LA QUESTION DE LA CERTITUDE XXXIII
certaines pour eux et leurs disciples, absurdes selon tous les autres, et en effet incompatibles entre elles.
Alors le critère du sens commun se proposa. Il est vrai que dans l'ordre pratique on s'entend assez sur le sens commun. Mais à l'égard des vérités que poursuivent les savants et les philosophes, le sens commun est indétermination réelle, confusion ou préjugé. Il faut en préciser et en formuler les arrêts. Avec les définitions viennent, .^ >' les variations et les disputes. On ne s'entendait que ^ faute de s'expliquer.
Le consentement universel, autre critère, en tant qu'il existe, est indéterminé et confus, comme le sens commun et le bon sens, en matière philosophique. S'il doit se déterminer en forme de raison, et de science, alors, en fait, le consentement universel n'existe pas.
Si ces différents termes signifient au fond croyance naturelle, il faut le dire, et il faut chercher les éléments, les degrés, les espèces de cette croyance.
Kant a fait le premier pas et n'a pas fait le second. Il a proposé sa raison pratique pour remplacer la métaphysique exterminée par le criticisme. Mais sa raison pratique est à certains égards une spéculation qui rétablit, en qualité de fondements de la morale, les mêmes doctrines que sa raison théorétique a repoussées comme portant sur l'inconnaissable.
Kant ne s'éloignait pas au fond, et quelques-uns de ses successeurs ne se sont éloignés aussi qu'en apparence des errements de l'ancienne méthode, cherchant la certitude dans l'intellectuel pur, et élaguant la personne réelle qui poursuit ou possède comme elle peut la vérité, avec toutes ses fonctions et toutes ses forces. La plupart des philosophes sont revenus ou reviennent à l'illusion de l'évidence, et restaurent, faute de nouveautés, des systèmes déjà plusieurs fois repris et abandonnés.