LA QUESTION DE LA CERTITUDE XLI
En face de Vaatorité est la liberté. L'autorité en tant qu'efficace ne peut résulter que des acceptations individuelles. Chacune des consciences groupées dans cet universel est appelée à le contrôler. Chacune y donne son consentement ou l'y refuse, en tout ou en partie, à ses périls et risques. Et si étroites que soient les limites où toutes retiennent la puissance de chacune, encore n'est-ce que cette chacune répétée qui fait l'autorité, comme l'unité fait le nombre.
Donc l'autorité s'appuie sur la conscience en général, et n'a tant de force que précisément pour cela. Elle est fictive si les consciences individuelles ne sont pas libres ; elle est corrompue, elle est même passée à son contraire, c'est-à-dire à la liberté absolue d'une seule conscience ou de quelques-unes, hors de tout contrat, lorsque celles-ci violentent les autres. Aussi voit-on l'usurpation alléguer volontiers une origine, un titre extérieur à l'humanité elle-même.
Donc le contrat social est une synthèse de l'autorité et de la liberté. En toute matière, une certitude qui admet des motifs tirés de consciences étrangères à celle qui la formule est une synthèse pareille.
Cette synthèse, en quelque sorte coutumière dans la plupart des lieux et des temps, devient de plus en plus réfléchie, volontaire, et son contenu plus net, lors et à mesure que l'homme prend la libre possession de soi. La critique s'applique à toutes les vérités, logiques, théologiques, morales, sociales. Le consentement de chaque conscience, en tout genre, commence à être demandé, attendu. Des révolutions se produisent dans les méthodes, dans les sciences, dans la société, par la raison que le contrat personnel et le contrat social doivent devenir explicites et volontaires, pour la vérité comme pour le bien. Les anciennes clauses, obscures,