‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 17 sur 194 · XXVI INTRODUCTIO · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTIO

qu'elle embrasse l'illusion de sa propre négation pratique dans toutes les consciences, et théorique dans plusieurs.

Toutefois, on ne démontre pas logiquement la liberté par cela seul qu'on fait voir que la nécessité, si elle était une loi universelle, envelopperait et, par conséquent, vérifierait et justifierait le faux comme le vrai, le mal comme le bien, ou ce que nous appelons ainsi. Car ceci n'est pas contradictoire en soi.

On ne la démontre pas non plus en faisant appel au témoignage de la conscience, car c'est la valeur de ce témoignage qui est en question. S'il traverse la réflexion, il est variable ; s'il est pris comme une donnée empirique il est constant, mais ne pose rien au delà de sa propre existence et n'a pas de garants de son infaillibilité.

Les théories antagonistes dites l'une du déterminisme et l'autre de la liberté d'indijjérence sont toutes deux fausses et. fondées sur une erreur commune.

La liberté d'indifférence établit une scission entre le jugement et la volonté. Le premier est censé nécessaire quel qu'il soit et dans tous les cas ; la seconde est tenue pour indifterente, et c'est elle qui aie pouvoir de ratifier ou non l'autre en déterminant l'acte. C'est donc le hasard brochant sur le nécessaire. On ne sait où trouver là le fondement des idées morales.

Le déterminisme suppose la même scission, et fait la volonté non moins indifférente, mais passive. Il cherche à prouver par l'analyse que les jugements sont semblables à des poids qui sollicitent les plateaux de la volonté, semblable à une balance.

Ces théories tombent quand on renonce à toutes ces images de facultés humaines, séparées d'abord, puis réunies par une incompréhensible intervention mutuelle. Une meilleure analyse fait reconnaître - que jamais la

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