AATURE ET DEFINITION DES GERMES ULTIMES
des êtres infîmes, les seuls sur lesquels se puisse instituer l'expérience comparative, et qui seraient destructibles, à celui des êtres supérieurs, qui, dans l'hypothèse de la création, auraient été constitués avec des propriétés de survie sous forme latente, en quelques circonstances que ce fût, et de reproduction en des organismes visibles, pour des conditions prévues. C'est l'idée de paissance, et non celle d'une forme donnée physiquement et qu'il nous soit possible de définir, c'est la virtualité de l'organisation prédéterminée, antérieurement aux organismes proprement dits, qui est le fond de ce qu'on entend ici par un germe; et l'origine de la vie sur le globe terrestre, incandescent à ses commencements, est assez mystérieuse en toute hypothèse, pour qu'il ne soit pas plus difficile de concevoir que la puissance de l'apparition de l'homme sur la terre ait été conservée sous une forme naturelle à nous inconnue, dans un germe physique latent, qu'il ne l'est d'en admettre une génération spontanée, en des circonstances également inconnues, avec ou sans intervention divine pour la susciter. Mais, dira-t-on, ce n'est pas à l'hypothèse dune génération spontanée, sans antécédents, que vous avez à comparer celle de la conservation mystérieuse des germes humains, à travers tous les accidents de votre immense révolution cosmique dont l'incandescence de la planète n'est elle-même qu'une faible suite : le point de vue naturaliste de la science actuelle n'est plus ce qu'il a été autrefois, celui d'une sorte d'enfantement de l'homme, ou de tous autres animaux, par la terre (( encore jeune et féconde », dans un milieu physique convenable, entièrement changé maintenant, (( et que nous ne saurions définir » ; non, mais il s'agit de la descendance animale de l'espèce humaine, et d'une généalogie universelle où l'homme arrive à sa place et à son moment dans l'évolution continue des formes de la vie. Je réponds à cette objection qu'il n'est pas plus facile, dans le système de l'évolution, d'expliquer
l'origine de la vie, en ses formes inférieures, sur un globe qui a commencé par l'état incandescent — pour ne rien dire ici de l'étonnante loi qui a présidé au constant progrès de ces formes — qu'il ne le serait, en. ce même système, de rendre compte de la production immédiate de l'homme, si la question se présentait de cette manière, au lieu de porter sur la vie en général et sur l'animalité tout entière. Le problème est le même et la difficulté la même, plus grande que celle de concevoir l'existence de germes latents provenant d'un état antérieur de la nature et conservés après la destruction de cette nature primitive.
La réponse est pertinente, il faut qu'on en convienne en ce qui touche le fait même de l'origine, mais il est vrai qu'elle ne s'étend pas à la question du comment de l'apparition, quand il s'agit de l'homme, ou de tout animal d'ordre supérieur qui visiblement n'a pu être issu que de parents, ni être élevé que par des parents. C'est là qu'est aux yeux de tout philosophe décidé à exclure de l'histoire naturelle et de l'histoire de l'homme les explications par le miracle (ou action directe de Dieu pour la production d'événements particuliers), c'est là qu'est la force de l'hypothèse de la conception du premier ou des premiers hommes dans des matrices animales. On arrive aujourd'hui à se familiariser peu à peu avec une manière de voir, à ce sujet, qui a longtemps paru révoltante, et qui est pourtant bien la plus vraisemblable de toutes. Je n'ai pour ma part aucune répugnance à l'admettre, parce que je la sépare de la doctrine de l'évolution universelle et continue. L'hypothèse, qu'il est difficile de préciser, mais qui est bien intelligible en sa pleine généralité, suivant laquelle des moyens de reviviscence des êtres primitifs désorganisés par les conséquences de la chute, auraient été prédisposés pour de futures générations, cette hypothèse est satisfaite par une loi reliant les uns aux autres les germes de différentes espèces, préordonnant en certains cas la produc-