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HYPOTHÈSE d'un ORGANISME INITIAL UNIVERSEL 321

voit plus de bornes à la possibilité de cette absorption de la matière en un seul organisme; or la double abstraction est précisément voulue par l'hypothèse d'une création où toutes choses seraient conçues et dirigées harmoniquement en vue d'un organisme dominateur et de quelques autres subordonnés;

2° L'existence de ces formations de terrains immenses qui ne sont composés que de* détritus d'animalcules en nombres incalculables, et dont les pareils se forment encore sous nos yeux dans certaines régions. Des naturalistes ont pu penser, sans manquer à de trop fortes vraisemblances, que toutes les roches, là même où il ne subsiste plus trace des formes que l'organisation a pu donner autrefois à la matière, ont eu peut-être une origine du même genre et sont aussi des résidus d'êtres anciennement vivants. Défendable ou non qu'elle soit, nous n'avons pas besoin de cette supposition. Nous remontons beaucoup plus haut, et à des êtres d'une espèce incomparable, avant tous les terrains, avant la nébuleuse! A la place du milieu simplement physicochimique, donné indépendamment des organes où ses parties peuvent s'engager, mais dont il est besoin pour fournir à la circulation des molécules, et aux phénomènes de composition et de décomposition, d'assimilation et de désassimilation, inséparables de la vie, on/ peut imaginer pour l'organisme du monde idéal des relations plus étroites et un emploi constant de tous les matériaux à la fois suffisants et nécessaires. Ce pourrait être quelque chose comme la corrélation remarquable et l'espèce d'équilibre par compensation qu'on a signalé entre les fonctions respiratoires de la vie animale et celles de la vie végétale, mais alors avec une généralité et une précision tout ensemble des correspondances, avec une circulation périodique, telles que nul dégagement de parties ne se produisît sans que leur emploi se trouvât préparé simultanément en d'autres êtres vivants, et leur remplacement assuré à l'endroit qu'elles quittent. Et ce

pourrait être aussi une stabilité plus stricte, une absence totale de circulation et d'échange d'éléments, dont l'idée nous éloigne davantage des lois et des fonctions de la vie selon notre expérience. A l'un de ces points de vue comme à l'autre, on peut comprendre l'existence permanente (incorruptibilité, immortalité) de l'individu, mais le premier paraît le mieux adapté à un état de choses dont nous ne devons pas • écarter peut-être une loi d'échanges, qui en est une de communauté, mais seulement les phénomènes de la génération et de la destruction. Ces derniers phénomènes ne sont pas ceux de Y individu stable, mais de V évolution individuelle ; ils représentent la loi de la vie et de la mort; mais c'est de la loi de la vie seule que nous essayons de formuler des conditions de possibilité.

En ce qui touche les actions exercées sur le monde externe, c'est-à-dire, au fond, sur les monades composantes des corps et sur leurs fonctions de milieu, sur les mouvements, par l'effet des déterminations d'une conscience, il faut rappeler ici que le fait de la causalité efficace, entendu rationnellement, se réduit à un fait d'harmonie préétablie entre les phénomènes qui ont rang de causes et ceux qui ont rang d'efiTets; non que toute la série des modifications de chaque monade soit prédéterminée en coordination avec celles d'un autre monade quelconque, ainsi que Leibniz comprenait cette harmonie, mais bien en ce sens que ces modifications se produisent en fonction les unes des autres (dans l'acception mathématique du mot), ce qui permet de poser des variables indépendantes dont les déterminations libres impliquent ipso facto, en vertu des lois, des suites de déterminations nécessaires des autres variables qui lui sont liées. Nulle autre théorie de la causalité n'est réellement intelligible que celle qui, écartant ainsi la transitivité des causes, — simple mode d'imagination, expression symbolique des communications et des dépendances, — fait disparaître en Je généralisant, en l'absorbant

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dans le fait universel et premier de l'existence des relations d'action et de passion des êtres, le mystère qu'on trouve à ceux des genres de modifications corrélatives que l'habitude n'a pas rendu à nos yeux plus naturels ou moins inexplicables que d'autres.

Mais il n'est en rien plus facile d'expliquer comment tel état de la conscience, s'il ne survient nul acte d'inhibition mentale, est immédiatement suivi d'une décharge nerveuse et d'une contraction musculaire, — phénomène habituel, — qu'il le serait de rendre compte d'une relation semblable, — qui ne s'observe jamais, — si elle s'observait, entre un état de conscience du même genre et un mouvement directement imprimé à quelque corps éloigné, sans l'intermédiaire de nos organes. Je dis : qui ne s'observe jamais, et pourtant la croyance à la réalité actuelle des transmissions de volonté sans cet intermédiaire séduit assez souvent des personnes dont l'attachement aux méthodes de constatation correcte des faits n'est sans doute pas la qualité dominante, mais; enfin qu'on ne taxe pas de folie. Le penchant de ce& sortes d'esprits est un témoignage de possibilité idéale.

