‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 27 sur 194 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

second où les passions, la volonté, le doute ont une part plus grande, ainsi que le prouve l'existence des systèmes philosophiques. La croyance à la liberté le domine, et cette croyance n'est universelle que dans la sphère pratique. Une fois admise, elle se subordonne l'homme tout entier, les doctrines aussi bien que la vie.

Les motifs rationnels à l'appui de la liberté comme réelle sont puissants, mais la théorie de la nécessité n'a pu être trouvée contradictoire en elle-même. Les motifs moraux doivent donc nous déterminer.

L'existence de la raison pratique et morale est une anomalie dans le système déterministe. L'affirmation du vrai ou du faux, non moins que le choix du bien ou du mal. est dans ce système l'effet d'une force irrésistible à laquelle se joint l'illusion irrémédiable de n'être point forcés. La certitude volontaire de la liberté rend donc à notre conscience le seul ordre moral qu'elle puisse connaître, et que la nécessité lui ravirait : un ordre de vérité et de bonté, en puissance pour elle, et dont elle peut réellement ou s'approcher ou s'éloigner en acte.

Cet ordre n'est en rien la négation de celui que posent des lois invariables du monde. Les actes libres ne se détachent ni de la raison, de la passion et de leurs motifs, ni des conditions générales ou particulières, physiques, organiques, intellectuelles, ni des antécédents de tout genre établis par des actes antérieurs, personnels ou étrangers. Tout cela est, au contraire, la matière de la liberté. L'affranchissement de la conscience tient aux nombreux possibles ambigus que cette matière enferme pour l'avenir, et entre lesquels la volonté peut susciter les uns et détruire les autres. Cet affranchissement est, pour elle, très grand; il est très petit relativement à la masse des lois invariables qui constitue l'univers et elle.

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