ce plan d'une création à l'état pur et bon, d'une origine absolue, antérieure aux origines astronomiques, d'un monde initial entièrement harmonique, non pas immatériel, ce qui n'a guère de sens, mais fait d'une matière à propriétés modifiées, et dont notre monde matériel serait la subversion et la perversion. Demandons-nous d'abord pour cela quelles sont les conditions d'existence et de production de ce dernier, dans l'origine nébulaire qu'on lui attribue. La réponse est facile. Il faut nommer la pesanteur et la chaleur : la pesanteur cause de la concentration des masses, et des mouvements par lesquels elles se précipitent les unes sur les autres quand certains équilibres sont rompus ; la chaleur et ses effets de désagrégation provenant du passage des mouvements de transport des masses, qui se choquent et s arrêtent, à des mouvements moléculaires
internes dont la somme correspond sans altération à la même quantité conservée du produit défini en mécanique sous le nom de forces vives. Quelle que puisse être la suite des états par lesquels passe un monde formé de cette manière, à partir du moment de l'incandescence et de la nébulosité, ses habitants sont soumis, quand il devient habitable, à deux grandes causes de maux physiques inévitables. La gravitation des corps placés à sa surface, par rapport à sa masse disproportionnée, est à la fois une chaîne pour les mouvements de ceux d'entre eux qui sont mus par le désir et la volonté concuremment avec les lois physiques, et une cause d'accidents et de catastrophes qui, du petit au grand, expose constamment la vie à être écrasée par le poids ou le choc de la matière morte. Les variations de la chaleur tant interne qu'externe, et celles d'une force bien moins connue, qui est l'électricité, produisent les phénomènes de changements d'état physique des corps, et ceux de la composition et de la décomposition chimiques, dans la dépendance desquels sont la vie et la mort des individus et des espèces, selon l'intensité et le caractère de régularité ou de révolution des changements qui s'effectuent ou qui peuvent survenir.
Enfin ces deux grandes conditions, la pesanteur et la chaleur, supposent elles-mêmes une condition supérieure, à savoir l'existence de cette matière brute, ou morte, qui est essentiellement celle qui exerce et subit, sous l'empire des lois de V inertie et de V égalité de r action et de la réaction, ces actions absolues et fatales dans lesquelles il n'entre à aucun degré ni choix, ni arbitre, ni force, au sens intellectif et affectif de ce dernier mot, et dont le calcul enfin est rigoureusement mathématique. Qu'est-ce que cette matière .^^ Quelle est sa fonction utile, à côté de ses développements oppressifs et de ses dangers, dans un monde considéré au point de vue des vivants et des intelligents auxquels elle fournit des organes? En quoi consiste sa nécessité.^ Que
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peut-on imaginer qui ait rempli son rôle sans entraîner les maux dont elle est la source?
On doit distinguer profondément deux modes de la définir : le mode de son existence propre, c'est-à-dire des êtres qui composent cette matière et de leur existence pour soi, et celui de sa fonction instrumentale pour toutes les impressions et idées que les consciences reçoivent par voie de communication externe. Si l'on pouvait éviter le premier point de vue, arguant de ce que la réalité qu'on y envisage est chose de pure apparence et de croyance qui ne s'impose point, le second s'offrirait pour servir exclusivement à la définition de la vie et des relations des consciences dans l'état normal, ou avant la chute, de même qu'il a suffi au grand immatérialiste Berkeley, pour expliquer les sensations des Esprits, nos propres sensations, telles qu'elles sont dans le monde présent. On se représenterait les corps, en cet état normal, comme de simples systèmes de signes, soit qu'on imaginât, avec Berkeley, l'Esprit suprême comme l'auteur et communicateur à nos consciences des idées sensibles qui constituent ces signes, soit qu'on admît, avec Leibniz, que ces représentations se développent spontanément en chaque conscience ou monade, et se correspondent, en forme de causes et effets, par une loi préétablie de la création. Mais Leibniz reconnaissait la donnée des consciences de tous les degrés, l'existence des monades d'ordre inférieur, et, par conséquent, une réelle matière ; au lieu qu'il faudrait se borner ici à l'harmonie préétablie des déterminations des consciences, toutes de forme humaine, — les seules dont le péché et la chute soient intelligibles, — et que, de plus, il importerait de leur reconnaître un libre arbitre réel, au lieu du déterminisme absolu et de la nécessité morale de la doctrine leibnitienne.
