XXXVIII INTRODUCTION
La théorie de la substance, en rendant les substances particulières impossibles, supprimait l'individualité et la liberté. La théorie de la liberté fonde l'individualité et remplace la substance.
La liberté n'est plus ici l'attribut d'un substrat, ou l'attribut d'un attribut, d'une faculté. C'est ce fait propre des fonctions humaines qui, dans les actes réfléchis, consiste en une automotivité représentative capable d'amener les phénomènes non forcés, non préordonnés par les antécédents, ensuite leurs conséquences dans l'organisme et dans le monde.
Telle est la véritable et suprême individualité de la personne, qui cesse d'être un rouage du monde. Et telle est aussi la nouvelle permanence qui s'ajoute à la loi de conscience et de mémoire : la personne séparée ne rompt pas tous ses liens et ne devient ni indépendance pure ni immobilité, mais possédant une loi propre de changements, et la maîtrisant, elle demeure plus éminemment elle-même pendant qu'elle change.
D'où procède cette liberté? on ne peut sans contradiction demander à quelque antécédent que ce soit d'en rendre compte, car ce que sa définition lui confère de propre, c'est de ne rentrer dans aucun antécédent, quoiqu'elle ait, chez l'homme, des antécédents pour conditions.
De même que la théorie rationnelle du monde conduit à poser un premier commencement des phénomènes, sous peine d'errer dans le dédale des contradictions de l'infini, et qu'il est absurde pourtant de vouloir comprendre, expliquer ce commencement*, de
1. Ce n'est point V expliquer, en effet, que d'admettre la création, parce que, chez le créateur lui-même, la logique exige un commencement des phénomènes sans lesquels il ne saurait penser et vouloir, ni, par suite, créer.