LES PROBABILITÉS MORALES LXIII
r entendement. On nierait donc la personnalité au moment où l'on croirait l'affirmer universellement.
Dès qu'il doit renoncer à comprendre autre chose que des relations dans le monde, le criticiste peut trouver qu'il n'arrive pas à mieux satisfaire l'esprit en enfermant la loi de finalité tout entière dans une seule conscience, dont le concept alors lui semble impossible, qu'en la distribuant pour ainsi dire entre les êtres dont elle règle les rapports et constitue en partie l'essence, quoique, dans ce cas, sa nature universelle échappe nécessairement, et qu'on ne puisse en affirmer rien de plus que l'extension indéfinie ^
Quoi qu'il en soit, le problème de la personnalité de Dieu ne s'entend bien qu'à une condition : c'est de soumettre l'idée de la personne divine à ces lois générales dont nous ne pouvons concevoir qu'une personne soit indépendante. En d'autres termes, une personnification des idées, des causes et des fins, enveloppant une série de phénomènes, est intelligible seulement si cette série est définie selon toutes les catégories. Dans ce cas la personne divine peut embrasser les faits passés, présents et futurs que notre imagination atteint (à la réserve de notre liberté), mais non ceux qu'une généralisation injînitiste épuiserait pour les faire entrer dans la synthèse absolue des choses.
La personne divine est ainsi soustraite aux attributs infinis que la métaphysique appelait des perfections, et qui la détruisaient. Mais la vraie perfection lui reste, celle qui n'implique point contradiction, si haute qu'on la conçoive; la perfection de justice et de bonté.
Cet anthropomorphisme avoué est le véritable point de
1. Je m'étais arrêté à ce point de vue dans la 1'^ et la 2'' éditions de ce résumé et de mes Essais de Critique générale {Deuxième Essai)^
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vue des religions, quand la théologie métaphysique ne les altère pas. Il est au moins incontestablement le sens des croyances religieuses pratiques chez les races morales.
Mais, à ce point de vue, il semble que nous fassent défaut les raisons a priori et tous les arguments d'ordre rationnel sur lesquels voudrait se fonder la croyance h l'unité plutôt qu'à la pluralité divine. Deux directions de l'esprit semblent possibles, légitimes, qui ne s'excluent même pas précisément; car on voit la croyance à des opérations divines distinctes, ensuite l'apothéose des âmes multiplier diversement les Dieux que la tendance à l'unité voudrait concentrer. En fait, historiquement, les religions passent aisément de l'un à l'autre point de vue, et quelquefois les mêlent et les concilient, en substituant à l'unité pure l'unité composée et la hiérarchie, ou, inversement, en reconnaissant un souverain Seigneur de la cour céleste.
Les motifs de se déterminer dans cette question de l'unité divine ne sont pas en eux-mêmes, ou pour la jDhilosophie pure, d'un intérêt moral aussi considérable qu'en ce qui touche l'ordre divin de l'univers, où l'on est conduit par l'enchaînement des postulats de la raison. Si c'était comme question de religion qu'on eût à étudier ici ce sujet, l'histoire, la morale et les principes généraux de l'ordre politique entreraient dans les éléments de l'examen. Il ne faudrait pas les en séparer.
Est-ce donc le dernier mot de la Critique de la connaissance ? On peut faire un pas de plus si l'on réfléchit que l'hypothèse de l'unité de la conscience première et suprême, à l'instant du commencement premier des phénomènes, permet d'expliquer l'unité des lois que cette ponscience a instituées, qui régissent toute représentation, toute conscience imaginable pour nous, et sont