‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 179 sur 194 · LE TRANSFORMISME · texte numérisé non relu

LE TRANSFORMISME

raorphique, soit vaguement qualitative, du sujet des métamorphoses. Le sujet pur des qualités d'étendue, de figure et de mouvement a d'ailleurs ce mérite, qui manque au précédent, de se rapporter à un point de vue nécessaire de notre esprit et des sciences mathématiques de la nature. Mais quand, d'une part, on s'est aperçu, grâce aux analyses de Técole immatérialiste, que la substantification de Tétendue, « qualité primaire » de la matière, avait ses difficultés aussi bien que le réalisme des « qualités secondaires » ; quand surtout on a réfléchi que la solidité, ou impénétrabilité, qui après tout n'est rien que cohésion et que résistance, et les causes du mouvement, — action et réaction, attraction et répulsion, — quelles qu'elles fussent, ne rentraient pas facilement dans l'idée de matière passive, mais ressortissaient à ce qu'on nomme force, on s'est avisé de transporter à la Force le transformisme dont la matière était le sujet traditionnel. C'est là le premier ou l'un des premiers principes de la philosophie de H. Spencer.

L'adoption de ce principe a été favorisée, chez son auteur, qui cependant prétend avoir pour méthode la généralisation des vérités de science, par deux erreurs scientifiques : l'une en mécanique rationnelle et l'autre en physique. Le fondement mathématique de la mécanique, tel que les savants rétablissent, est la loi d'inertie, par où ils entendent qu'un corps conserve son état de repos ou de mouvement, sans varier, tant qu'une cause extérieure ne survient pas, qui modifie cet état; et qu'il n'est point besoin qu'il y ait une force animant le corps, quand il se meut, à chaque instant de son mouvement. S'il y en avait une, c'est un mouvement continuellement accéléré qui se produirait, au lieu de la conservation d'un état de vitesse donnée. Mais H. Spencer, aux yeux de qui la force est une entité, prétend qu'elle est dans le corps qu'elle meut; et il le faut bien pour qu'elle s'y transforme et le transforme ! En ce réalisme métaphysique, il se place à l'antipode de la science vraiment rationnelle, qui, aujourd'hui, fait profession d'ignorer ce qu'est en soi une force, et qui représente ce que la mécanique en doit connaître par une fonction de la vitesse affectée d'un coefficient empirique sous le nom de masse.

La seconde erreur tient à une fausse interprétation de ce que les théories de la physique mécanique signifient quand on y emploie métaphoriquement le terme de transformation appliqué à ce qu'on nomme forces physiques. Il n'y a pour ces théories, maintenant reçues par tous les physiciens, qu'une seule acception de la force; c'est la force mécanique, comprise ainsi que je viens de l'indiquer, et bornée aux mouvements soit de masses trans-

portées, soit internes et moléculaires des corps. Quand on dit que les actions mécaniques, calorifiques, lumineuses ou électriques se transforment, passant des unes aux autres, on entend par là que la première de ces actions, et celle-là seulement, se modifie de quelque manière conforme aux lois de la mécanique, -c'est-à-dire par de simples changements dans la distribution des vitesses et des molécules qui en sont respectivement animées, et que ces modifications correspondent aux propriétés diverses que présentent les corps, et par lesquelles aussi ils affectent nos organes diversement, dans nos sensations de chaleur, de lumière, etc. C'est même cette réduction des phénomènes physiques à des lois mécaniques qui constitue proprement la physique moderne, et achève l'élimination des forces spécifiques, ainsi que des qualités occultes et de toutes les entités possibles, loin qu'elle autorise les chimères de la mythologie transformiste. La métaphysique de H. Spencer procède donc au rebours de la méthode de la science moderne, quand ce philosophe nous propose d'admettre : 1° des forces qui ne sont pas, en tant que telles, plus spécialement aptes à modifier des mouvements matériels, qu'à produire ou même à constituer des sensations de lumière, ou autres sensations, et à former des états de conscience et des actes de pensée ; 2° des forces ainsi définies qui vont se transmuant ou métamorphosant les unes dans les autres ; 3*^ une force, qui est la Force, qui est et qui fait tout cela selon les rencontres, tout en poursuivant le cours d'une évolution générale.

Ajoutons à l'entité force un support matière^ que le métaphysicien réaliste entend bien n'en pas séparer, quoiqu'il avoue ne se faire aucune idée exempte de contradictions de ce que ce support est en soi, et nous avons la pleine idée d'une substance développante de l'univers, la même en d'autres termes que s'étaient formée les anciens, et avec les mêmes conséquences, qu'on désigne habituellement par ces mots : déterminisme, panthéisme.

Je viens de conduire sommairement le substantialisme transformiste, de son origine à son état le plus récent, et je retourne <iux débuts de la philosophie pour trouver d'autres modes de spéculation sur la substance, en d'autres illustres écoles dont la tradition se continue, toujours fidèle, au fond, sans vouloir se reconnaître. Le pythagorisme et l'éléatisme sont, en concurrence avec le transformisme ionien, les doctrines les plus considérables, antérieures à l'apparition de la doctrine de l'esprit créateur ou organisateur. Le pythagorisme primitif, qu'il faut distinguer de celui qui porta ce nom dans la suite, est un système d'évolution où Ton se représente la substance du monde comme

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