LES PROBABILITES MORALES LV
continuel qui n'empêche pas une autre permanence, celle de la forme matérielle; et nous voyons, sous le rapport de la forme, chaque organisme qui doit être corrélatif d'une certaine conscience, se définir depuis son origine jusqu'à sa fin par une loi d'évolution beaucoup plus que comme une essence fixe.
Toute la difficulté consiste en ce que l'évolution qui embrasserait dans une loi unique l'organisme actuel et l'organisme futur échappe entièrement à l'expérience actuelle. Mais si la transition de l'un à l'autre était connue ou prévue scientifiquement, l'immortalité aurait la valeur d'un fait et non plus d'un postulat de la raison morale. 11 suffit donc qu'il n'y ait pas, et il n'y a pas en effet d'impossibilité à opposer à ce postulat. On peut seulement préférer cet autre : que les lois du monde ne s'étendent pas au delà de ce qu'il nous est donné d'en savoir.
C'est ce que ne craignent pas de professer les doctrines qui ont la prétention d'épuiser l'esprit humain et l'univers. C'est ce que pensent plus banalement de nombreux savants spéciaux qui confondent l'idée de V Inconnu avec celle de V inexistant ou même de V impossible. Ayant à prouver que la loi de personnalité s'arrête aux phénomènes présents, ce qui est un fait négatif, ils ne peuvent invoquer logiquement que l'ignorance. Mais l'ignorance des lois physiques sur ce sujet est précisément le premier moment d'une argumentation invoquant des motifs d'ordre moral.
Si on ne demande au défenseur de l'immortalité que des hypothèses, pour combler le vide laissé dans l'esprit par cette ignorance, il a le choix entre plusieurs. Et plus ces hypothèses paraîtront en elles-mêmes gratuites, si d'ailleurs elles ne sont pas plus réfutables que démon-