Mais cette hypothèse de spiritualité pure ne satisfait pas aux exigences de la théodicée. En effet, ce système de signes, qui, avant la chute, devrait n'avoir consisté
jamais qu'en des représentations sans douleur, occasionnées en chaque conscience (pour ce que celle-ci éprouvait de passif) par les représentations des consciences ses semblables, ce système s'est étendu, depuis la chute, à tous les phénomènes de la subversion dans l'ordre de la nature; et à qui le rapporter maintenant? Des signes ne sauraient exister par eux-mêmes, et ceuxlà ne proviennent certainement pas des actes ou dies pensées des hommes. A qui attribuer la communication douloureuse qui nous en est faite, sans que leur auteur soit posé du même coup, comme l'auteur du mal, l'auteur direct? Berkeley n'a peut-être pas assez réfléchi à cette conséquence de sa doctrine : les volcans et les tremblements de terre, les déluges, et tant d'accidents malheureux et de catastrophes où l'homme n'est pour rien, tout cela réduit, pour son existence intrinsèque, à des idées dont nous sommes affectés par l'action de Dieu! On aurait beau nous faire observer que cette nature postérieure à la chute, se justifie comme punition divine, il répugne à une pensée noble de faire de Dieu le bourreau de ses créatures et le destructeur de son propre monde. Il convient, au contraire, à l'idée d'un ordre de liberté de regarder les créatures elles-mêmes comme les agents de la subversion de ce monde ; et il ne faut pas recourir à d'autres moyens que l'usage pervers qu'elles auraient fait de la puissance à elles confiée sur le milieu et les éléments normaux de leur vie, et que l'application régulière des lois fixes et universelles de la création à la production naturelle des conséquences de leurs actes.
Il faut donc, pour continuer dans la suite d'idées où l'imagination nous porte, admettre en ce monde primitif une matière réelle et des organismes capables de la mouvoir, aux ordres de la volonté, pour servir à l'institution des signes nécessaires aux communications et aux actions mutuelles des êtres conscients.
Gardons-nous de confondre la matière dont nous réclamons ici l'existence avec l'être en soi des doctrines
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matérialistes, qui suppose un espace-sujet, et des corps formés de parties infinies toutes actuellement données dans cet espace, et des mouvements réels de ces corps dans ce même milieu. Cette matière-là, selon nos principes, a une existence purement objective \ une réalité, mais à titre d'objet réellement et nécessairement représenté à tous les sujets conscients, pour leur être signe, en ses modifications diverses, de leurs affections, actions et relations de toutes sortes. La matière, en un sens idéaliste, que nous imaginons avoir pu et dû être donnée dans le monde primitif, est tout autre chose : l'ensemble des sujets-monades, — servons-nous de ce mot, tout en rejetant de sa signification les propriétés impliquant l'infinité actuelle et le déterminisme que Leibniz y joignait, — qui sont exclusivement le siège des phénomènes de l'ordre physico-chimique. Ces monades n'appartiennent par elles-mêmes, ou nécessairement, à aucune organisation; elles sont régies par des lois mécaniques ; une partie seulement d'entre elles est prise pour la composition élémentaire des corps organisés qui les entraînent dans leurs tourbillons et leurs évolutions; elles circulent des uns aux autres dans les milieux où se développent des êtres vivants, et se tiennent toujours, pour ainsi dire, à la disposition de ces derniers, qui toutefois ne les soustraient point, en les organisant, aux lois générales sous l'empire desquelles ils les trouvent, mais les soumettent aux enchaînements spéciaux de l'organisation, à des lois nouvelles par où les premières sont modifiées.
Le propre de ces lois, outre qu'elles réalisent un état statique particulier des molécules que composent les monades, — l'état cellulaire, — consiste dans l'évolution
1. Il m'a semblé utile d'employer ici les mots ohjet, sujet, et leurs dérivés, dans le sens ancien, auquel j'ai, il y a longtemps, proposé de revenir (Voir Essais de Critique générale, i^^ Essai, t. I, p. 11) et que je trouve toujours le meilleur, quoique j'aie dû souvent depuis lors me conformer au langage habituel et vicieux des philosophes, devenu malheureusement celui du public.
de la forme du vivant, depuis un certain germe insensible jusqu'à la fin donnée en puissance de ce germe, et jusqu'à la dissolution de l'être individuel dont les fonctions actuelles sont accomplies, — le tout, en supposant que les conditions extérieures, l'état du milieu restent constamment favorables et, par leurs changements, n'arrêtent pas le cours de l'évolution individuelle.
