L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES XI
Quand les jugements sont rapportés les uns aux autres et liés par le moyen d'espèces communes, de manière à donner des propositions résujtaïites Jou conelusives, la Raison se développe en Raisonnement. ^ ^
Ce procédé d'enchaînement des termes conduit à reconnaître des jugements originels ou irréductibles, qui sont des Principes. La Raison est donc aussi la fonction qui pose et constate les principes, à condition de ne pas enfreindre la loi des catégories, qui est le premier de tous, ou sans lequel les termes n'ont plus ni fondement ni sens.
Les termes généraux, ou universaux, sonf des concepts ou faits propres de conscience, puisque Téspèce (généralement parlant) est constituée par la Raison, dans le Jugement, et mobile au gré de ses mouvements, dans le Raisonnement. C'est la vérité du point de vue conceptualiste.
Les universaux sont réels, en ce que non seulement certains d'entre eux doivent une sorte d'existence naturelle externe à la multiplication coordonnée d'individus conformes au concept, mais encore en ce que tous expriment des relations aussi réelles que les individus eux-mêmes sont réels. C'est la vérité de la thèse réaliste, dont le seul vice est d'attribuer à l'universel une espèce d'existence qui n'est représentable que par l'individuel.
Les universaux sont des mots, c'est-à-dire des signes affectés à ce qu'il y a de commun ou d'identique dans les différents. De tels signes sont indispensables à l'usage réfléchi des concepts spécifiques, et en même temps n'ont rien de la réalité des individus réunis dans ces concepts. C'est la vérité du nominalisme. Mais ces mêmes concepts et leurs objets sont autre chose que leurs signes, étant ce que leurs signes signifient.