QUESTIONS A TRAITER
quelque lumière sur la conception générale de la nature, surtout en me bornant aux points qui intéressent soit l'humanité morale, soit l'idée philosophique du genre et des espèces de l'existence. A cet examen des objets principaux des sciences physiques devrait se joindre celui des hypothèses proposées touchant l'origine et les lois de développement des grands phénomènes naturels, autant du moins qu'on peut les atteindre et qu'elles donnent prise à la raison. Enfin, viendrait la critique de ces hypothèses d'un autre genre, à demi physiques, à demi religieuses, par lesquelles on a de tout temps essayé de relier la nature et la morale en un même concept. Le problème du mal physique, les cosmogonies morales, les doctrines mystiques sur l'origine et la fin des êtres sensibles sollicitent, en effet, notre attention, et réclament de nous des jugements moins sommaires que ceux que nous avons portés jusqu'ici.
Mais la plupart de ces questions sont visiblement des sujets mixtes de critique, de spéculation éthique ou religieuse et d'histoire. Celles mêmes qui ont pied dans la science de la nature, sont encore souvent spéculatives, c'est-à-dire liées au développement de la connaissance scientifique, à son interprétation, et, par conséquent, à l'histoire de la raison. Ainsi, je dois m'attendre à retrouver les unes et les autres à une autre place, et il me sera permis de les compléter quand j'examinerai les produits intellectuels et les produits moraux et religieux des peuples et des écoles, et quand je me demanderai à quelles conclusions nous mènent le travail collectif et l'analyse de la pensée humaine comparée.
On voit dans quelles limites et sous quelles réserves j'entreprends ici la critique des éléments les plus généraux d'une philosophie de la nature.
Je commence par traiter du fond et des modes premiers et universels de l'existence physique, en suivant la méthode exposée dans les Essais précédents.
A la suite de ce que la raison, à peu près pure, me dicte sur ce sujet, j'aborde les conjectures que l'état actuel de la science permet, ou rend même problables, touchant l'essence et l'origine accessible des êtres de différents ordres. Je passe aux hypothèses cosmogoniques et au problème des espèces. Je rends compte des théories les plus répandues, tant de celles qiii prennent un point de départ physique que de celle qu'inspire la notion de la moralité. Je m'arrête enfin en amenant l'homme sur la scène, c'est-à-dire au seuil même de l'histoire.
Ainsi ce nouvel Essai doit s'envisager beaucoup moins en lui-même que comme une transition de la logique à l'histoire, par la physique et l'histoire naturelle, et seulement autant que la critique peut se flatter de sonder l'intervalle.