LA QUESTION DE LA CERTITUDE XXXVII
La liberté affirmée, devenue le principe de la recherche et de la possession de la vérité comme du bien, donne à toutes les consciences la dignité que s'arrogent les philosophes de l'absolu. Chaque personne est appelée à déterminer librement et ce qu'elle sait et ce qu'elle croit. Cette détermination obtenue, la conscience d'autrui et les faits de l'avenir interviendront.
Il n'y a pas un philosophe qui ait pu davantage. Quelque critère de certitude qu'un philosophe ait pris, si on lui demande le critère de ce critère, il faudra qu'il avoue que son exposé de motifs est un cercle vicieux à l'égard de la certitude. Ce cercle bien fait et bien clos est ce qui le contente. Mais enfin ce contentement n'est pas l'infaillibilité.
L'aveu de la liberté est la seule ressource laissée au philosophe qui ne se targue pas d'une révélation surnaturelle, ou n'identifie pas son esprit avec la vérité absolue, pour échapper à la pétition de principe inhérente à toute recherche qui porte sur les premiers principes. Une affirmation consciencieuse est tout ce que peut le plus grand philosophe du monde.
La théorie de la certitude fondée sur la liberté laisse subsister dans toute affirmation un doute au moins possible. Les variations de la pensée d'école à école, et jusque dans la carrière d'un seul et même philosophe, et sur les points les plus graves, justifient ce doute. S'il nous paraissait de trop pour de certaines affirmations, et même dans sa possibilité la plus diminuée, songeons à la certitude des fanatiques et des fous. Celle-là n'admet jamais le doute, quand l'aliénation est complète. Mais la personnalité libre, la tolérance et le bon sens veulent qu'un élément quelconque de doute puisse être suscité à côté de chaque représentation.