Eclaircissons encore un point dans une hypothèse qui fait ainsi violence aux notions accoutumées que noua tirons de l'expérience . La lumière et le son sont des; sensations que toutes sortes de raisons esthétiques et physiques nous commandent de conserver dans notre plan du monde idéal, outre qu'on est impuissant à se figurer des systèmes de signes capables de tenir lieu de ceux dont elles sont les moyens. Mais, s'il est aisé, raisonnant d'après les phénomènes actuellement en notre pouvoir, de comprendre une production des sons directe et suffisante pour tous besoins, dans le milieu physique tel qu'il faut se le représenter pour notre hypothèse, il n'en est pas tout à fait de même en ce qui concerne la lumière, puisque, si l'on a bien compris ce qui précède, on doit voir qu'il n'y a place pour aucun de ces amas immenses de matière, sièges de phénomènes éminemment

subversifs, tels que le soleil et les étoiles, corps effroyables qu'on n'a si longtemps adorés et poétisés que faute de savoir ce qu'ils sont et ce qui s'y passe. Mais alors où chercher la source principale de lumière ? La réponse est dans le rapprochement que la physique autorise, entre la lumière et le son, l'air et l'éther. Il n'est pas plus besoin en soi de source principale, donnée dans la nature, pour l'un de ces genres de phénomènes que pour l'autre, et il suffit d'imaginer, comme on Fa indiqué plus haut, la puissance de l'homme sur les vibrations de l'éther aussi simple et directe qu'elle l'est sur les vibrations de l'air et des autres corps, pour que la production de lumière artificielle, aujourd'hui si inférieure au regard de la lumière naturelle, puisse ne le céder esthétiquement en rien à cette dernière, et présente en outre les avantages des causes et effets volontaires et réglés par la raison sur ceux qui ressortissent à des forces aveugles.

Si nous avons réussi à nous rendre jusqu'à un certain point compréhensible l'hypothèse d'un monde primitif parfait, d'un organisme commun enveloppant des individus libres, d'une vie immortelle des êtres sans aucune évolution individuelle ni générale, d'une harmonie constante des phénomènes universellement corrélatifs, au lendemain de leur création simultanée, avec l'établissement de leurs lois, nous n'avons rien à ajouter pour faire entendre que la société des vivants de forme psychique humaine, sensibles, intelligents, doués de passion, de raison et de volonté, a dû être originairement parfaite comme l'étaient les conditions externes de son institution et l'ordre tout entier de la vie. 11 ne nous reste plus qu'à nous faire une idée de la déchéance.

Autant il était difficile, partant du monde de la nature et du monde humain qui nous sont connus, de s'élever à la conception d'un ordre universel primitif, fait pour l'homme idéal et la société idéale, autant il est aisé, fort

de la même expérience, de s'expliquer comment un tel ordre a dû être détruit. La puissance de l'homme sur les forces naturelles, au degré où nous l'avons supposée, sa puissance sur ses semblables, extérieure, indirecte, mais très grande, exercée par l'intermédiaire des actions sur le milieu commun de la vie, rendaient indispensables au bien de tous la justice de chacun, son obéissance à la raison, ses sentiments de bienveillance pour tous les êtres, son respect pour la liberté de ceux qui étaient libres comme lui. La perturbation se comprend donc mieux que la conservation, à notre point de vue actuel de la nature humaine, ou, pour mieux dire, c'est la conservation qui aujourd'hui nous paraîtrait improbable, invraisemblable au plus haut degré, une part plus ou moins grande de contrainte étant requise pour la garantie de bonne conduite même des meilleurs. Les agents libres du monde primitif, quelle qu'ait été la perfection de l'état premier de la moralité avant lépreave, tel que le réclame la justice divine dans l'hypothèse de la création, ont dû, suivant une hypothèse de la chute qui prend le péché là où nous le concevons et le connaissons, usurper sur leurs droits mutuels, s'attribuer, sur le domaine commun des puissances et des jouissances, des parts excédant leurs parts naturelles et légitimes, et commettre, en vue de se grandir, des actes contraires au bien d'autrui, nuisibles à la communauté entière. Les passions, tant bonnes que mauvaises, provoquées en réaction contre les premières injustices, la nécessité de la défense et celle de la répression, ont dû motiver des institations de guerre pour la conservation d'une paix dès lors imparfaite et précaire*. Mais l'empire de la raison perdu ne pouvait faire place, comme il arrive dans nos sociétés, à un ordre de contrainte à peu près suffisant pour les maintenir comme elles sont. La puissance des individus sur la nature, et de là pour se

