‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 57 sur 194 · LA MONADE QUANT A LA CAUSALITE · texte numérisé non relu

LA MONADE QUANT A LA CAUSALITE

impliquerait une descente à l'infini; et elle se conçoit, en effet, facilement, parce qu'elle est une loi, parce qu'elle est constituée par les rapports internes et externes que la représentation exige : elle est, eu égard aux phénomènes qu'elle assemble en elle ou à ceux qui l'environnent, une Relation, un Tout, une Etendue, une Durée, etc. Comment la loi de l'être ainsi défini enveloppe les diverses catégories, on le voit sans peine. L'étendue et la causalité réclament seules quelques explications où l'on trouve l'éclaircissement des difficultés que la méthode de Leibniz fit si fortement ressortir.

Les êtres élémentaires sont donnés pour eux-mêmes et les uns pour les autres sous les lois de l'étendue, puisqu'ils sont essentiellement des représentations et que nulle représentation n'est exempte de lier ses objets à des rapports de lieu, non plus que de projeter ses propres virtualités sous les mêmes conditions. De là résulte la réalité de l'étendue, aussi profonde, aussi assurée que celle des êtres, qui tous l'impliquent. Gomme représentés, ceux-ci ne peuvent manquer de se déterminer de position : leurs puissances, leurs actes se tiennent ou se développent constamment dans de certaines circonscriptions qui, relativement aux sphères des autres, enveloppent des espaces et en sont enveloppées. Comme représentatifs, ils sont soumis à la forme de l'intuition imagée et aux lois de la coordination spatiale des coexistants.

La causalité se marque dans le rapport des faits constamment successifs : successifs, soit dans un même genre, soit d'un genre de phénomènes à un autre : ainsi, dans la conscience humaine, entre ses propres déterminations (automotivité représentative); dans le domaine du mécanisme, entre les données successives de position des représentés mobiles (communication du mouvement par pression, traction ou choc); dans la sphère physique

OU dans la sphère organique, entre des groupes de fait& de chacun de ces genres, ou d'un genre à l'autre (exemples innombrables) ; puis entre un état de conscience et l'état d^un représenté externe (ainsi, la sensation et ses facteurs ; ainsi la volonté locomotive et les modifications des corps qui font suite aux productions imaginatives). Enfin, toutes les relations constantes établies dans le temps entre les phénomènes mécaniques, physiques, organiques, représentatifs, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, impliquent la causalité. L'instinct de la connaissance pose l'unité de toutes ces sortes de causes en exprimant des rapports, si différents d'ailleurs, avec un seul mot : la Force.

Il dépend de nous maintenant de justifier cette unité. L'être étant essentiellement représentation, c'est toujours entre des représentations que le rapport de causalité sera donné au fond. Les changements d'état des êtres, du point de vue de cette catégorie, procéderont de l'action et de la réaction de ceux-ci sous une même acception. 11 suffira de poser que, telle représentation venant à se modifier, telles autres se modifient toujours en conséquence. Mais comment, ou selon quelles lois.^^ L'observation et l'expérience peuvent seules nous l'apprendre, d'autant mieux que, une fois sortis des faits de la conscience humaine et des faits analogues les plus voisins, nous ignorons ce que sont pour elles-mêmes ces représentations qui sont des forces comme elle.

Répétons ici ce que nous avons dit souvent : que cette manière de concevoir la causalité ne nous autorise pas à faire rentrer tous les phénomènes dans un seul genre primitif, soit inférieur, soit supérieur, caractérisé comme substance, attendu que le rapport de cause, envisagé positivement, établit à la vérité des dépendances de temps et de conditions préalables, mais n'explique point l'apparition des phénomènes en tant que dégagés d'un contenant, ou dus au travail d'un agent sur soi-même comme matière préexistante. La force est une loi dont le

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