En l'état actuel des choses, ce que la fonction des molécules physico-chimiques a de plus remarquable, c'est qu'elle est double : engagées dans les corps organisés de toutes espèces, elles sont par eux quittées et reprises, assimilées à leurs formes diverses, selon qu'elles s'y rencontrent appropriables, ensuite abandonnées définitivement par chacun d'eux quand cette sorte de circulation n'est plus possible pour lui, et qu'il meurt ; elles composent ainsi élémentairement des organes et servent à la vie individuelle de ces corps; mais, d'un autre côté, formant dévastes agglomérations de parties variées qui restent libres de ces engagements, elles constituent par telles et telles parties différents milieux qui ne sont pas seulement à la disposition des vivants, comme on vient de le dire (alimentation, respiration, et tous les emplois que l'industrie de ceux-ci leur donne à raison de leurs aptitudes), mais encore qui servent à leurs communications mutuelles (transmission des mouvements par impulsions, pressions, vibrations, etc., transmission des sentiments et des idé^es par des signes que transportent les ondes sonores, les ondes lumineuses, etc.).
On peut se demander si ces deux sortes de fonctions sont nécessairement aussi séparées les unes des autres que nous les observons; si, en soi, ou pour un autre monde, on ne peut pas concevoir que les molécules soient toutes organisées, comme elles sont toutes organisables; que les organes des êtres vivants supérieurs pour lesquels un monde normal est fait soient prolongés en leur sphère d'action aussi loin que la matière s'étend^
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et que néanmoins la fonction des milieux de transmission et de communication s'accomplisse librement, ainsi qu'elle fait aujourd'hui dans une atmosphère ou dans un éther à peu près entièrement placés hors des atteintes de la vie?
Les molécules qui entrent dans la composition des organes sont soumises, directement ou indirectement, à l'influence des fonctions mentales de l'être vivant et conscient, imaginations, désirs, volitions : indirectement, plus ou moins, celles qui appartiennent à des organes susceptibles d'être actionnés par les émotions, les passions et tout ce qu'on appelle influence du moral sur le physique, encore bien que la vie proprement organique soit faite de mouvements involontaires; directement, celles qui dans les systèmes nerveux et musculaire s'ébranlent en conséquence immédiate de la volonté, ou de ce qu'un certain état mental est maintenu sans inhibition dans la conscience. Au contraire, dans les corps formés de molécules non assimilées à l'organisme, celles-ci ne sont atteintes, quand elles peuvent l'être, que par des intermédiaires ; à savoir, quand des mouvements sont transmis des parties mues d'un composé organique aux parties des autres composés, organiques ou non qu'ils soient eux-mêmes, qui sont étrangers au premier.
Ce qu'on demande donc, contrairement à l'ordre actuel, c'est la possibilité d'imaginer les individus de l'organisation la plus haute comme des membres d'un organisme unique, non point sans des organes distincts attribués à chacun, mais en ce sens que tous les corps du monde pussent être modifiés par les fonctions mentales de chacun : tantôt placés comme mobiles sous l'action des différentes volontés individuelles, et directement, en ce cas, comme les muscles de l'homme le sont à présent sous la volonté de l'homme ; tantôt subissant l'influence des autres fonctions de tous, de la manière dont le cœur ou d'autres organes à vie exclusi-
vement organique et à mouvements involontaires la subissent en conséquence des affections et des passions de l'homme individuel. Cet accord d'une haute solidarité avec l'existence des individualités parfaites s'exprime en termes de notre doctrine de la causation, comme il suit:
Une harmonie de causalité, établie jDar la création, non pas exclusivement entre les déterminations volontaires d'une conscience et les modifications des éléments du composé qui lui sert d'organe spécial; entre ces dernières, causées d'une autre part, et Içs modifications involontaires de cette même conscience; mais, universellement, entre chaque conscience d'ordre supérieur et le corps commun des corps des consciences semblables, par lequel s'effectuent leurs relations et leurs communications.
