XL VIII . INTRODUCTION
D. LES PROBABILITES MORALES.
La croyance, plus ou moins généralisée parmi les hommes, reste en possession de tout le domaine des jugements qui ne sont pas compris dans ce premier ordre de la certitude dont on a vu les bornes, ou qui ne s'y ramènent pas progressivement par la voie des sciences.
Cette croyance a des motifs tenant lieu de preuves à ceux qui la partagent, et ces motifs, jugés suffisants, donnent à son objet le caractère de prohabilité morale : probabilité ou crédibilité dont les éléments échappent, en très grande partie, au calcul des chances, et que ce défaut d'évaluation mathématique ne rend souvent que plus propres à s'imprimer dans la conscience en manière de certitude.
Les sciences elles-mêmes ne dépasseraient pas la probabilité morale, si on ne pensait qu'à la part prise par le témoignage et l'autorité dans leur mouvement et leur établissement.
L'histoire la plus avérée ne la dépasse pas, non plus que la constatation de faits particuliers actuels, sur indices et témoignages, quoique pour un très grand nombre de cas historiques ou moraux la conviction obtenue l'emporte sur celle que donnerait une probabilité calculée, si élevée qu'elle fût.
Enfin la critique entière, et éminemment les affirmations de l'ordre appelé philosophique, sont du ressort de la probabilité morale. La direction volontaire de l'esprit y a même tant de part, ainsi que la passion de savoir ou de croire, que les hypothèses, les notions vagues ou fictives, et beaucoup de sophismes habituels en écartent souvent toute bonne méthode, et s'opposent