RÉVOLUTION DANS LES EFFETS DES LOIS DE LA MATIERE
vie que lui-même n'évite pas de se peindre en termes de matière :
L'être créé, paré du rayon baptismal,
En des temps dont nous seuls conservons la mémoire,
Planait dans la splendeur sur des ailes de gloire ;
Tout était chant, encens, flamme, éblouissement;
L'être errait, aile d'or, dans un rayon charmant,
Et de tous les parfums tour à tour était l'hôte,
Tout nageait, tout volait.
Or, la première faute Fut le premier poids.
Dieu sentit une douleur.
Le poids prit une forme, et, comme l'oiseleur Fuit emportant l'oiseau qui frissonne et qui lutte. Il tomba traînant l'ange éperdu dans sa chute. Le mal était fait. Puis tout alla s' aggravant'., Et l'éther devint l'air, et l'air devint le vent ; L'ange devint l'esprit et l'esprit devint l'homme. L'âme tomba, des maux multipliant la somme. Dans la brute, dans l'arbre, et même, au-dessous d'eux, Dans le caillou pensif, cet aveugle hideux, Etres vils qu'à regret les anges énumèrenl I Et de tous ces amas des globes se formèrent. Et derrière ces blocs naquit la sombre nuit. Le mal, c'est la matière. Arbre noir, fatal fruité
C'est ainsi que la poésie traduit en images familières de personnifications et de métamorphoses les mêmes sentiments dont la raison cherche un accord possible avec les lois réelles de la nature. Nous venons de voir comment la pesanteur peut, en un sens, nous être représentée comme un effet de la chute, sans laisser d'être une loi première du monde créé. La lumière et la chaleur sont dans le même cas, quoique le jugement des hommes ait pris le change à leur sujet, et que des lois d'une application en réalité bouleversée aient paru, sur ce qu'on en voyait, les plus irréprochables merveilles d'une création bienfaisante. Il devait arriver, en effet, considérant la facilité des poissons et des oiseaux à se mouvoir dans leurs milieux naturels, et la pénible* condition comparative de l'homme pressé contre le sol