SENS DE LA METHODE PHÉNOMÉNISTE
dans le camp des matérialistes. La Force-madère n'a cessé 'de faire valoir ses droits à Tencontre des notions d'ordre plus spirituel.
Le système le plus retentissant de notre temps montré surabondamment que le criticisme, resté substantialiste, n'a pu ébranler ni la vieille méthode de réaliser les notions abstraites, ni la vieille croyance aux métamorphoses du sujet-matière de l'univers. La Force de H. Spencer est une de ces notions, qui ne le cède en abstraction qu'à celle des éléates, car elle représente, par elle-même, tout ce qui produit quelque chose, et, par la Matière, qu'on en dit inséparable, toute chose produite] et le transformisme, que ce philosophe n'a que par erreur essayé de rattacher à une loi scientifique réelle, ne marque pas un progrès, au fond, sur celui d'Heraclite et des stoïciens, car c'est la même méthode sans plus de positivité dans les suppositions. Ce qui ajoute à l'enseignement qu'on peut tirer de cet exemple, c'est que, à la différence des illustres disciples substantialistes de Kant (Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer), H. Spencer, pas plus que Kant lui-même, n'a cru possible de définir le noumène. Son Inconnaissable est exactement la chose en soi, le noumène ::= X de Kant. Mais cela n'empêche pas le philosophe évolutioniste d'opérer la déduction physique de l'univers, en partant de la notion universelle de la force objectivée, tout aussi bien que si cette fiction, qu'il dit être le principe et le commencement du Gonnaissable, jouissait du rang et des prérogatives qu'il réserve à l'Inconnaissable, et qui, suivant un autre style, appartiennent à l'Absolu ou à Dieu.
La logique du substantialisme, vu dans son histoire, semble donc bien être le déterminisme et le panthéisme; on dirait le nihilisme, si l'on entendait par ce mot, — acception qui n'est pas usuelle, mais qui se défendrait facilement, — la négation du particulier et de l'individuel en tant que compatibles avec la permanence. Voilà où nous conduit l'étude des applications métaphysiques d'une notion qui nous était présentée, au début de ce travail, comme éminemment propre à servir le sentiment de la stabilité et la confiance dans l'avenir; en sorte que, si nous acceptions pour un moment l'emploi que les substantialistes font du terme de phénoménisme pour désigner le système qui réduit le monde réel à une suite de phénomènes instables et transitoires, nous pourrions énoncer ce paradoxe : ie substantialisme, c^est le phénoménisme.
Qu'entendre alors nous-mêmes par un phénoménisme qui n'aura point les conséquences que les métaphysiciens ont tirées
de la considération de la Substance, et qui verra dans le monde réel tout autre chose qu'une suite de phénomènes instables et transitoires?
Considérons d'abord le phénoménisme comme une méthode, et prenons exemple de la conduite que les physiciens ont adoptée, dans leurs investigations sur la nature de la matière, à dater de Fépoque où la physique, plus tard la chimie, sont devenues des sciences positives. Longtemps on avait cru que la connaissance de la matière était un point de départ; on a reconnu qu'elle était le but. C'était d'abord le substantialisme, une idée générale donnée d'un substrat de quelques qualités essentielles, dont il était question de déduire toute la série des propriétés accessoires. Quand l'expérience eut été substituée, comme moyen d'exploration, à des déductions qu'elle venait presque toujours démentir en ruinant la partie hypothétique des prémisses, on s'aperçut que l'on n'arrivait ainsi à rien découvrir, par voie d'induction, qu'on pût nommer qualité d'une substance en telle sorte que celle-ci fût déterminée, comme Ton dit, par son attribut, mais seulement des propriétés plus ou moins générales des corps placés dans de certaines relations ; et ces corps eux-mêmes, quand on eut appris à les poursuivre jusque dans leurs parties élémentaires, on vit que leurs éléments étaient spécifiques, mais ne pouvaient ni dans leurs genres, ni dans leurs espèces, être définis comme des choses substantielles présentant certaines qualités absolues. Au lieu de cela, ce furent des propriétés relatives à leurs associations et à leurs réactions mutuelles. En essayant, comme on le fait, de mettre ces propriétés en correspondance avec des lois d'étendue, de figure et d'arrangement atomique ou moléculaire, on est si loin d'envisager par ce moyen des substances, qu'on en vient, au contraire, à éliminer, à ce point de vue, l'ancienne idée de la matière, et à la remplacer par l'idée mécanique de force, c'est-àdire de mouvement appliqué à des points géométriques susceptibles de recevoir à différents degrés la communication de la vitesse. Le positivisme, auquel cette justice est à rendre, a dit le mot d'une vérité acquise aux vrais pratiquants de la méthode scientifique, dans la philosophie naturelle, lorsqu'il a professé que la connaissance était bornée aux phénomènes et aux lois des phénomènes.
Il en est de la Cause comme de la Substance. C'a été un contresens de bien des « spiritualistes », et qui montrait combien on ignorait la logique du substantialisme dans leur école, que de vouloir unir le sort philosophique, pour ainsi parler, de ces deux notions objectivées, réalisées. S'ils avaient mieux lu et compris