‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 46 sur 194 · LES PROBABILITES MORALES LIX · texte numérisé non relu

LES PROBABILITES MORALES LIX

atteinte que par le progrès libre. Mais la vie actuelle n'est pas un théâtre suffisant pour le développement des actes et de leurs conséquences. La vie future est donc la condition et le postulat de la personne prise dans toute son extension.

Le mal physique lui-même, c'est-à-dire le mal dont la liberté ne rend pas compte, à notre connaissance, et qui a pour formes la douleur et la mort, trouve dans l'hypothèse de l'immortalité, étendue aux plus humbles consciences, une explication, non pas à proprement parler, mais enfin la seule possible. Si la nature ne donne la vie aux individus que pour les sacrifier sans retour après les avoir produits, le mal n'a ni raison, ni remède, ni terme en ce qui les touche. Mais si une loi de palingénésie pourvoit au développement des fonctions individuelles et en assure ou en permet du moins la conservation et le progrès, alors le mal, insondable condition de la vie que nous connaissons, n'en est pas au fond et en même temps la négation ; on peut le regarder comme un moyen, quoique mystérieux, à l'égard des fins ultérieures des êtres, et le croire, en conséquence, destiné à s'affaiblir dans la mesure où ces fins seront successivement atteintes.

La croyance et la probabilité de la perpétuité des êtres se rattachent à la croyance et à la probabilité de la liberté et de la loi morale en tant que réelles. Une dernière thèse, celle de la divinité, a le même fondement et s'ensuit de la même méthode; car elle résulte de cette même généralisation de la notion des fins qui est réclamée pour la satisfaction de la conscience.

Puisque la loi morale est réelle dans le monde, et non pas seulement posée au regard du sens intime, et puisque l'ordre moral des fins existe ainsi indépen-

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