LVI '' INTRODUCTION
trahies, mieux sera atteint le seul but possible dans cet ordre d'idées, en dehors des argumenits moraux, celui de mettre des possibilités en évidence.
Il y a l'hypothèse de la palingénésie cosmique : on peut supposer des mondes successifs, séparés après de longues durées par des intervalles arbitraires, et reliés par une loi plus générale que celles qui les constituent séparément, et telle que toutes les personnes qui ont vécu dans l'un de ces mondes reparaissent pour se continuer dans un autre. Cette relation entre deux ordres entiers de phénomènes cosmiques ne devrait pas plus étonner un philosophe que ne le fait dans le cosme présent, où il spécule, la première venue des grandes relations composantes de ce même cosme, et qu'il ne comprend pas davantage.
Il y a l'hypothèse tout à fait autre des vies personnelles successives, et, si l'on veut, alternantes, au sein d'un monde en quelque sorte double qui renfermerait deux ordres de fonctions liées, mais incommunicables du point de vue de l'un deux. L'imagination est admise à varier de bien des manières le concept des lieux, des temps et des fonctions qui correspondraient ainsi successivement à une seule et même personnalité.
Et il y a l'hypothèse du développement de l'organisme acluel, repris et continué sous de nouvelles conditions, pour lesquelles la place ne manque pas dans l'univers. A celle-ci se rapporterait surtout, sauf correction, la doctrine de physiologie spéculative proposée par l'école monadologiste, et dont le vitalisme aussi s'est rapproché quelquefois. Les âmes matérielles, les germes, les sousorganismes latents, actuellement insensibles, peuvent en effet servir à représenter le lien physique entre la vie actuelle et une autre vie qui en serait ailleurs la continuation pour la conscience.
LES PROBABILITÉS MORALES,^ ^ rLvi^ '"* ' i
Cette dernière hypothèse est plus propre que toute ^ 'il autre à fournir des applications prolongées d'une loi qui se révèle partiellement à notre expérience. La force plastique de la conscience et de la vie morale, s 'exerçant sur un organisme profond, maintenant insensible, mais appelé à servir de germe à des organes futurs, conférerait'une réalité naturelle à la loi de la rétribution des agents libres. Les peines et les récompenses se présenteraient comme des faits d'harmonie entre l'acquis moral et, par suite, physique d'une vie et la constitution biologique apportée dans une autre.
Toutes ces possibilités se résument en une seule : celle de l'immortalité sous des conditions physiques futures, coordonnées avec les conditions présentes. C'est ensuite à la conscience à se donner ses motifs souverains et à affirmer sa croyance.
La liberté s'affirme comme réclamée par la loi morale et par l'usage pratique de la raison. Cet accord posé entre la conscience et le monde, entre le témoignage intime et la réalité des choses est ce qui fonde définitivement la personne. Un autre accord en est le corollaire, et c'est celui qui promet à la personne dans le monde la perpétuité que son développement propre exige.
Indépendamment de la reconnaissance formelle de sa liberté, la conscience croit naturellement à sa perpétuité. Les systèmes philosophiques sur l'âme, et, avant cela, les croyances religieuses, telles qu'on en trouve chez les races les plus grossières, sont des expressions de ce sentiment naturel, et n'en sont pas les causes.
L'inslinct se fonde à cet égard sur la conscience môme de la vie interne, laquelle ne se sent pas sujette