Il s'agit donc bien d'une sorte d'organisation intégrale des molécules physiques, sans résidu, sans parties mortes, puisque l'action des fonctions mentales s'étend partout ; et toutefois on imagine sans peine le fonctionnement, en qualité de milieu de production et de transmission des phénomènes physiques, de ces mêmes parties qui composent en un sens des organes pour un corps universel vivant. Il n'est pas impossible de se figurer que des atmosphères, tant du genre aérien, circulant autour de corps plus cohérents, que du genre éthérien, propre à les pénétrer tous, puissent avoir leurs particules en corrélation de modifications avec des consciences données, avec leurs modes actifs d'être et de vouloir, comme avec leurs modes d'être affectés passivement, et ne pas laisser de former des milieux mécaniques à mouvements mathématiquement déterminés. N'est-ce pas là ce qui se passe pour les phénomènes actuels de la pesanteur, régis par une loi mathématique rigoureuse, et cependant soumis à cette loi de telle manière que nous pouvons manier les corps qui la subissent, et faire servir leurs poids à nos fins, et jusqu'à vaincre la pesanteur elle-même où cela nous convient.^
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Les autres mouvements à lois déterminées dont nous parlons maintenant sont les vibrations qui correspondent aux sensations du son et de la lumière, à celles de la chaleur, à d'autres encore ; il faut les supposer dans une dépendance et de l'aperception et de la volonté des consciences, incomparablement plus claire, plus directe et plus étendue que celle que nous connaissons et qui se réduit à de très faibles interventions indirectes.
D'une manière générale, il importe de remarquer que tout ce que nous imaginons de l'extension des pouvoirs de l'individu pour le maniement des forces naturelles doit s'entendre sous la réserve des lois nécessaires, inviolables, que la création a instituées et qui sont la nature physique elle-même. On use de ces lois, on commande à leurs effets par certaines interventions; on ne les supprime pas. Une autre réserve, qui va de soi ici, est celle qui porte sur l'individu considéré au for inaccessible de la conscience. Quelque puissance qu'on lui attribue sur les choses, et par là sur les personnes, l'individu ne saurait atteindre, comme actif, ses semblables dont il modifie la vie, non plus qu'être atteint, comme passif, par eux dans cette conscience propre qui a pour fond le volonté et où réside l'individualité morale, la vraie individualité.
Dans l'hypothèse idéale où nous nous plaçons, les seuls agents pour lesquels le monde est institué sont ces consciences douées de réflexion et de liberté, qui sont des êtres déforme humaine, quelque différente que puisse être de la nôtre, si elle n'y est en rien semblable, V image sous laquelle ils sont représentés pour eux-mêmes comme apparences sensibles. Il n'y a place après eux, dans la nature livrée à leur puissance, à leur industrie, à tous les arts, que pour des êtres subordonnés, inofTensifs, soit de forme végétale, soit aussi de forme animale, mais alors exempts de tout instinct violent et destructif, ainsi que dépourvus de réflexion et soustraits à la douleur, dans l'ordre naturel des choses. Ces êtres d'orga-
nisations variées et de consciences inférieures, toutes déterminées et passives, dont l'organisme commun de l'humanité libre n'exclut pas l'existence, on ne peut bien les imaginer aujourd'hui sous leurs formes spécifiques, non plus d'ailleurs qu'on ne peut les hommes de la création première, puisqu'il ne convient de se représenter ni les uns ni les autres avec des organes plus ou moins appropriés, comme nous les voyons maintenant, à la vie prédatrice. Il n'en est pas moins nécessaire de concevoir que les essentiels habitants et les maîtres de ce monde parfait, et les espèces vivantes admises avec eux dans le plan de cette création, ont dû tous être en relation entre eux au moyen de perceptions sensibles de leurs existences particulières, en d'autres termes par des corps et par des images. C'est la seule manière que nous ayons de les envisager capables de faire des sujets externes leurs objets, d'agir sur eux, de produire des mouvements, de créer des signes, etc.
Revenons à l'idée de l'organisme universel. On se la rendra plus accessible, au moins dans ses traits généraux, si on réfléchit à certaines indications qui peuvent se tirer de la nature actuelle. Ce sont :
1° La puissance d'assimilation de la matière par les formes, dont nous avons plus haut remarqué l'immense étendue \ cette puissance capable d'envelopper progressivement des quantités indéfinies de molécules, indifférentes au point de vue organique et vital, dans l'évolution d'un germe microscopique, — au fond, de moins que cela encore, — qui couvrirait de ses descendants vivants des continents entiers en peu de temps, si rien n'arrêtait sa fécondité spécifique : il est clair qu'en faisant abstraction et de la concurrence vitale des autres espèces, et de l'existence de celles des parties du milieu physique qui sont impropres à l'assimilation spécifique requise par l'espèce unique qu'on supposerait, on ne