1, Voir ma Science de la morale, Liv. III, l^e section.

nuire les uns les autres et à eux-mêmes, était pour cela trop grande. Comparons ce que les facultés actuelles de l'homme comportent d'excès et d'abus pour se faire du mal et corrompre ou détruire le bien commun et la vie sociale, avec ce que permettait, toujours selon notre hypothèse, une domination beaucoup plus étendue sur les forces naturelles ; pensons aux conséquences du libre emploi de ces forces, comme instruments pour altérer l'équilibre des justes pouvoirs des consciences sur l'organisme universel, et cet organisme lui-même, ou son fonctionnement, tel qu'il était prévu pour l'avantage de tous. L'introduction de la douleur et de la mort dans le monde s'explique par la simple application d'une loi générale qui fait de la douleur et de la mort des fins inévitables pour tout organisme employé contre sa nature et contre son but normal.

Une telle loi est parfaitement intelligible dans l'ordre de la création; on peut même dire qu'elle est la contrepartie nécessaire de la liberté. La liberté appliquée à la production du mal doit aboutir à la destruction de l'agent. Le concept de punition, que la conscience est portée à invoquer ici, est primé par un autre encore plus fondamental dans le plan du monde. La barrière au mal ne peut se poser en principe que dans l'anéantissement fatal de son auteur libre et persévérant, ou bien il faudrait que ce plan, admît la possibilité du triomphe et de l'établissement définitif du mal par l'elFet de la perversion totale des agents libres, ce qui est contraire à l'idée de la création comme bonne.

Il serait facile de rappeler ici les mythes anciens de la révolte des anges et de la guerre des Titans, et de considérer la corruption du monde primitif au point de vue de la violation de la loi divine, soit prise au sens de commandement divin, soit comme prescription de la raison, interne à la conscience; mais il est plus utile, pour l'exégèse philosophique de la question de la chute, d'insister sur une partie plus neuve, sur la matière de la

catastrophe, sur la guerre sociale des égaux, et sur le bouleversement du monde. On peut ici, sans entrer en des détails que l'imagination ne fournirait qu'au détriment de la généralité des vues, se contenter de faire allusion au Paradis perdu de Milton et à la manière dont ce grand homme a traité poétiquement le drame du ciel, la lutte des démons et des anges, tous êtres de même origine et de même nature créée. Il faut seulement remplacer les moyens et les engins, relativement infirmes et mal adaptés au théâtre céleste ou atmosphérique de la guerre, par des inventions destructives d'une autre envergure, que la physique et la chimie ne mettaient pas alors au service de l'inspiration poétique, mais dont aujourd'hui les machines à feu, les courants électriques et les explosifs nous donnent la connaissance et l'usage, et nous conduisent à rêver des effets plus terribles et plus vastes encore, pour ainsi dire sans mesure. Quelqu'un a imaginé, de notre temps, que la science des forces naturelles, aristocratique de sa nature, ainsi qu'il se la figurait, pourrait être un jour monopolisée par les chefs des classes dirigeantes de la société, servir à la conservation de l'ordre social par la terreur, et mettre le peuple à l'entière discrétion de gens capables de réduire en poudre le globe et ses habitants. On n'a qu'à supposer ces mêmes moyens, et d'autres d'un genre analogue, avec une puissance incomparable pour les mettre en œuvre, telle que notre hypothèse la réclame pour les créatures premières, et l'on s'approchera de l'idée à se faire de l'étendue de la révolution des éléments, et des forces dont la volonté pervertie de ces créatures a pu être la cause.

Cette révolution totale, pour la résumer en un mot, ne peut être autre chose que la perte de la puissance même qui a servi au mal, et, que la libération des éléments, affranchis de l'organisme où ils étaient enchaînés. Indépendants désormais des consciences qui réglaient leur distribution et leur emploi, ceux-ci deviennent les sujets

exclusifs des lois de leur nature propre. Pour ces consciences qui violent la loi morale en voulant se réduire les unes les autres à la condition de simples instruments de leurs fins particulières, et qui emploient les forces naturelles pour leur mutuel dommage, et puis même, conséquence logique, pour se dépouiller les uns les autres du pouvoir de commander à ces forces, la conséquence est la dissolution de leurs organismes, puisque leurs organismes ne sont précisément que ce qu'ils possèdent de moyens pour exercer cet empire ; c'est donc la mortalité, c'est la mort progressivement établie et régnante, à mesure que se propagent dans l'univers les elTets de la guerre; c'est finalement l'anéantissement des êtres conscients, quant à leurs natures physiques, à cause de leur solidarité matérielle, et parce que le milieu, tel qu'ils arrivent à le modifier, devient impropre à l'existence. Essayons de nous faire une idée du changement de ce milieu devenu enfin inorganique par l'affranchissement de la matière des formes de la vie.

