RAPPORT DU MONDE ACTUEL AU MONDE PRIMITIF
tion successive de ces dernières, et établissant pour cela des variations à survenir, à des moments fixés, dans les puissances de développement des germes transmis d'individu à individu pendant des périodes plus ou moins longues. De même que nous voyons l'homme organique individuel passer après sa naissance par des phases telles que l'allaitement, la dentition, la puberté, le plein fonctionnement du cerveau, qui sont toutes des prédispositions données dans le fœtus et avant le fœtus, de même on peut comprendre que le plan d'organisation de certains germes impliqués et transmissibles dans la filière d'une espèce longtemps invariable, ce plan, étendu au delà de cette espèce elle-même, renferme, à de certains endroits de leur succession, une puissance déterminée de variation spécifique. Il se produirait, en ce cas, des sortes de révolutions dans l'hérédité, qui donneraient aux parents des générations différentes d'eux-mêmes, au lieu de ce développement unique, continu, réclamé par les transformistes, en vue de composer des changements d'espèce avec les changements infinitésimaux d'une espèce donnée. Ces philosophes confondent sous une notion commune des propriétés irréductibles les unes aux autres, ramènent tous les êtres à l'unité, leur succession à un déterminisme sans raison ordonnatrice et providentielle. La thèse toute simple n'exige rien de pareil et peut se concilier avec celle de l'existence réelle des espèces, dont il suffit alors de concevoir les générations préparées au sein de la nature actuelle, conformément aux conditions de cette nature, en un certain mode de corrélation avec les espèces détruites et finalement réintégrables du monde parfait de la création divine.
Essayons de comprendre la loi du monde actuel, en tant que comparée à celle du monde primitif. Le premier point à observer consiste en ce que les êtres actuels, dans notre hypothèse, ne sont nullement les descendants
des êtres primitifs. Il importe de ne pas s'y tromper. Ceux-ci, en effet, ne formaient pas des familles, mais bien un organisme unique et parfait, qui ne comportait pas plus la naissance que la mort, la génération que la destruction; car en toute autre hypothèse il n'aurait pas eu sa plénitude d'existence. Quand on regarde la nature, ainsi que cela se fait d'ordinaire en la doctrine du péché originel, comme ayant procédé directement, par voie de corruption, du monde créé, on ne peut éviter de voir dans les hommes d'à-préseçt les véritables fils d'Adam. Mais ici nous supposons que le monde créé a été précipité par la chute dans l'état physique de la (( nébuleuse », — destruction totale de l'organisme universel et de ses composants les organismes individuels. — Nous ne pourrions donc plus parler avec clarté d'une descendance de ces êtres détruits qui n'étaient point destinés à en engendrer une. Nous pouvons penser seulement que le Créateur a déposé dans les corps vivants, en prévision de leur dissolution possible (et ne condamnant point pour ce cas les êtres à l'anéantissement) des germes indestructibles qui conservassent la propriété de les régénérer sous telles ou telles formes, selon l'état où la chute originelle les aurait mis. et selon les conditions que réaliserait le développement spontané de la nature physique (non plus organique), au cours des périodes qui devaient suivre la décomposition de l'Univers organisé. Nous avons parlé de ces germes ; nous ignorons comment ou suivant quelles lois ils se sont développés en des êtres tels que ceux du monde présent, mais nous pouvons comparer l'ordre actuel des existences avec celui qui convenait au monde primitif. C'est le second point sur lequel il faut appeler ici l'attention.
Un certain ordre de succession prend la place d'un ordre simultané qui occupait l'espace. La loi de famille et d'hérédité en est la loi fondamentale. Elle est employée à la liaison des hommes dans le temps, —