UNITÉ ET UNIVERSALITÉ DES LOIS
Maine de Biran n'a pas seulement subi Tillusion du déterminisme déguisé en théorie do Tactivité; Leibniz se Test faite apparemment tout le premier, et c'est un chapitre sur lequel il avait trop de prédécesseurs, et a eu trop d'imitateurs pour qu'il y ait lieu de s'étonner beaucoup. Mais Maine de Biran est si peu parvenu à se rendre compte de la doctrine de l'harmonie préétablie, qu'il écrivait : « C'est là le côté obscur de la monadologie, et Leibniz n'a pas cherché à l'éclaircir »! [Doctrine philosophique de Leibniz, édition de Victor Cousin, p. 325 et suiv.) 11 entend bien que Leibniz veut trouver dans chaque monade une concordance spontanée des phénomènes avec les phénomènes internes de toutes les autres monades ; mais il ne comprend la chose que comme un point de vue de Dieu qui voit l'univers entier dans chacune de ses parties. Quant à ce qui est de supprimer les communications en elles-mêmes, la monade u force active » lui paraissant impliquer l'action transitive, telle que chacun l'imagine, il ne voit dans l'incommunicabilité, prise au pied de la lettre, qu'une contradiction inexplicable.
Après tout, pourquoi Véclectique Leibniz n'aurait-il pas admis, en faveur des esprits faibles, un vinculum communicativurn , tout aussi bien qu'il a collaboré avec un père jésuite pour la découverte d'un vinculum substantiale propre à l'explication de la transsubstantiation dans le système des monades? 11 est vrai que le Système nouveau de la nature et de la communication des substances s'en allait alors à vau-l'eau dans ses deux parties à la fois; mais son auteur incompris aurait toujours pu espérer en la venue de quelque penseur qui enfin en saisirait le sens et le rétablirait, sauf à le concilier avec les préjugés régnants. C'était sans doute un peu son rêve, quand il proposait au P. des Bosses, à la fin de sa correspondance, et la dernière année de sa vie (lettre du 29 mai 1816), une seconde et subtilissime explication du mystère catholique, à l'usage cette fois d'un membre de sa compagnie, s'il s'en trouvait un « qui voudrait rejeter toute substance composée, tout être réalisant les phénomènes [ens realizans phœnomena) comme chose superflue ».
Mais avec cette belle méthode de condescendance et de conciliation, Leibniz a probablement retardé d'un siècle ou deux les progrès de la méthode philosophique, parce que ni Berkeley, ni Hume ni Kant n'ont trouvé ou deviné la théorie des lois dans ses écrits.
Mais revenons à la question générale de la coordination et de ses lois. La réelle individuation des substances ne dispense pas de poser la question de la substance universelle. En d'autres
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termes, car il faut toujours rappeler les définitions, de peur de méprises, Fexistence des coordinations d'ordre individuel, ou fonctions, n'empêche pas, exige, au contraire, une raison d'être des lois communes à ces fonctions. Ces fonctions, c'est-à-dire ces consciences particulières, de tous les degrés de perception et d'appétition, impliquent, partout où nos connaissances et nos inductions peuvent s'étendre, la forme représentative d'un espace (intuition), et d'un temps, où se placent les phénomènes; puis des formes de distinction et de relation, moyennant lesquelles ils sont représentés comme qualités, quantités et nombres; enfin, d'autres rapports qui ajoutent aux phénomènes, comme antécédents et conséquents, les caractères de causes et de fins, et aux perceptions les émotions, les appétitions, les volitions. Tout cela s'assemble sous la relation générale de sujet à objet, développée, précisée et diversifiée, et tout cela y réalise l'unité de loi, puisque le tout ressort de l'analyse de la chose unique que nous connaissions et que nous puissions réellement connaître dans le monde, la représentation, la conscience.
Quelle est l'origine, quelle est la nature de cette unité de loi, quand je la considère en dehors et au-dessus d'une conscience particulière, de la mienne, à moi qui m'en forme actuellement l'idée et m'en demande la raison? C'est en ces termes que nous sommes amenés par la théorie des lois à nous poser la question du troisième postulat. Après la liberté, après la vie future, qui sont des conséquences inductives de la croyance à la loi morale, vient le postulat de la divinité, motivé dans notre conscience parle besoin logique d'une garantie supérieure et universelle de l'ordre moral, des fins morales du monde. Pour la méthode que nous suivons, l'existence et l'unité de Dieu se présentent sous la forme de l'existence et de l'unité de la loi qui régit le monde ; et il s'agit de savoir si selon nos principes, cette loi est réalisée en une conscience, par une volonté créatrice.
L'éternité du monde phénoménal se trouvant exclue de nos spéculations par le principe de contradiction, ce qu'on appelait en théologie la nature divine, et qui renfermait les infinis, les contradictoires, doit en être bannie également. Il est clair, et c'est bien vainement que théologiens et philosophes ont si longtemps détourné leur vue de cette vérité : que si la conscience, la personnalité et la vie appartiennent à Dieu, ainsi qu'ils l'admettaient, la succession, et les autres relations doivent entrer dans la pensée divine, car la pensée n'atteint que le relatif, et, réciproquement, où il n'y a pas une relation pensée, le mot pensée est appliqué sans aucune signification et ne veut rien dire. Il faut donc convenir que les idées appartenant à la vie divine, s'il en