Notre hypothèse doit paraître étrange, car il n'y a guère que les cosmogonies matérialistes qui aient eu jusqu'ici le don de familiariser les philosophes avec des idées au fond plus inconcevables, par exemple avec l'idée de la sortie spontanément évolutive de l'ordre, au sein du chaos des éléments d'une matière éternelle. Il faut donc que nous appelions l'attention du lecteur sur une vue, à dégager pour nous de ce qui précède. Non seulement nous étendons la conception de Y homme de la création primitive fort au delà du premier couple dont la forme mythique des récits traditionnels a fait pour notre esprit un mode habituel de représentation, et jusqu'à une société entière de ces êtres créés dans la puissance et la connaissance, dans la liberté et le bonheur, mais, si l'on songe à ce que nous avons exposé sur l'état initial de la matière et l'organisme universel, on comprendra que nous devons nécessairement porter cette société même jusqu'aux extrêmes

limites de ce monde matériel, quelles qu'elles puissent être, et, par conséquent, la quantité des vivants ses membres, compris dans cet univers, jusqu'à des nombres qui dépassent de beaucoup toute imagination ^ . Cette remarque était nécessaire pour que, concevant l'organisme universel étendu aussi loin que nous représentons le plus vaste univers de nos conjectures, — celui dans lequel la voie lactée tout entière, dont nous sommes une partie si étonnamment petite, ne serait elle-même que semblable à l'une de ces nébuleuses que nous apercevons à peine dans des régions du ciel plus éloignées, — pour que, pensant à cela, dis-je, nous saisissions du même coup la possibilité de nous rencontrer, en notre hypothèse de la dissolution de cet organisme, avec l'hypothèse contraire, suivant laquelle la matière inorganique à l'état libre de nébuleuse, est le point de départ, et, finalement, par ses propriétés, la cause de tous les organismes possibles. C'est un point commun de deux directions, inverses l'une de l'autre, de l'esprit appliqué à l'idée de l'évolution : — évolution ou révolution selon le point de vue, — d'où le monde actuel a dû procéder.

S'il s'agit d'évolution, c'est-à-dire avec la pure matière pour point de départ, on prétend comprendre qu'un amas de nébulosités, partout homogène, dont les éléments de composition sont définis par deux forces antagonistes, attraction et répulsion, se concentrent, s'intègrent, s'hétérogénisent, perdent de la chaleur, acquièrent du mouvement, en suite de quoi le protéé- Force et Matière produit en se différenciant tous les phénomènes de la nature physique et de la vie, à laquelle va, pari passu, s'adaptant la pensée, qui est une forme de la Force aussi, jusqu'à ce que ce mouvement universel rythmique change de sens et ramène finale-

1. Voir ce qui est dit plus haut des grands nombres et de lavanlage réel qu'ils ont sur l'idée banale de l'infini pour grandir l'imagination et lui peindre la réelle immensité (p. 52-54).

ment le tout à l'état de nébuleuse*. S'il s'agit de révolution, la matière en quelque sorte déchaînée, échappant aux lois de l'organisation première qui l'enveloppait, se présente à notre hypothèse également avec ses propriétés nues, on peut même dire abstraites : attraction et répulsion, cohésion et élasticité, pesanteur et vibrations lumineuses, calorifiques, etc. De quelque manière qu'on entende que le jeu de ces propriétés ait pu amener la formation des grands corps de l'espace, la réunion et la séparation des masses, les mouvements réglés, les incandescences, les refroidissements, et enfin les conditions de la vie, notre hypothèse ne nous fait une situation ni meilleure ni pire : nous nous en remettons à la mécanique et à l'astronomie, autant que ces sciences peuvent nous informer de l'histoire, sinon de la cause de l'état pliysique initial et des premières productions du monde chaotique; mais nous avons cet avantage que, cet état nous apparaissant comme l'effet d'une révolution, et cette révolution comme précédée par un ordre de choses où l'esprit était institué par création maître de la matière, nous sommes exempts, d'une manière générale au moins, de deux difficultés pour lesquelles les partisans de l'origine matérielle absolue n'ont aucune ressource. Il s'agit de ces deux questions, autrement insolubles : i° Comment la vie et les évolutions de finalité qui en constituent toutes les formes diverses ontelles pu procéder des propriétés physiques sous l'aspect desquelles on envisage exclusivement la matière première.^ 2" Et cet esprit de l'homme, qui embrasse l'univers matériel, et qui a le pouvoir d'en mettre l'existence en doute, se l'attribuant toute à lui-même, en la représentation qu'il en a, comment peut-il y avoir été contenu, alors qu'il en est exclu par définition, et comment peut-il en être sorti s'il n'y a pas été contenu.^ Dans notre hypothèse, on comprend que le créateur

