‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 40 sur 194 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

La légitimité de l'induction serait avant tout morale, ou de raison pratique. A l'égard de l'ordre rationnel et de l'ordre physique, la pure possibilité suffirait.

L'adage que la nature fait tout pour l espèce est une affirmation toute relative à l'apparence et, au surplus, gratuite. Rien ne prouve que les espèces ne sont pas périssables, et rien ne prouve que les individus n'ont pas une palingénésie.

Pour prendre la question de haut et dans toute sa généralité, on doit choisir entre deux opinions : l'une dirige la finalité naturelle des êtres vers le Tout et sacrifie à ce Tout les individus quelconques des temps passés et futurs, sans pouvoir reconnaître à aucun d'eux la vertu d'être pour soi un but et une permanence. L'autre opinion ne trouve que dans l'individu la qualité de pouvoir être un but, et, en conséquence, croit la finalité naturelle appliquée à produire des individus de plus en plus conscients, perpétués par la mémoire et permanents dans le changement même.

Le Tout sans conscience est cette substance où l'abstraction identifie l'être et le non-être, et qui ne peut se concevoir comme une fin morale. Les touts partiels, les espèces, les consciences même dont on le composerait, mais dont aucune n'aurait de permanence, ne peuvent être des fins les unes pour les autres, n'en étant point pour elles-mêmes, sans que l'idée propre du but ne s'évanouisse en résultat par l'inconsistance universelle. Donc le problème de la généralisation de la loi téléologique se résout ainsi par une négation, et la conscience humaine n'est pas satisfaite.

C'est dans l'autre hypothèse seulement que la conscience parvient à donner à la loi téléologique dans le monde une valeur comparable, une existence analogue à celle que comporte sa propre constitution.

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