LVIII INTRODUCTION
du temps, au lieu que la connaissance de la mort est un fait empirique et révélé extérieurement.
La lassitude, le besoin du repos, l'affaiblissement de la pensée, des passions et de leurs organes combattent l'instinct de la vie sans le détruire, et, si l'on n'invoquait pas d'autres raisons, conclueraient, comme le sommeil, à l'intermittence nécessaire des fonctions vitales, non à leur anéantissement.
L'induction instinctive que l'homme, avant la réflexion, a tirée de son sentiment de la vie et de sa passion de vivre au prolongement de son existence, et cela malgré l'apparence des phénomènes, le philosophe peut aussi la tirer sur le fondement de la finalité comme loi générale de la nature. Puisque les instincts et les passions innées du règne animal se trouvent avoir des objets corrélatifs dans le déroulement des fonctions de tout genre dont l'individu ne dispose point, le désir constant et puissant de l'immortalité, donné avec la personne, doit aussi correspondre à des lois maintenant inconnues, propres à le satisfaire.
Avec la reconnaissance de la liberté, d'autres motifs suivent les premiers, les transforment et en élèvent le caractère. La réalité de la personne entraîne la réalité de la loi morale dans l'univers. Celle-ci ne peut être satisfaite que par l'accord du bien moral, que l'agent libre accomplit, et de cet autre bien, le bonheur, qui vient du dehors. Cet accord n'est pas actuellement donné. Il faut donc en poser l'existence en disposant du temps, et par conséquent poser la personne immortelle.
Le mal comme le bien est l'œuvre de la liberté. Le mal que la liberté a fait, c'est à la liberté de le corriger. L'état de la personne n'étant pas la perfection, et cela, en vertu de la liberté même, sa fin morale ne peut être