1. Herbert Spencer, Les premiers principes. — Voir ci-dessus, § VIII, note C.

du monde des êtres libres a dû, en prévision de la destruction possible de l'organisme qui les enveloppait, mais dont ils étaient les maîtres, pourvoir de quelque manière à la conservation des semences de ces êtres, tant individus qu'espèces, à l'état latent, et préordonner leurs puissances de reproduction sous de nouvelles conditions d'existence.

Le changement des conditions est radical ; un mot le résume : les milieux, les propriétés des éléments étaient soumis aux personnes ; les personnes sont maintenant soumises à ces milieux et à ces propriétés. La première des propriétés est la pesanteur. La pesanteur est la limite extrême des inductions scientifiques pour nous représenter le passage de la matière disséminée du chaos à sa concentration vers un ou plusieurs centres. Le fondement de l'induction est ici l'observation astronomique des états plus ou moins avancés, croit-on, des nébuleuses en voie de devenir des astres. La loi de la gravitation universelle, — autre induction, quand on l'étend ainsi à toutes les régions de l'univers, — et le système des tourbillons, qu'on voudrait cependant voir plus complètement élaboré, expliquent les agglomérations d'où naissent les sphères célestes emportées dans leurs doubles mouvements de rotation et de transport dans l'espace. Enfin, la théorie mécanique de la chaleur, grande découverte de notre siècle, la plus importante des temps modernes après celle de la loi de la gravitation, nous rend compte des développements de chaleur qui accompagnent les concentrations de matière, et de l'incandescence des masses formées par des arrêts de mouvement de translation, quand de tels phénomènes ont lieu sur de vastes proportions. La chaleur en ses plus terribles effets s'ajoute ainsi à la pesanteur pour constituer les phénomènes les plus généraux de la révolution universelle, et créer des propriétés en un sens nouvelles de la matière, parce que l'intensité des efïets obtenus sur des corps passés à l'état brut ou minéral, et disposés

par masses à distance les uns des autres, change pour ainsi dire la nature de ces propriétés.

La pesanteur, dans le milieu que suppose notre hypothèse de la création, ne pouvait s'exercer que suivant la loi qui la régit à V intérieur d'un système, c'est-à-dire en raison directe des distances au centre; ce qui, joint à la faible densité qu'il convient d'attribuer aux corps répartis également dans la totalité de l'espace occupé*, établissait un lien sans être une chaîne pour les êtres corporels. On peut d'ailleurs supposer que les densités de tous ces corps décroissent en même raison que croissent leurs distances au centre du système du monde, ce qui achève d'assurer une juste distribution des forces attractives dans toute l'étendue de ce système. Mais après la formation des grandes masses agglomérées exerçant sur les corps extérieurs ou situés à leur surface, eux-mêmes très massifs, des attractions qui croissent en jmson inverse des carrés de leurs distances aux centres de ces masses, la loi de la pesanteur est devenue dans beaucoup de cas oppressive, et cause d'effets destructifs dans les ruptures d'équilibre. C'est ainsi qu'on peut dire en langage poétique, non astreint à la précision scientifique, que la pesanteur est une forme de la déchéance, quoiqu'elle soit au fond une propriété essentielle de la matière, et la matière une condition de tout organisme, l'organisme, le mode général des relations des consciences, l'instrument de la sensibilité. Une semblable remarque excusera le poète qui dit : (( Le mal c'est la matière », ne sachant pas distinguer entre les (( âmes )) dont les « globes se formèrent » et les éléments de la

1. On a calculé que la quantité de matière donnée dans le système solaire, si elle était également répartie dans une sphère de rayons dix fois aussi grand que la distance du soleil à la planète connue la plus éloignée (Neptune), ne formerait qu'une nébulosité très faible, de densité bien moindre que la densité de l'air resté dans le vide d'une bonne machine pneumatique (savoir, pour préciser, égale à un 250 000 000™e de cette dernière).

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